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La sinistre pantalonnade de Singapour ridiculise l'alliance des démocraties/

Trump : une Amérique qui bombe le torse pour masquer ses reculs

6 min
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Sur le plan stratégique comme sur le plan commercial, la détermination et la constance des Chinois l'emportent sur la politique erratique des Etats-Unis.

La sinistre pantalonnade de Singapour ridiculise l'alliance des démocraties/
La sinistre pantalonnade de Singapour ridiculise l'alliance des démocraties/ Crédits : KCNA VIA KNS / AFP - AFP

La pantalonnade de Singapour ridiculise les Etats-Unis.

Une partie de la presse américaine estime que Donald Trump a remporté une victoire, la semaine dernière, en amenant le dirigeant nord-coréen à la table de négociation. Mais d’autres experts ne partagent pas cet avis.

Le spectacle donné par Donald Trump à Singapour était destiné à faire croire à son électorat que l’homme fort de Washington était parvenu à ramener à de meilleurs sentiments le little rocket man de Pyongyang. Mais qui aurait imaginé il y a cinq ou dix ans le président de la première puissance mondiale venir adouber, loin de chez lui, le dictateur sanguinaire d’un Etat misérable, peuplé de moins de 25 millions d’habitants ? 

La poignée de main qu’on prétend historique vaut-elle pour absolution des crimes contre l’humanité commis par ce régime ? Rappel : selon les estimations d’une Commission d’enquête de l’ONU, entre 80 et 120 000 prisonniers politiques sont détenus dans les camps de concentration nord-coréens. Comme souvent, dans les Etats totalitaires, la vie en liberté ne vaut guère mieux que la vie en camp. Les Nord-Coréens souffrent de pénuries et de malnutrition. La faute en incombe intégralement à la dictature et à sa gestion absurde de l’économie du pays. Et c’est à ce dictateur pseudo-communiste héréditaire que le président des Etats-Unis est allé faire des mamours ? Peut-on s’en affliger sans se faire traiter de « droits-de-l’hommiste » par les partisans d’un réalisme politique machiavélien ?

La Chine contrôle le corridor entre océan Pacifique et océan Indien.

Bien des observateurs moins pressés font remarquer que cette tragique pantalonnade américaine est peut-être destinée à masquer le terrible échec des Etats-Unis face à leur seul vrai rival en Asie-Pacifique, la Chine. Un expert indien, Brahma Chellaney, interroge : qui, d’Obama et de Trump, est le responsable de la perte, par les Américains, de la mer de Chine du Sud ? Obama, parce qu’il n’a pas bronché, en 2012, lorsque la Chine a occupé le récif de Scarborough, situé au large de l’île philippine de Luçon. 

Cette passivité américaine a encouragé la Chine à construire et à militariser un certain nombre d’îlots artificielles, à partir desquelles elle menace ses voisins et les plie à sa volonté. Ainsi, le Vietnam a été dissuadé d’exploiter des réserves pétrolières et gazières récemment découvertes dans ses eaux territoriales. Aujourd’hui, la Chine contrôle le corridor entre océan Pacifique et océan Indien, par lequel transite un tiers du commerce maritime mondial. L’Inde, selon Brahma Cellaney, s’inquiète de voir la puissance chinoise pousser son avantage jusque dans l’océan indien.

Les Etats-Unis assurent protéger la liberté de navigation en mer de Chine du Sud, afin de rassurer leurs alliés dans la région. Mais la réalité est tout autre. Pékin prétend avoir « averti et expulsé » récemment deux bâtiments de guerre américains, déployés à l’occasion des manœuvres navales FON (Freedom of navigation). Et les alliés comprennent que la protection de Washington est dévaluée. Comment vont-ils prendre les importantes concessions militaires faites par Trump à Kim Jong Un sans aucun concertation préalable avec la Corée du Sud ?

Les alliés, Européens, Canadiens et Mexicains, risquent de faire les frais d'une trêve sino-américaine dans la guerre commerciale.

Sur le plan commercial, on ressent face à Trump la même impression : les proclamations tonitruantes masquent mal un échec américain qui ne date pas de sa prise de fonction. L’importante délégation commerciale envoyée par les Etats-Unis semble être revenue les mains vides de sa mission en Chine », écrit l’économiste Dani Rodrik. De temps à autres, les Etats-Unis frappent des entreprises chinoises, comme le géant de la téléphonie ZTE, qui a bien failli connaître la banqueroute du fait de mesures américaines. Mais dans l’ensemble, la politique commerciale de Trump est erratique, tandis que celle des Chinois est déterminée et constante.

L’erreur des Occidentaux, poursuit Rodrik, a été d’imaginer enserrer l’extraordinaire dynamisme commercial de la Chine dans les mailles de règles créées par les Occidentaux pour les Occidentaux. Ceux-ci croyaient qu’en faisant entrer la Chine à l’OMC, les Chinois s’occidentaliseraient. Il n’en a rien été. La Chine a persisté à mettre en œuvre les méthodes qui ont permis son formidable développement et son succès inégalé sur les arènes de la mondialisation. Elle déploie des politiques industrielles volontaristes. Elle protège sélectivement des secteurs d’activité privilégiés. Elle subventionne certains crédits aux entreprises. Elle favorise ses entreprises publiques. Elle exige des transferts de technologie de la part des entreprises autorisées à s’installer sur son sol. Bref, elle ne joue pas le jeu, viole les règles de l’OMC

La stratégie commerciale chinoise consiste, selon un de ses responsables, à "ouvrir la fenêtre, mais en y plaçant une moustiquaire." Ainsi, l’air frais des investissements étrangers et de l’innovation technologique y rentre, mais pas les éléments nocifs, tels que la volatilité des flux de capitaux, ni certaines perturbations créées par les importations. 

« L’agenda commercial de Trump, conclut Rodrik, est dicté par un mercantilisme étroit qui privilégie les intérêts des entreprises américaines sur ceux des autres partenaires. » Les alliés risquent d’en faire les frais bien davantage que les Chinois. Comme l’écrit Nicolas Baverez, « L’Europe est menacée de devenir la variable d’ajustement de la rivalité commerciale entre Washington et Pékin ». 

Mais le pays le plus exposé à la folie protectionniste de Trump est probablement le Mexique, selon l’économiste Anne O Krueger. En exigeant que les ouvriers de l’industrie automobile mexicains soient payés à égalité avec leurs homologues mexicains, Trump montre qu’il n’a rien compris à la chaîne de valeur transfrontalière. Car les constructeurs automobiles américains ne pouvaient rivaliser avec leurs concurrents européens et japonais qu’en s’appuyant sur les composants importés à bas prix du Mexique. 

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