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La chancelière Merkel doit tenir compte de son allié CSU, Horst Seehofer.

la tentation populiste taraude la droite allemande, soumise à la pression électorale de l'AFD

5 min
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La CSU bavaroise pousse à une droitisation de la CDU.

La chancelière Merkel doit tenir compte de son allié CSU, Horst Seehofer.
La chancelière Merkel doit tenir compte de son allié CSU, Horst Seehofer. Crédits : MICHAEL KAPPELER / DPA - AFP

L'Allemagne, aux abonnés absents durant 6 mois, reste aujourd'hui "sur le côté de la route". 

L’Allemagne a mis 6 mois à mettre en place un gouvernement, appuyé par une nouvelle « Grande Coalition » CDU/SPD. Des décisions urgentes importantes pour l’Union européenne et la zone euro, étaient attendues de ce nouveau gouvernement. Elles paraissent lentes à venir. Comment l’expliquer ?

La semaine dernière, le grand hebdomadaire allemand Der Spiegel s’inquiétait du rôle déclinant de l’Allemagne sur la scène mondiale. Il y a seulement cinq ans, The Economist écrivait : rien ne peut se décider en Europe sans que Mme Merkel l’ait approuvé. L’Allemagne est vraiment la puissance qui compte le plus en Europe. 

« Et aujourd’hui ? interroge Der Spiegel. Le monde est devenu un endroit dangereux, avec un leader au Kremlin qui rêve de reconstituer l’ancienne puissance soviétique et, à la Maison Blanche, un président américain qui tend à confondre la politique étrangère avec un jeu vidéo. » Sans oublier le risque de guerre commerciale qui serait désastreuse pour l’Union européenne, grande puissance exportatrice. Quant à l’Allemagne, elle reste sur le bas-côté de la route, en simple spectatrice. Les grandes initiatives, ce sont d’autres qui les prennent. La preuve : la standing ovation qui a accueilli le discours du président français au Parlement européen – une assemblée où, pourtant, le courant qu’il incarne ne dispose pas d’un seul député ! Quelles sont les causes de cette étrange absence de l’Allemagne ? Tout le monde s’interroge.

Le texte programmatique du gouvernement de Grande Coalition ne permet aucune improvisation. 

Eléments de réponse de Helmut Anheier, le directeur de la Hertie School of Governance de Berlin : La grande coalition, qui a demandé 6 mois de négociations, les plus longues de toute l’histoire de la République fédérale, a abouti à un « mariage de raison », selon lui. Or, ceux-ci, écrit ce politologue, peuvent se révéler durables, mais ils n’ont jamais une fin heureuse. En outre, le contrat de mariage n’est satisfaisant pour aucune des deux parties. Il est trop long, trop précis, trop contraignant. 

Le texte du programme de gouvernement liant le SPD à la CDU a été négocié durant des semaines, derrière porte close. Il comporte 170 pages, et selon l’opinion, générale, c’est la partie la plus faible, les sociaux-démocrates (20,5 % des voix), qui a obtenu le maximum d’une CDU (33 %) qui ne sait plus vraiment ce qu’elle est, ni ce qu’elle veut. 

Mais ce texte, accouché au forceps enferme le gouvernement allemand dans d’étroites limites. Il restreint considérablement la marge de manœuvre de la chancelière. Il ne permet aucune souplesse, aucune capacité d’improvisation. L’Allemagne semble avoir sacrifié son leadership en Europe au culte de la stabilité. Or, l’époque réclame autre chose que des pilotages automatiques, des voies toutes tracées. Elle exige une adaptation rapide à des circonstances mouvantes. Décidément, écrit der Spiegel, cette capacité d’initiative et de décision est ailleurs. En France, en particulier. Si seulement, l’Allemagne pouvait y répondre avant que cette fenêtre d’opportunité pour réformer l’Union européenne ne se referme…

Dans quel état se trouvent les deux partenaires de la « Grande Coalition », CDU et SPD ?

Le SPD, en perte de vitesse, aurait pu se refaire une santé électorale dans l’opposition. Il y était fortement invité par sa base militante, car ce parti a retrouvé le goût des débats internes. Mais ses dirigeants ont préféré participer au pouvoir. Mauvais calcul. Car cela confère de facto à l’AFD le rôle de premier parti d’opposition ; ce qui ne peut que renforcer ce parti populiste et xénophobe, qui surfe sur le sentiment anti-immigrés et grimpe dans les sondages.

Mais on ne peut pas dire que la CDU de Merkel soit en meilleure forme. Avec à peine 33 % des suffrages, le parti chrétien-démocrate a enregistré, l’an dernier, avec le parti frère bavarois, CSU, l’un de ses pires scores électoraux de son histoire. Et surtout la CDU de Merkel est soumise, de la part de cette même CSU, à une sévère pression. Car la droite allemande aussi subit la « tentation populiste », ainsi que l’écrit Slawomir Sierakowski. Un peu sur le modèle du tournant adopté par l’ÖVP autrichien sous l’impulsion du jeune Sebastian Kurz, allié au pouvoir dans son pays avec l’extrême-droite, Horst Seehofer, le leader de la CSU a adopté récemment un ton de plus en plus dur sur l’islam – qui « n’appartient pas à la tradition allemande ». 

Seehofer a abandonné le poste de ministre-président du Land le plus riche et le plus peuplé d’Allemagne, la Bavière, à son cadet Markus Söder – lui-même très marqué à droite. La chancelière Angela Merkel, fidèle à sa tactique habituelle, consistant à intégrer dans son équipe gouvernementale ceux qui pourraient le plus la gêner de l’extérieur, a nommé Seehofer ministre fédéral de l’Intérieur, des Travaux Publics et – c’est une nouveauté - de la Patrie. Un ministère de la Heimat en Allemagne, c’est tout un symbole… Mais loin de rentrer dans le rang, à peine nommé, le Bavarois a lancé « une guerre froide à l’intérieur de la Grande Coalition ». Il cultive des liens étroits avec Poutine, il approuve le gouvernement traditionaliste polonais, sert de « parrain » à Viktor Orban.  

C’est parce que la CSU, qui détient la majorité absolue en Bavière, craint de la perdre aux élections locales d’octobre prochain. Comme nombre de partis de droite en Europe, elle est concurrencée par une droite radicale, très hostile à l’immigration. Face à cette concurrence, elle cherche le salut dans le durcissement de son propre discours. 

Tout cela ne favorise pas le travail de la chancelière. Jusqu’à tout récemment, Angela Merkel a semblé miser sur le passage du temps pour écarter les problèmes. Mauvais calcul, jugent la plupart des observateurs. 

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