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La vague populiste. De l'utilité des comparaisons internationales

5 min
À retrouver dans l'émission

Les électeurs de Trump et de Bolsonaro se moquent de la transition énergétique. Ils veulent du pétrole bon marché et la déforestation.

La vague enfle. Un milliard d'êtres humains vivent sous un régime populiste. 

Je le disais hier, des dirigeants populistes sont au pouvoir dans de très grands pays, comme les Etats-Unis, le Brésil, ou les Philippines, mais aussi de plus petits comme la Hongrie et la Pologne. Et d’après les calculs de l’ancien ministre des finances du Chili, Andres Velasco, un milliard de personnes à travers le monde vivent sous un tel régime. Quant aux causes de ce qui est devenu un phénomène de masse, les politologues se répartissent en gros en deux camps. Ceux qui pensent qu’elles sont essentiellement économiques ; ceux qui pensent qu’elles sont d’abord culturelles

Dans un article tout récent mis en ligne sur le site Project Syndicate – que je citerai de moins en moins parce qu’il est en train de devenir payant… - sur Project Syndicate, donc, Barry Eichengreen, professeur d’économie à Berkeley, examine ces deux hypothèses. 

Le cas de l'Italie confirme l'hypothèse économique.

Que le populisme soit la conséquence d’un appauvrissement des classes moyennes traditionnelles, c’est une réalité dans le cas de l’Italie. La productivité de ce pays stagne depuis vingt ans, le chômage des jeunes y est dramatique. En outre, les partis traditionnels ont commis l’erreur d’en réformer le système électoral en y introduisant des mécanismes de prime majoritaire, destinés à favoriser les partis engagés dans des alliances. Ils n’imaginaient pas que les partis populistes, l’un vaguement de gauche, 5 Etoiles, et l’autre, néo-fasciste, la Ligue, parviendraient à former eux-mêmes une coalition gouvernementale et se serviraient des institutions imaginées pour leur barrer l’accès au pouvoir. 

Le cas du Brésil : au contraire, un populisme de classes moyennes récentes. 

Dans le cas du Brésil, la population avait vite pris l’habitude de considérer la croissance rapide comme un phénomène définitif. Elle a très mal pris la récession de 2015-2016. Andres Velasco va plus loin : « dans ce pays,le populisme n’est pas le produit des difficultés financières des gens, écrit-il. Il est le produit de leur enrichissement. » 

Il est rejoint, dans cette analyse, par Shannon K O’Neil, un spécialiste de l’Amérique latine au think tank Council on Foreign relations. Je le cite : « Durant la première décennie du XXI° siècle, environ 70 millions de personnes en Amérique latine, dont 40 millions au Brésil seulement, sont sorties de la pauvreté. Alors qu’ils n’avaient plus à lutter au jour le jour pour nourrir leur famille, beaucoup sont devenus du même coup _imposables_… 

Or, le manque de services de base, l’injustice du système et l’absence de réponses concrètes des responsables de l’Etat à toute demande n’émanant pas des élites ont creusé un fossé entre eux et les gouvernants. C’est ce fossé que des politiciens populistes ont su exploiter. » Fin ce citation

C’est pourquoi ce sont presque toujours des populistes de droite et non de gauche qui l’emportent à la fin, même si ceux de gauche leur servent parfois de marche-pied. Parce qu’ils promettent la baisse des taxes et des impôts, comme Trump et Bolsonaro. J’ajoute que ces leaders populistes se moquent de la transition énergétique. Ce n’est pas un hasard si Trump et Bolsonaro mettent carrément en doute le fait même du réchauffement planétaire. Leur électorat s’en moque. Il veut du pétrole bon marché. Et que la déforestation continue en Amazonie…

L’Amérique latine est le continent où a été inventé le populisme, avec des personnages comme Getulio Vargas au Brésil et Juan Peron en Argentine. 

La vague populiste qui le submerge actuellement, c’est un « retour aux sources », selon Shannon O’Neil. Mais si Bolsonaro et Trump ont bien des points communs, il existe aussi un facteur, plus spécifique au sous-continent, à ce renouveau populiste. C’est la violence omniprésente, la criminalité, les gangs, le fait que dans tant de villes, on ne puisse ni sortir le soir, ni laisser les enfants jouer dans les rues. 

Ce qui a permis à Jair Bolsonaro, mais aussi à Manuel Lopez Obrador de l’emporter aux dernières élections, l’un au Brésil, l’autre au Mexique, c’est leur engagement de ne plus tolérer l’insécurité physique de la population, de s’attaquer aux maffias qui – je cite – « truquent le système au détriment des petites gens. » Mais ces appels, là encore, à la fin de l’impunité, à l’Etat de droit et à la justice n’ont pu se faire jour que parce que ces électeurs sont moins pauvres et plus éduqués. Certains des très pauvres vivent ou plutôt survivent de la criminalité. Et les autres sont habitués, très jeunes, à « faire avec ». 

Mais cette révolte contre le crime vient aussi de la société civile, qui a commencé à s’organiser. Au fait que des journalistes courageux ont enquêté sur les cartels et les gangs, qu’ils ont osé publier le résultat de leurs enquêtes. Si, de ce côté, ça a bougé très vite, il n’en a pas été de même du côté de la justice. Ses lenteurs, sa timidité, son apparente incapacité à mettre hors d’état de nuire les pires délinquants ont exaspéré les petites gens. Et là-dessus aussi, les populistes ont fait leurs choux gras. Et cela leur donne des arguments pour s’attaquer à la Justice quand elle essaie de limiter leur pouvoir. 

L'utilité des comparaisons internationales.

Oui, la vague populiste continue à balayer les démocraties, même celles qui paraissaient les plus solidement établies. Il faut savoir raison garder plutôt que d’appeler à l’émeute pour faire les malins. Les comparaisons internationales ont certes leurs limites, mais elles peuvent nous être utiles. 

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