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Les drapeaux hongrois et européen dans les rues de Budapest.

Une "révolution de couleur" à venir en Hongrie ?

6 min
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Certes, le FIDESZ de Viktor Orban vient de remporter une troisième victoire électorale consécutive. Mais l'exaspération d'une partie de la population envers son autoritarisme et la corruption qu'il fait régner dans son pays pourraient le fragiliser.

Les drapeaux hongrois et européen dans les rues de Budapest.
Les drapeaux hongrois et européen dans les rues de Budapest. Crédits : ATTILA KISBENEDEK / AFP - AFP

100 000 personnes ont défilé dans les rues de Budapest samedi dernier, arborant des drapeaux hongrois et européen. Elles réclamaient le recompte des bulletins de vote des élections du 8 avril, une nouvelle loi électorale, des médias non-partisans. Pour un pays de dix millions d’habitants, 100 000 manifestants battant le pavé, cela fait pas mal de monde. Mais pas assez pour justifier le slogan sur lequel ces jeunes – car ce sont surtout les jeunes urbains éduqués qui manifestaient – se sont rassemblés : « nous sommes la majorité ». La majorité, elle a voté Orban. 

Cependant, face à un pouvoir de plus en plus autoritaire et corrompu, on peut se demander si le scénario  d’une « révolution de couleur », sur le modèle géorgien ou ukrainien, n’est pas en train de se mettre en place en Hongrie. Après tout, un autre populiste centre-européen, Robert Fico, réélu assez largement à la tête de la Slovaquie en 2012, vient bien de démissionner à la suite du « scandale de trop » : l’assassinat du journaliste Jan Kuciak. Les dirigeants populistes finissent souvent par pousser leur avantage un cran trop loin. Et leur pouvoir est plus fragile qu’il n’y paraît.

Oui, Viktor Orban a gagné les élections. Quel parti politique, dans notre Europe maussade et récriminatrice, peut se targuer, comme le Fidesz hongrois, son parti, de pouvoir remporter les élections générales trois fois de suite ? La CDU d’Angela Merkel, sans doute. Mais le grand parti allemand de centre-droit n’a jamais obtenu à lui seul près de 50 % des voix, comme vient de le faire le Fidesz hongrois. Les chrétiens-démocrates allemands culminaient aux alentours 39 % sous Adenauer. A 36 % sous Helmut Kohl. Merkel IV est à 27 %. Le parti de Viktor Orban, lui, arrive au pouvoir sans alliés. Et même contre tous les autres. Mais le système électoral hongrois, qui mêle scrutin majoritaire uninominal à un tour (le modèle britannique) et proportionnelle de liste, accorde une forte prime au parti arrivé en tête. 

Il permet donc au FIDESZ, qui a obtenu tout juste 50 % des suffrages de remporter 134 sièges de députés sur 199. Soit la majorité des 2/3 dont Orban avait besoin pour réformer à nouveau la Constitution. Nul doute qu’il le fera de telle manière que le système électoral soit encore plus favorable à son propre parti. Que les possibilités d’expression de l’opposition soit encore plus réduite. 

C'est la quatrième fois que Viktor Orban se retrouve à la tête du gouvernement hongrois. Dans quel état sont les forces d’opposition, en Hongrie ?

Oui. Car avant de gagner les élections de 2010 (avec 53 % des voix) et de 2014 (lors desquelles il était retombé à 45%), il avait déjà été désigné premier ministre en remportant les élections de 1998, à la tête d’une coalition de centre-droit. Mais il avait été battu par les sociaux-démocrates du MSZP, quatre ans plus tard, en 2002. 

En 2010, le MSZP obtenait encore 20 % des voix. Et il apparaissait comme la principale force d’opposition en 2014, en représentant le quart de l’électorat. Le mois dernier, ce même parti social-démocrate a mordu la poussière, en tombant à 12 %. Il ne comptera plus que 20 députés au Parlement de Budapest. Une partie de sa direction et de ses adhérents s’en sont allé former un nouveau parti de centre-gauche, DK. Celui-ci a obtenu 5,5 % et 9 députés. Si l’on additionne aux suffrages recueillis par ces deux partis de gauche ceux qui se sont portés sur les écologistes, le total des voix de gauche équivaut tout juste au quart de l’électorat. 

Premier problème, dont il sera question, dans mes chroniques, cette semaine : à quoi tient cet effondrement général des gauches en Europe ? Car ces résultats récents, en Hongrie, ne font que prolonger une longue série de défaites électorales des partis de gauche européens. 

On aura la cruauté de rappeler que chez nous, en France, au premier tour des élections législatives, celles qui mesurent le poids réel des partis, le total des voix de gauche (Parti Socialiste, Parti Communiste et France Insoumise) ne pesait que 21,19 % des suffrages. Moins de 22 % des voix pour l’ensemble des partis la constituant, c’est, de très loin, le plus mauvais score de la gauche française dans toute l’histoire de la V° République. 

La grande nouveauté, en Hongrie, c’est que la principale force d’opposition se situe dorénavant à droite de la droite… La situation de la gauche y est tellement désastreuse, que nombre de ses électeurs ont cru « voter utile » en se déportant sur les candidats du Jobbik. Ce parti apparaissait comme la seule formation capable de s’opposer à celle de Viktor Orban. Jobbik a obtenu 19 % des suffrages et 25 députés. 

Or ce Mouvement des Jeunes de droite Pour une meilleure Hongrie, qui se référe à l’héritage de l’amiral Miklos Horthy, l’allié de Hitler, est bel et bien un parti d’extrême-droite. Certes, il est lancé, depuis deux ans, dans une entreprise de « dédiaboliation », sur le modèle de la Ligue du Nord italienne, ou du Front national, en France. Face à la droitisation du FIDESZ, il ne restait plus beaucoup d’espace politique sur sa droite, pour le Jobbik. ll a notamment renoncé à exiger le retrait de Budapest de l’Union européenne. Les déclarations antisémites ont été mises en sourdine. Et son leader, Gabor Vona, qui s’est fait remarquer par ses positions « _eurasienne_s », critiquant l’alignement de la Hongrie sur l’Occident et réclamant une alliance avec la Russie et la Turquie, a démissionné de son poste de président.

Mais Cela ne suffit pas à le considérer comme un parti de droite « normal ». Ni à accepter le chantage de Viktor Orban à Bruxelles : « c’est moi ou les néo-nazis… »

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