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Comment demeurer heureux, alors qu’on prend conscience du déclin de ses facultés ?

Savoir gérer l'inévitable déclin

5 min
À retrouver dans l'émission

La leçon d'un sage hindou.

Comment demeurer heureux, alors qu’on prend conscience du déclin de ses facultés ?
Comment demeurer heureux, alors qu’on prend conscience du déclin de ses facultés ? Crédits : stock_colors - Getty

Votre déclin professionnel arrive  plus tôt que vous ne le pensez.

Bien des études savantes doivent correspondre à des interrogations personnelles.  Mais la pudeur interdit généralement d’en faire état. C’est pourquoi on lit rarement dans les revues intellectuelles des articles de fond qui mêlent inquiétude existentielle et réflexion de fond. C’est pourtant le cas de l’étude que publie Arthur C Brooks dans The Atlantic Monthly de juillet. Son titre : Your professionnal decline is coming (much) sooner tan you think. Votre déclin professionnel arrive (beaucoup) plus tôt que vous ne le pensez

Il s’ouvre par une anecdote qui lui aurait servi de déclencheur. Un soir, dans un avion, il entendit cet échange de propos entre les deux membres d’un vieux couple. Elle : « Mais ce n’est pas vrai que plus personne n’a besoin de toi. » Lui : « J’aimerais mieux être mort. » Après l’atterrissage, il découvrit que le vieil homme était – je cite – mondialement célèbre, admiré de tous pour ses prouesses, son héroïsme, ses succès. 

La scène remonte à l’été 2015. Arthur C Brooks avait 51 ans. Il était au pic d’une une brillante carrière. Ses livres étaient des best-sellers. Il dirigeait l’un des plus fameux think tanks américains, The American Entreprise Institute. Mais le désespoir du vieil homme, accablé par le sentiment de sa propre inutilité, provoqua en lui un choc si profond qu’il a donné à sa vie un tournant dont l’aboutissement est, aujourd’hui, sa démission de l’American Entreprise. Durant les quatre années écoulées, Brooks a enquêté sur le vieillissement et la diminution des facultés. Et cette démission est la conclusion de son enquête.

Première conclusion : l’âge heureux n’est pas celui qu’on croit. D’après plusieurs enquêtes, la « courbe du bonheur » décline à partir de trente ans, demeure basse à la quarantaine, mais bondit après cinquante ans. Par contre, autour de soixante-dix ans, contre-coup de la retraite, de nombreux hommes plongent dans la dépression. Leur taux de suicide est important après soixante-quinze ans. D’où la quête de Brooks : comment demeurer heureux, alors qu’on prend conscience du déclin de ses facultés ? 

Deuxième observation : avoir réussi de grandes choses dans sa carrière non seulement ne prémunit pas contre la dépression du retraité, mais au contraire, risque fort de l’aggraver. L’exemple le plus fameux est celui des grands sportifs. Leur apogée se situe dans leur jeunesse ; poursuivre ensuite une vie normale, sans surentraînement ni défis à relever, provoque souvent dépression, addiction, suicide. Plus on a gravi d’échelons dans sa carrière, et plus il est difficile d’accepter de retomber dans l’anonymat. Arthur C Brooks en a tiré une loi. Il l’appelle le principe de gravitation psychoprofessionnelle. Plus vous vous serez investi dans une carrière et plus allez souffrir lorsque vous ne serez plus de taille à la poursuivre. Ce déclin, inévitable, comme la mort elle-même, on préfère ne pas y penser. Et pourtant, il faut s’y préparer. 

L'âge de la performance et celui du déclin.

Réponse : à quel âge est-on le plus performant ? D’après les psychologues, qui ont travaillé sur le sujet, on ne cesse de progresser dans une carrière au cours des vingt premières années après l’avoir épousée. Ce qui veut dire qu’après, commence le déclin. Si vous avez commencé votre carrière actuelle à vingt-cinq ans, vous serez au top à quarante-cinq. De moins en moins performant ensuite.

Evidemment, tout dépend du job. Les créateurs d’entreprises qui sont devenus très riches, d’après les statistiques, ont généralement lancé leur boite entre vingt et trente-quatre ans. Il faut être très jeune pour avoir des idées vraiment révolutionnaires.  Par contre, on n’est rarement un grand historien avant d’avoir atteint la cinquantaine. L’âge nécessaire pour avoir emmagasiné une grande quantité d’informations et les avoir assimilées correctement. 

En tant que directeur de think tank, Arthur C Brooks a observé que les chercheurs aux idées les plus novatrices avaient la trentaine ou le début de la quarantaine. Mais que les personnes ayant atteint la soixantaine étaient les meilleures, lorsqu’il s’agit de synthétiser et de rendre accessibles des idées compliquées. 

Ayant observé qu’il n’existe pas de manuels expliquant aux gens comment gérer leur propre déclin, Brooks s’est adressé à un sage hindou. Tout le malheur des Occidentaux, lui a enseigné celui-ci, provient de ce qu’ils ignorent que la vie humaine est scandée par quatre phases. Ils s’attardent dans la deuxième, celle durant laquelle on se réalise sur le plan professionnel, en tâchant d’accumuler des richesses. Des riches, déjà très riches, croient conjurer la mort en continuant à accumuler, au lieu de se préparer au grand saut. Les hindous nomment Vanaprastha, le troisième, dont le sens littéral est « se retirer dans la forêt ». Les vieux hindous ayant atteint cet âge quittent leur famille et vont méditer dans le dénuement, afin d’atteindre l’ultime sagesse. 

Oubliez le CV. Pensez plutôt à votre éloge funèbre !

Conclusion de Brooks : oubliez de penser votre vie sur le mode du curriculum vitae ; pensez-la plutôt comme l’éloge funèbre que vous aimeriez qu’on prononce le jour de votre enterrement.

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