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Peut-on revenir sur le système des primaires ?

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Aux Etats-Unis, cela semble impossible.

Yascha Mounk répondaux auteurs de Responsible Parties. 

Je vous ai présenté hier, un essai récemment paru aux Etats-Unis sous le titre Responsible Parties. Ses auteurs estiment que ce n’était pas une si bonne idée de donner les clés des partis aux électeurs au détriment de leurs dirigeants… 

Yascha Mounk, l’auteur du fameux essai « Le peuple contre la démocratie » a lu ce livre. Et il en donné récemment une critique au magazine The New Yorker. Il accepte certaines de leurs observations, mais il diverge sur leurs conclusions.

C'est le système des primaires, ouvertes à tous les électeurs, qui a permis l'arrivée de Trump à la Maison Blanche. 

C’est vrai, reconnaît-il, l’affaiblissement des grands partis de gouvernement a permis à des personnalités aussi imprévisibles que Donald Trump de réussir son OPA sur le Parti républicain. Lorsque Trump annonça qu’il se lançait dans la course à l’investiture républicaine, rappelle Mounk, les responsables du fameux site d’information The Huffington Post annoncèrent qu’ils refusaient de traiter cette candidature fantaisiste dans leurs pages politiques. Trump n’aurait droit, annoncèrent-ils, qu’à la rubrique entertainment. « Nous ne mordons pas à l’hameçon, lisait-on sur le Post. Si vous êtes intéressé par ce que Donald Trump a à dire, vous le trouverez à côté de nos stories sur les Kardashians. » Aujourd’hui, il est président des Etats-Unis…

Nous ne sommes plus à l’époque où « le Parti décide », selon le titre d’un ouvrage fameux publié en 2008. « En 2016, écrit Yascha Mounk, _le Parti républicain n’a pas décidé ; il a été conquis au cours d’un cruel blitzkrieg_, puis rapidement refaçonné à l’image de son conquérant. » Car la surprise, c’est que les élus républicains au Congrès marchent droit. Ils ont trop peur de se faire battre aux prochaines primaires s’ils contestent le président élu. 

Ils sont échaudés par le précédent fameux de l’ancien gouverneur de Caroline du Sud, Mark Sanford. Comme l’écrit Mounk, Sanford est devenu célèbre pour avoir disparu deux fois. La première, durant l’été 2009. Il avait filé incognito en Argentine, retrouver sa maîtresse. Son porte-parole expliqua à la presse : « il fait de la randonné dans les Appalaches pour se vider la tête ». Il fut ensuite l’un des rares poids lourds républicains à s’opposer avec détermination à Donald Trump. Résultat : il a été battu en juin dernier aux primaires. Trump avait lancé contre lui un tweet vengeur : « Il est mieux là-bas, en Argentine »…

L’électeur des primaires est devenu faiseur de rois. Alors même qu’à peine un quart des électeurs ont voté aux dernières primaires américaines ; et seulement un sur huit avait choisi Donald Trump et Hillary Clinton. 

On ne reviendra donc pas sur le système des primaires, aux Etats-Unis.

Il faut s’y faire : les machines des partis, autrefois toutes-puissantes, parce qu’elles décidaient des investitures, et géraient les budgets de campagne, se sont dessaisies de ce pouvoir, afin de renouer avec les électeurs. Et c’est ainsi que des personnalités inattendues sont parvenues au pouvoir. La plupart des députés du Labour à la Chambre des Communes détestait Jeremy Corbyn. Pourtant, il est devenu le leader de leur parti. Au Canada, le businessman Doug Ford a été élu Premier ministre de l’Ontario en prenant la tête du parti progressiste-conservateur, dont la direction ne voulait pas de lui.  

Mounk rappelle pourquoi tant de partis politiques se sont convertis au système des primaires. A la Convention de Chicago en août 1968, le candidat du président Johnson, Hubert Humphrey fut désigné candidat du Parti démocrate aux élections présidentielles, contre Eugene McCarthy, le candidat de la gauche, soutenu dans la rue par des dizaines de milliers d’étudiants. Humphrey, le chouchou de la machine du parti n’avait même pas daigné faire campagne dans les primaires des états. Or, ce qui était en jeu alors, ce n’était rien d’autre que la poursuite ou l’arrêt de la guerre du Vietnam. Humphrey voulait continuer. McCarthy l’arrêter. Humphrey a été battu à la présidentielle par le candidat républicain, Richard Nixon. 

Le parti démocrate, sérieusement ébranlé, confia alors à deux personnalités, dont le futur candidat à la présidentielle George McGovern, le soin d’imaginer une réforme des procédures de désignation des candidats à tous les niveaux. Le principe qui la guida fut « le contrôle populaire du parti est nécessaire à sa survie ». A partir de ce moment, les listes de candidats aux candidatures furent ouvertes ; elles comportèrent des quotas réservées aux minorités. Et la désignation des candidats fut organisée par des primaires, dans lesquelles peuvent voter tous les électeurs du parti, et non ses seuls militants. 

Le mode de sélection des candidats n'est pas responsable de la vague populiste.

On ne reviendra pas en arrière, prévient Mounk. Le temps où des caciques négociaient entre eux, leurs listes de candidats à la main, dans des salles de congrès enfumées, à l’abri des regards, est loin derrière nous. Les auteurs de Responsible Parties estiment que les primaires sont responsables de la vague populiste. Ce système a donné trop de poids aux groupes d’influence radicaux, disent-ils. Peut-être, rétorque Mounk, mais la vague populiste ne tient pas aux institutions politiques. Ce qui la provoque, ce sont les migrations, l’insatisfaction économique et les conséquences sur l’emploi des technologies numériques. Pas les institutions politiques. 

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