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Washington ou Pékin : qui va dessiner la carte du nouvel ordre international ?

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Le tournant pris par Trump : une adaptation réaliste à la nouvelle donne chinoise.

La rivalité entre la Chine et les Etats-Unis pour le leadership planétaire est entrée dans une nouvelle phase. En quoi sommes-nous concernés ?

Cette rivalité est incarnée par leurs deux dirigeants – Xi Jinping et Donald Trump. Mais il ne s’agit pas de préséance : qui va dominer l’autre ? Ce qui ne nous toucherait que très indirectement. Non, ce qui est en jeu – et nous concerne au premier chef - c’est l’ordre du monde, les normes qui vont présider à son développement, la logique qui va dominer les rapports entre les nations. Quelle est celles des deux puissances qui va organiser le système des relations internationales succédant à celui que nous avons connus depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale ? 

Il faut déplorer que nous autres, Européens, assistions passivement à ce combat de Titans ; sans bien en comprendre les enjeux ; comme si notre propre déclin, inéluctable, était déjà acté. Alors que nous aurions à faire valoir nos propres idées et nos propres intérêts. 

Donald Trump, liquidateur de l'ordre libéral multilatéral, développé par ses prédécesseurs. 

Bien sûr, on peut regretter que Donald Trump soit décidé à liquider l’ordre libéral multilatéral, mis en œuvre par ses prédécesseurs à la Maison Blanche. Les présidents démocrates Bill Clinton et Barack Obama, en particulier, ont beaucoup œuvré à la libéralisation du commerce mondial ; au perfectionnement des mécanismes de règlement des conflits internationaux. Ces dirigeants croyaient vraiment en la supériorité de la démocratie libérale sur les régimes autoritaires. A celle de l’Etat de droit sur l’arbitraire des autocrates. Ils ont encouragé le développement des sociétés civiles, afin de favoriser l’extension de la démocratie. Ils misaient sur un Internet ouvert (et indépendant des gouvernements) pour susciter la création d’une opinion publique mondiale. Dans la tradition politique américaine, ce sont aussi les Démocrates qui ont favorisé la concurrence entre les sociétés privées, parce qu’elle bénéficie au consommateur sous la forme de baisse des prix.

Mais Trump a retiré son pays de l’Accord de Paris sur le climat. Il a dénoncé le deal sur le nucléaire, passé par son prédécesseur avec l’Iran… il a mis fin à la participation de son pays au Traité de libre-échange transpacifique (TPP) ;  il a remis à zéro er renégocie âprement l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Le président américain ne croit pas aux vertus du libre-échange, ni à celles du multilatéralisme. En habitué des négociations commerciales d’homme à homme, de puissance à puissance, il croit pouvoir tordre le bras à son vis-à-vis, moins puissant que lui. C’est pourquoi il privilégie le cadre bilatéral et déteste l’Union européenne, qui lui oppose un front d’égale puissance à celle des Etats-Unis.

La Chine profite du retrait américain pour poser sa propre candidature au leadership mondial. 

Comme le faisait remarquer il y a quelques jours Barry Eichengreen, ce retrait des Etats-Unis d’un ordre international, dont ils étaient les inspirateurs et les ultimes garants, crée un appel d’air – dans lequel la Chine profite pour avancer ses pions. A Davos, en 2017, XI Jin Ping a posé la candidature de son pays au titre de parrain de la nouvelle phase de la mondialisation. 

Quel paradoxe ! Le chef du plus puissant parti communiste de la planète qui se déclare prêt à livrer bataille pour préserver le libre-échange mondial, tandis que le locataire de la Maison blanche, partisan du protectionnisme, dégaine une guerre commerciale. Voilà qui ne correspond guère aux représentations idéologiques d’il y a 20 ans, l’époque où les altermondialistes affrontaient les libéraux… Il y a urgence à remettre à jour nos logiciels.

Il est vrai que la mondialisation à la chinoise repose bien davantage sur la constitution de zones commerciales intégrées que sur le multilatéralisme. Le modèle chinois serait celui du réseau en étoile, où l’Empire du Milieu occupe la position centrale, diffusant son modèle vers des régions conçues comme autant de périphéries. C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre le projet colossal de nouvelle Route de la Soie, à travers l’Asie jusqu’en Europe. Cette « initiative Route et Ceinture » est censée relier l’extrême Orient et l’extrême Occident de notre continent eurasiatique par un tout un réseau de voies de chemins de fer, de routes, de pipelines et de ports. 

Trump n'innove pas : il s'adapte au tournant pris par la Chine depuis l'arrivée au pouvoir de Xi Jin Ping. 

Quant au « tournant » pris par Trump, il faut le relativiser. Trump n’innove pas : il s’adapte. D’après l’économiste américaine Elizabeth C Economy, les Américains n’avaient pas beaucoup le choix. Face au tournant spectaculaire qu’a fait prendre à la Chine son nouveau maître, Xi Jinping depuis 2013, les Etats-Unis devaient nécessairement redéfinir leur politique extérieure.

Les Américains avaient misé sur la poursuite de la politique de libéralisation initiée par Deng Xiao Ping, la « deuxième révolution chinoise ». Du coup, ils fermaient les yeux sur les nombreuses entorses commises par les dirigeants chinois aux règles communes, pensant qu’elles étaient provisoires. « Dans le passé, écrit cette experte,_Washington a toléré un certain niveau de vols de propriété intellectuelle (_brevets), et un inégal accès aux marchés intérieur, parce qu’il pensait que la Chine progressait vers les principes du marché et les règles du droit. Dans la mesure où la logique chinoise s’est inversée, il n’y avait pas de raison que les Etats-Unis ne s’adaptent pas à des politiques chinoises devenues plus restrictives. »

Nous le verrons demain, les « guerres commerciales », lancées par Trump s’expliquent dans une large mesure par cette politique réactive envers le partenaire chinois. Il cherche moins à rééquilibrer sa balance commerciale qu’à contrer l’ambition des Chinois à devenir leader dans les activités de pointe.

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