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Gdansk. Le maire assassiné.

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La ville de Gdansk est connue comme un foyer de libéralisme, aux antipodes de la politique ultra-conservatrice et d'un nationalisme ombrageux,cultivée par le gouvernement du PiS, à Varsovie.

Le maire de Gdansk a été assassiné il y a une semaine. Que représente cette ville dans la Pologne actuelle ? 

Pour avoir subi le dépècement, à la fin du XVIII° siècle, entre trois empires – ce qu’on appelle « les Partitions », la Pologne, reconstituée à la suite de la Première guerre mondiale, demeure extraordinairement diverse. J’ai connu, dans les cafés de la place du Marché de Cracovie, de vieux messieurs qui désignaient encore Vienne comme « la capitale ». Dans l’Est de la Pologne,par contre, on tombe sur des églises orthodoxes en bois peint, semblables à celles qu’il y a en Ukraine et en Russie. 

La ville de Gdansk, elle, a appartenu au royaume de Prusse, à partir de 1793. Polono-allemande, Dantzig s’était très tôt convertie au protestantisme luthérien. Et lorsque la Pologne put renaître de ses cendres, grâce à la défaite des Allemands et Autrichiens en 1918, les Alliés lui donnèrent le statut ambigu de ville libre, incluse économiquement dans l’espace commercial de la Pologne. C’était couper absurdement l’Allemagne en deux pour offrir à la Pologne un accès à la Baltique. Et comme on sait, ce fut le prétexte saisi par Hitler pour attaquer le pays, 1° septembre 1939. 

Gdansk a subi de forts dommages lors des combats qui s’y déroulèrent au début de l’année 1945. Et tous ses habitants allemands ont été expulsés dans des conditions dramatiques. Mais la ville, splendidement reconstruite depuis qu’elle est redevenue polonaise, a retrouvé ses couleurs de grand port de la Hanse

Une place forte du libéralisme politique, culturel et économique. 

Et c’est de cette ville portuaire que sont parties les grandes grèves ouvrières des chantiers navals sur la Baltique de 1970. Dix ans plus tard, elle fut le berceau du syndicat Solidarité qui finit par imposer la démocratie, en remportant les élections libres de 1989. Depuis, Gdansk a conservé une tradition d’ouverture, de pluralisme et de libéralisme. Les économistes de « l’école de Gdansk », sont réputés hors des frontières du pays. Donald Tusk en a fait partie. 

Voilà résumée à grands traits les caractéristiques de la ville dont le maire, Pawel Adamowicz, a été assassiné, dimanche 14, la semaine dernière. Adamowicz, qui avait commencé sa carrière au Congrès libéral-démocrate, a été élu maire (en Pologne, on dit Prezydent), en 1998, sur une liste Alliance électorale Solidarité. Il a été réélu 5 fois. Lors des dernières élections municipales, en novembre dernier, il avait obtenu 65 % des voix au deuxième tour. Il est demeuré maire de Gdansk durant plus de vingt ans. Une longévité assez rare en Pologne, où les politiques s’usent vite... Et la preuve que les habitants de la ville le considéraient comme un bon maire. 

Assassiné sur scène, lors de la séance de clôture du grand festival de bienfaisance annuel. 

Dimanche, Adamowicz participait au final d’un gigantesque rassemblement de bienfaisance, organisé tous les ans par une vieille vedette du rock polonais, Jerzy Owsiak. Ancien musicien lui-même, animateur de radio et de télévision vedette, Owsiak est le créateur du Pol and Rock Festival de Kostrzyn. C’est, si vous voulez, Philippe Manœuvre plus Coluche. 

Tous les ans, il programme le plus important rendez-vous caritatif du pays – le Grand Orchestre d’Aide de Noël. Une suite de concerts et de manifestations diverses, destinés à acheter du matériel de haute technologie pour les hôpitaux. Il se trouve que l’Eglise polonaise dispose de sa propre association de bienfaisance et que les deux institutions sont de facto en concurrence. De manière générale, la droite, au pouvoir à Varsovie, voit d’un très mauvais œil le Wielka Orkiestra Swiatecznej Pomocy de Jerzy Owsiak. La présence à ses côtés du maire de Gdansk sur la scène ce soir-là avait un sens politique. 

Adamowicz était l’incarnation de tout ce que déteste le gouvernement polonais ultra-conservateur issu du parti Droit et Justice, le PiS. Un centriste, proche de la Plateforme Civique, le parti libéral de l’ancien premier ministre et actuel président de la Commission européenne, Donald Tusk. Mais il se présentait comme indépendant. Il défend les droits des minorités, honore tous les ans de sa présence la Gay Parade de Gdansk. Il a invité des réfugiés dans sa ville et leur a offert des emplois et son soutien. En 2017, une association de jeunesse d’extrême droite a issu plusieurs « certificats de mort politique ». L’un d’entre eux ciblait le maire de Gdansk. Causes de la mort, était-il écrit : « libéralisme, multiculturalisme, stupidité. » 

Une ambiance politique tendue... pas qu'en Pologne. 

Alors qu’il prononçait un discours, un homme s’est rué sur lui et l’a poignardé. Puis, il s’est emparé du micro et a justifié son geste en expliquant qu’il sortait de prison et qu’il considérait le parti Plateforme Civique comme responsable de son internement qui a eu lieu en 2014. Le maire est décédé le lendemain à l’hôpital de Gdansk. Certes, l’assassin, un homme connu pour sa violence, c’est un déséquilibré. Mais ce geste illustre, aux yeux de beaucoup de Polonais, la profondeur de la fracture idéologique qui sépare aujourd’hui, deux Polognes. Celle du PiS et celle des oppositions. 

La polarisation idéologique est extrême. Et l’irruption de la violence dans la vie politique semble l’aboutissement de ce climat extrêmement tendu. C’est préoccupant. Mais il faut reconnaître que cette tension est assez générale, en ce moment, dans toute l’Europe. On se souvient de Jo Cox, députée travailliste, assassinée en juin 2016 en Grande-Bretagne. Reste que le cas de la Pologne est l’un des plus préoccupants. Pourquoi ? On en reparle demain. 

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