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La rage : une source d'énergie disponible pour les ambitions politiques

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L'Italie demeure le laboratoire des formules politiques nouvelles.

Dans l’Italie, qui a servi de laboratoire aux formules politiques nouvelles, un néo-populisme au pouvoir. 

Oui, laboratoire politique : pour le meilleur et pour le pire ! Mussolini y a inventé son « Etat totalitaire ». Berlusconi y a lancé la formule post-moderne du parti-entreprise. Les Italiens ont été les premiers à donner à leurs rassemblements électoraux des dénominations insolites et accrocheuses, telles que L’Olivier (L’Ulivo, fondé par Romano Prodi en 1995), ou La Maison des Libertés (La casa delle Liberta). C’est pourquoi quiconque s’intéresse à la chose publique doit demeurer attentif à ce que nos voisins transalpins son « encore en train d’inventer ». 

Or, il y a un an, le 4 mars 2018, les électeurs italiens ont choisi le « dégagisme », comme l’écrit Alberto Toscano, dans la Note qu’il vient de publier pour la Fondapol « Un an de populisme italien ». Au terme d’un scrutin compliqué, mi-proportionnel, mi-majoritaire, dans lequel on vote à la fois pour élire les députés et les sénateurs, près d’un tiers des électeurs ont donné leurs voix à un objet politique singulier, le Mouvement 5 Etoiles

Ce néo-parti bizarroïde, a été créé il y a dix ans, autour d’un homme de spectacle, Beppe Grillo, à l’initiative d’un geek, qui avait compris avant tout le monde, les possibilités de mobilisation inédites offertes par internet, Gianroberto Casaleggio. Aujourd’hui disparu, il a transmis les clés de son empire numérique à son fils, Davide. 

Le mouvement 5 Etoiles est dirigé par Luigi di Maio. Un homme de trente-trois ans, dépourvu de diplôme universitaire et dont la seule expérience professionnelle a été agent de sécurité au stade San Paolo de Naples. Pour autant, le succès du Mouvement 5 Etoiles en mars 2018 était prévisible. Aux élections de février 2013, cinq ans plus tôt, il avait déjà recueilli le quart des suffrages exprimés, devenant ainsi le premier parti d’Italie. Mais il avait refusé alors l’alliance que lui proposait le Parti démocrate. 

Mais l’autre surprise de ces élections de l’an dernier fut de voir, au sein de la coalition de droite, la Ligue de Matteo Salvini – populiste et d’extrême-droite, dominer Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi, avec 17 % contre 14 %

Pour mémoire, la coalition de centre-gauche, autour du Parti démocrate, a enregistré une sévère défaite, avec 19 %, tandis que la gauche radicale a été écrasée : Libres et Egaux n’obtenant que 3 %. Première leçon : en Italie, comme dans beaucoup de pays d’Europe, la gauche entière représente moins du quart de l'électorat. C’est elle qui pâtit le plus de la vague populiste. 

Les agents et les bénéficiaires du dégagisme.

On se souvient de la suite de cette élections : après trois mois de négociations, les deux formations populistes, le Mouvement Cinq Etoiles et la Ligue sont parvenus à se mettre d’accord sur un « Contrat pour un gouvernement de changement ». 

Et ils ont trouvé un premier ministre, n’appartenant à aucune de leurs deux formations, Giuseppe Conte. Mais les deux partenaires, Di Maio et Salvini sont les vrais poids lourds de ce gouvernement, chacun portant le titre de vice-président du Conseil. Di Maio s’est attribué le titre de ministre du Développement économique, du Travail et des Politiques Sociales. Rien que ça ! Et Salvini, est ministre de l’Intérieur.

Comme l’explique Giuliano da Empoli dans le livre qu’il vient de publier, sous le titre Les ingénieurs du chaos, 5 Etoiles et la Ligue peuvent être considérés comme « les boulets de canon lancés par Tangentopoli, cette révolution judiciaire qui a décapité la classe politique italienne au début des années 1990. » Les juges, au cours de cette décennie, ont mis en examen la moitié des membres du Parlement. La classe politique italienne, réputée corrompue et incapable, a été proprement décapitée. Et depuis, les Italiens sont à la recherche d’alternatives. 

Dans un premier temps, ils ont cru en avoir trouvé une en la personne de l’entrepreneur Berlusconi. Ensuite, il y a eu l’ère du « rottamatore » Matteo Renzi, le démolisseur du centre-gauche, celui qui prétendait mettre à la casse la vieille politique et réformer le pays tambour battant. Une nouvelle droite, donc, puis une nouvelle gauche. Les Italiens n’ont été conquis ni par l’une, ni par l’autre. L’an dernier, ils ont donc confié la direction de leur pays à deux partis que, faute de mieux, nous désignons comme populistes

La rage : une source d'énergie exploitable par des politiciens malins. 

Mais l’immense mérite du livre en question, Les ingénieurs du chaos, est de replacer le populisme transalpin dans son contexte international ; Giuliano da Empoli démontre que le Mouvement Cinq Etoiles a été le premier parti à saisir et à exploiter une aspiration nouvelle et une profonde colère. « Les ingénieurs du chaos ont compris avant les autres que la rage était une source d’énergie exploitable. », écrit Empoli. L’aspiration à se passer d’intermédiaires – elle est née avec internet. La colère, la rage, sont nées du sentiment d’avoir perdu le contrôle sur les destinées de leur pays

Du Brexit aux populistes italiens, en passant par Trump et Orban – on ne peut plus nier qu’il est en train de se passer quelque chose de grave dans les démocraties occidentales. J’y reviendrai demain. 

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