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Les femmes, défavorisées dans la course à l'automatisation

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Parce qu'elles disposent d'un moindre accès à la formation continue.

Votre emploi est-il substituable et si oui à quelle échéance ? Autrement dit : une machine sera-t-elle capable de faire le boulot pour lequel vous êtes payé aujourd’hui ? Et dans combien de temps ? 

De même qu’au cours du XX° siècle, des machines-outils de plus en plus perfectionnées ont remplacé la main et la force physique des ouvriers, de nos jours, la numérisation, la robotisation, l’intelligence artificielle permettent à des machines d’accomplir des tâches, jusque-là réservées aux savoir-faire humains. Pendant longtemps, nous nous sommes bercés d’illusion sur le manque de souplesse, de réactivité, de capacité à prendre des initiatives de ces concurrents, non syndiqués et peu revendicatifs... Nous remplacer par de vulgaires algorithmes, allons donc ! Ailleurs, on a observé des tentation dites « néo-luddites » : brisons ces machines qui prétendent prendre nos postes de travail. Double aveuglement. Les révolutions industrielles sont toujours passées. Elles ont détruit un certain nombre d’emplois. Elles en ont créé d’autres. C’est également le cas de celle qui nous arrive. 

La sagesse conventionnelle, celle utilisée notamment par France-Stratégie dans une étude sur le sujet parue il y a trois ans, estimait que l’industrie serait davantage concernée que les services : 25 % des emplois dans le premier cas, 13 % seulement dans le second. Les hommes étant davantage représentés dans le secteur manufacturier et les femmes, dans celui des services, ces dernières semblaient moins concernées.

Ce n’est pas ce que prévoit une étude, beaucoup plus récente, puisqu’elle a été publiée la semaine dernière par le McKinsey Global Institute. Sous le titre « The future of women at work : Transitions in the age of automation », cette étude porte sur l’avenir du travail féminin à l’horizon 2030. Elle se base sur des données recueillies dans les dix principaux pays de la planète - six économies développées et quatre en développement, représentant la moitié de la population mondiale. 

Première observation, un pourcentage similaire d’hommes et de femmes sera amené à changer d’emploi dans les dix années qui viennent. Entre 7 et 24 % des femmes, entre 8 et 28 % des hommes. La fourchette est large. En outre – bonne nouvelle ! – d’après McKinsey, la demande en jobs qualifiés, donc bien payés, va compenser la destruction en masse d’emplois peu ou médiocrement qualifiés. Dans les économies développées où les femmes tendent à être légèrement plus diplômées que les hommes, elles seraient donc mieux placées pour les occuper. 

Avantage pour les femmes, donc. Elles pourraient s’attendre à ce que les inégalités de revenus dont elles demeurent victimes se réduisent encore…

Réponse mitigée des deux responsables de l’étude, Laura Tyson et Mekala Krishnan. Je cite : « Si les femmes peuvent en profiter _pour migrer vers de nouveaux jobs_, elles maintiendront ou même augmenteront leur part des emplois exercés. Si elles ne le peuvent pas, les inégalités entre elles et les hommes, déjà importantes, pourraient s’aggraver. » 

Deux problèmes. Dans les pays en développement, une proportion importante des femmes travaille encore dans l’agriculture de subsistance et dispose d’un faible niveau de qualification. Et même dans les pays développés, si les femmes sont légèrement plus diplômées que les hommes, ce sont ces derniers qui sont les mieux placés pour occuper les nouveaux jobs de l’économie automatisée. Parce qu’ils sont de loin plus nombreux que les femmes à avoir fait des études d’ingénieurs. Lorsque les femmes choisissent des filières scientifiques, elles ont tendance à privilégier les sciences naturelles plutôt que les sciences appliquées aux technologies de pointe. 

Mai En outre, les femmes disposent de moindres possibilités de mutation professionnelle que les hommes. Beaucoup de femmes assument le double fardeau d’un emploi rémunéré et des charges ménagères. Cela réduit le temps dont elles disposent pour recycler leurs compétences et chercher de nouvelles opportunités professionnelles. Du fait de leurs responsabilités familiales, elles sont également moins mobiles géographiquement. Enfin, les préjugés sexistes risquent de privilégier les hommes lorsque les employeurs décident de faire bénéficier leurs équipes de formation continue. 

Certains pays, comme la Chine, ont pris précocement conscience de ces handicaps. Et les compagnies du numérique comme Alibaba y ont imaginé des séances de recyclage spécialement destinés à leurs employées. On peut aussi imaginer que les plateformes numériques de formation seront bien utilisées par les femmes. Mais, préviennent les auteures, « une action concertée des entreprises et des gouvernements sera nécessaire pour procurer aux femmes les opportunités d’emploi de l’avenir. Sinon, la vague d’automatisation qui vient non seulement reproduira les inégalités qui persistent aujourd’hui, mais elle les aggravera en laissant les femmes sur le côté. »

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