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Un homme nouveau, à gauche, en Pologne

5 min
À retrouver dans l'émission

Robert Biedroń, le premier député polonais à avoir assumé publiquement son homosexualité, vient de créer son propre parti, Le Printemps.

Un politique atypique. 

20 %. C’est le score que les sondages attribuent aux partis de gauche aux prochaines élections européennes. A de très rares exceptions près – celle de trois pays du Sud : la Grèce, l’Espagne et le Portugal, les partis de gauche, en Europe, ont été marginalisés par la montée de la droite populiste. Mais voilà qu’un fanal vient de s’allumer dans un pays qu’on croyait définitivement acquis à l’une des droites les plus ténébreuses d’Europe, la Pologne. L’un des rares hommes politiques populaires du pays, Robert Biedroń, 42 ans, vient, en effet, de lancer son parti politique, Wiosna, Le Printemps.

Biedroń est un homme de gauche qui a su gérer son image avec beaucoup d’intelligence. Elu au Parlement en 2011, sous l’étiquette Palikot (de gauche), il a été le premier député à assumer publiquement son homosexualité. Il est le fondateur de la Campagne contre l’homophobie en Pologne. En 2014, élu maire de Slupsk, une ville moyenne de Poméranie, il a aussitôt démissionné de son mandat de député pour se consacrer entièrement à la gestion de la ville. 

Ni les libéraux, ni les conservateurs. 

Malgré la forte popularité que lui vaut, à Slupsk, sa bonne gestion des affaires municipales, il annonce qu’il ne se représentera pas à la mairie. Il se sent un destin national. Il teste sa popularité à travers la Pologne, en se rangeant dans le camp qu’on appelle les symetrysci – les Polonais qui ne supportent plus l’alternance entre les deux partis qui dirigent la Pologne depuis plusieurs années - Droit et Justice, le parti actuellement au pouvoir, et la Plateforme civique, qui l’a dirigé de 2007 à 2011.

Au parti de Donald Tusk, la Plateforme démocratique, libéral et pro-européen, il reproche d’être obsédé par les chiffres et de manquer de sens social. Quant à Droit et Justice, le parti ultra-conservateur, autoritaire, nationaliste et eurosceptique, dirigé dans l’ombre par Jaroslaw Kaczynski, il le qualifie – je cite – « de grotesque caricature de la démocratie, avec des entorses à la Constitution, des limites posées aux droits des femmes, de la propagande en guise d’information ». 

Mais avec beaucoup d’habileté, Biedroń annonce conserver les mesures sociales adoptées par les conservateurs catholiques en faveur des familles et des retraités, tout en doublant les libéraux sur le plan sociétal. Biedron a la réputation d’aborder les problèmes avec pragmatisme et sans a priori idéologiques. Il s’est forgé une image de faiseur de consensus, en même temps que de candidat anti-establishment. Cela lui vaut la faveur des jeunes électeurs diplômés. 

Dimanche, à Varsovie, Biedroń a évité, durant tout son discours, de se définir comme un homme de gauche. Même si ses positions sur la laïcité, les droits des femmes à l’avortement et des homosexuels au mariage, le situent clairement  de ce côté de l’échiquier. Comme Emmanuel Macron, il préfère définir son mouvement comme « progressiste et pro-européen ». Il se place, en outre, dans le sillage de l’ancien maire de Gdansk, Pawel Adamowicz, récemment poignardé par un fanatique d’extrême-droite. 

Une stratégie de longue haleine, dont le terme sera l'élection présidentielle de 2020.

Il est clair que Robert Biedroń est engagé dans une stratégie de longue haleine. Comme Emmanuel Macron, avec la « longue marche » des militants de La République en Marche, elle passe par la rédaction d’un programme basé sur les suggestions des électeurs eux-mêmes, recueillies lors d’une tournée à travers les villes de province. 

Le Printemps devrait présenter une liste aux élections européennes, où traditionnellement, les villes votent davantage que les villages et où les coûts de campagne ne sont pas élevés. Cet automne, Le Printemps sera présent aux élections parlementaires, probablement dans le cadre d’une alliance des forces centristes et de gauche contre Droit et Justice. Mais c’est manifestement les élections présidentielles de l’été 2020 que vise Biedroń. D’ici là, il devra avoir poursuivi sa conquête méthodique de l’électorat.

Le risque d'apparaître comme un diviseur des forces d'opposition. 

LA Pologne a été gouvernée par la gauche à plusieurs reprises. En 1995, Aleksander Kwasniewski, remporta les élections présidentielles, en battant, à la surprise générale, le héros de Solidarité, Lech Walesa. Son parti, le SLD (Alliance de la gauche démocratique) faisait partie de la coalition au pouvoir, en 1993. Il fut réélu avec une majorité plus confortable cinq ans plus tard. De 2001 à 2005, la Pologne fut à nouveau gouvernée par une coalition de gauche, comportant le SLD, l’Union travailliste et le Parti paysan. 

La disparition des partis de gauche au Parlement polonais, le Sejm, est due à la maladresse tactique. Aux élections de 2015, la coalition de gauche a raté de peu le seuil de 8% exigé pour obtenir des députés. Un nouveau parti de gauche, radical et écologiste, Ensemble, en captant trois et demi % des voix, a fait figure de diviseur. Robert Biedroń et son Printemps peuvent s’attendre aux mêmes critiques. D’ores et déjà, pour certains dirigeants de gauche, il apparaît comme « l’allié objectif des conservateurs de Droit et Justice ». On l’accuse d’aggraver l’émiettement de l’opposition. Et de favoriser la réélection de la droite catholique.

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