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Fresque murale peinte par les étudiants de l'école des Beaux-Arts du Caire au moment de la révolution égyptienne démarrée en janvier 2011

Pourquoi les islamistes détestent l'école et l'esprit critique

5 min
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Tandis qu’une partie du monde musulman est incitée à manifester contre la France et à boycotter ses produits, des intellectuels du monde arabe critiquent l’instrumentalisation de l’islam à des fins politiques. Et vont jusqu'à dénoncer un retard civilisationnel causé par l'islamisme.

Fresque murale peinte par les étudiants de l'école des Beaux-Arts du Caire au moment de la révolution égyptienne démarrée en janvier 2011
Fresque murale peinte par les étudiants de l'école des Beaux-Arts du Caire au moment de la révolution égyptienne démarrée en janvier 2011 Crédits : Frédéric Soltan/Corbis - Getty

Les médias nous présentent des images de foules déchaînées, manifestant contre la France, pour le boycott de ses produits ou brûlant notre drapeau. De la même façon que les attentats dont notre pays est victime depuis quelques années, ces images risquent de nous subjuguer. Elles dissimulent l’extraordinaire production critique qui émane du monde arabe. En effet, l’échec politique des Printemps arabes de 2011 n’a pas éteint l’ébullition intellectuelle qui les avait provoqués. Le site de réflexion Daraj (L’escalier), basé au Liban, en fait partie. Cette semaine, le magazine Courrier international publie la traduction d’un texte important, mis en ligne sur Daraj. Titré Les dictatures du monde arabe ont entraîné l’islam dans leur faillite, il est signé Abdallah Hassan. 

Inventer un "islam de l'excellence"

Pour résumer sa pensée, on peut dire : depuis les indépendances, l’islam, n’a cessé d’être instrumentalisé par des despotes incompétents pour masquer l’échec de leur politique. 

Mettre les oulémas à l’honneur et multiplier des mosquées était un moyen de contrôler la population à moindres frais. Il aurait été plus difficile d’ouvrir à leur peuple des écoles et des universités de qualité. (…) Cet attelage entre dictature militaire et discours religieux continue d’exercer son emprise sur des millions de gens. Mais là où les régimes pensaient que les mosquées allaient d’administrer au peuple de l’opium, elles ont au contraire transformé les ouailles en bombes à retardement. Abdallah Hassan

Toutes les religions, ainsi que l’expliquait récemment Delphine Horvilleur, rabbin du Mouvement juif libéral de France (MJLF), évoluent et se métamorphosent avec le temps. Nonobstant les intégristes qui voudraient "vivre comme au temps du Prophète", l’islam n’est pas une essence qui aurait traversé le temps en demeurant inaltérée. "L’islam n’a pas cessé d’évoluer", écrit Abdallah Hassan. "Et les nouveaux régimes ont à leur tour apporté leur ADN à l’islam." Ils l’ont modifié, hélas, dans le sens d’un autoritarisme accru. C’est pourquoi, plaide-t-il, il faut "réinventer l’islam". En faire un "islam de l’excellence" alors qu’il est devenu "la religion des Etats faillis".

Des états défaillants et affaiblis

La même expression revient sous la plume d’un universitaire marocain, Mohamed Chtatou. Ce qui caractérise les Etats du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, écrit-il dans la revue marocaine Article 19, c’est "une prolifération d’Etats défaillants et affaiblis"

La guerre civile syrienne est l’une des plus grandes catastrophes humaines de l’histoire, un demi-million de civils tués, dix millions de déplacés. Au Yémen, la guerre a provoqué une épouvantable épidémie de choléra et huit millions de personnes subissent la famine. En Egypte, la répression politique bloque tout progrès politique et a asséché la manne du tourisme. La Libye est retournée à l'état tribal et plongé dans la guerre civile. La révolution algérienne a échoué : le "système" reste en place, malgré la chute de Bouteflika. 

Pourquoi le monde arabe – parlons avec franchise – est-il si arriéré ? se demande Mohamed Chtatou ? Principalement, pour l'universitaire marocain, à cause des carences des différents systèmes d’enseignement :

La propagande hypernationaliste, la rhétorique d’exclusion et le discours religieux dogmatique ont été leurs traits caractéristiques. Le résultat a été que des générations d’Arabes ont non seulement été privées d’une bonne éducation, mais qu’elles ont appris à être étroites, intolérantes et mal équipées pour participer à un monde globalisé et compétitif. Mohamed Chtatou

L'éducation, victime de régimes autoritaires hostiles à l'esprit critique

"Traditionnellement, les systèmes éducatifs arabes étaient axés sur le contrôle. Les écoles enseignaient l’obéissance au régime, plutôt que la résolution des problèmes, la pensée critique et la liberté d’expression." "Mais les démocraties ont besoin de sociétés ouvertes, avec des cultures qui embrassent _la diversité et le pluralisme_, acceptent les opinions contradictoires, tolèrent la dissidence et reconnaissent que toutes les vérités ne sont pas absolues." Mais "les forces du statu quo considèrent les étudiants indépendants, créatifs et bien éduqués comme une menace." 

On appréciera que cet universitaire marocain rende hommage au système d’éducation de la Tunisie, héritage de Habib Bourguiba. Celui-ci avait limité l’enseignement proprement religieux à une ou deux heures par semaine et favorisé le bilinguisme pour ouvrir les jeunes Tunisiens sur le monde. Alors que dans les écoles saoudiennes, les cours de religion se voient accorder huit heures par semaine, contre seulement cinq pour les mathématiques et trois pour les sciences. Ce n’est pas par hasard que la démocratie ait triomphé en Tunisie, alors que les Printemps arabes ont été ailleurs des échecs, souligne encore Mohamed Chtatou.

L'éducation, victime aussi du dogmatisme religieux

Les islamistes détestent les écoles, les lycées et les universités. Ils ont assassiné, de manière atroce, de très nombreux enseignants en Algérie durant la décennie noire. Et sur notre propre sol, un professeur d'histoire, Samuel Paty, a été assassiné par un islamiste enragé. Hier encore, à Kaboul, des islamistes ont fait irruption à l’université et abattu vingt-deux étudiants. Ces barbares haïssent le savoir. Ils veulent préserver leurs dogmes insensés de l’esprit critique. Ils prétendent que toutes les vérités tiennent en un seul livre. "A bas l’intelligence, vive la mort !" disaient les fascistes. Le combat contre eux continue. Ils ont pris une nouvelle apparence. Mais c'est bien le même ennemi. 

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