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L'Europe ne peut plus compter sur les Américains pour assurer sa défense

5 min
À retrouver dans l'émission

L'idée d'armée européenne refait surface.

La défense de l’Europe est en train de redevenir une source majeure de préoccupation. Les raisons.

La première, c’est le mépris manifesté par le président américain pour l’OTAN. On pouvait douter de l’engagement des Etats-Unis à défendre le Vieux Continent depuis déjà pas mal de temps. George W Bush était obsédé par le Moyen Orient et Barack Obama avait « pivoté » vers le Pacifique. On les imaginait mal risquer la sécurité des Américains pour courir au secours d’un Etat européen menacé. Trump, lui, estime franchement que les Etats-Unis ne protégeront plus que ceux de leurs alliés qui paient assez pour cette protection. Et dans la mesure où les intérêts des Etats-Unis sont concernés. Sa priorité, c’est le duel de son pays, puissance encore dominante, avec son compétiteur, la Chine. 

Mais la deuxième raison, c’est le Brexit. Avec la France, la Grande-Bretagne était certainement l’un des rares pays européen de taille moyenne à n’avoir pas négligé sa défense. Nos deux pays étaient liés par des accords bilatéraux, noués à Saint-Malo en 1998, et ensemble, ils formaient le cœur de l’Europe de la Défense. Nul ne sait ce qui va en rester, une fois le divorce prononcé. Mais aux yeux de certains décideurs, le retrait de la Grande-Bretagne peut s’avérer bénéfique. 

D’une part, parce que les Anglais, mauvais Européens, étaient réticents envers tout projet d’armée européenne. Par tradition, la Grande-Bretagne récuse tout engagement automatique de ses forces. De l’autre, parce que c’est l’occasion, pour certains pays européens, de réaliser combien les met en danger la longue négligence de leurs dirigeants. 

La relance de l'idée d'armée européenne...

Saisissant l’opportunité du centième anniversaire de la fin de la Première guerre mondiale, Emmanuel Macron a relancé l’idée d’une armée européenne. « Nous avons besoin d’une Europe qui se défende davantage seule, et sans dépendre seulement des Etats-Unis, de manière plus souveraine », a-t-il dit, renouant avec une vieille idée de François Mitterrand. La souveraineté européenne, une des idées constitutives du macronisme, implique une défense européenne. Déjà, dans son discours de la Sorbonne, en septembre 2017, il réclamait la création d’une force d’intervention commune, un budget de la défense commun, et une doctrine commune pour l’action ». Ce serait l’occasion de démontrer notre unité en même temps que notre détermination à nous défendre. 

...a peu de chances d'aboutir.

A court terme, très peu. Comme le souligne Judy Dempsey, du think tank Carnegie Europe, cette idée fait hausser les sourcils dans de nombreuses capitales européennes. Une armée est un outil majeur de la souveraineté. Quelle autorité politique disposerait de l’emploi d’une armée européenne ? La presse allemande est d’ores et déjà très méfiante : dans quelles affaires lointaines ces Français risquent-ils de nous entraîner ? Qui va payer ? 

Angela Merkel, comme souvent face aux propositions du président français, a répondu de manière ambiguë. Devant le Parlement européen, elle vient de déclarer « Oui, nous devons prendre notre destin en main », ajoutant qu’il fallait, en effet « travailler à cette vision de créer un jour une véritable armée européenne » - ce qui laisse entendre que ce n’est pas pour demain. 

Mais surtout, elle a modéré les ardeurs de Macron, en spécifiant qu’une telle armée ne devait pas être créée « contre l’OTAN, mais en complément de l’OTAN ». Les Allemands ne sont pas prêts à échanger ce qui reste de la protection américaine contre une hypothétique garantie de sécurité par la France. On a l’impression de voir rejouer les échanges entre Kohl et Mitterrand… Toutefois, la chancelière a donné son feu vert à la création d’un Conseil de sécurité européen.

« A long terme, écrit Judy Dempsey, l’Europe a vraiment besoin d’avoir ses propres forces de défense. Mais pour le moment, d’un point de vue politique, la France sème la division à l’intérieur même de l’UE comme de l’OTAN ». Car des pays inquiets pour leur sécurité, comme la Pologne, redoutent que toute avancée vers l’armée européenne se paye d’un relâchement des liens avec les Etats-Unis. » De leur côté, la Suède et la Finlande, qui ne sont pas membres de l’OTAN ont, récemment resserré leurs liens militaires avec les Etats-Unis, sous la pression d’une Russie menaçante. 

La Défense en Europe : en moyenne 1,3 % du PIB. Pas sérieux. 

Pourtant, soyons réalistes : que pèsent les armées de nos vingt-sept Etats-membres, pris un par un face aux forces russes, aux chinoises ? Quant aux Américains, ils ne se gênent pas pour pratiquer l’espionnage industriel chez leurs vieux alliés européens. Malgré la montée des tensions dans le monde, les Européens persistent à se comporter comme si de rien n’était. Ils consacrent à leur défense, en moyenne, 1,3 % de leur PIB. La Chine seule dépense davantage que nous pour ses armées que nous, à vingt-sept. 

On se consolera en constatant que la Commission européenne a travaillé sur le sujet, en publiant, il y a un an, un document de réflexion sur les possibilités d’une Union de sécurité et de défense. On avance. Mais à petite vitesse dans un monde qui va vite…

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