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Trois règles fondamentales pour l'accueil des réfugiés

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Dans la revue Foreign Affairs, Alexander Betts et Paul Collier signent ensemble un article intéressant.

Dans la revue Foreign Affairs, Alexander Betts et Paul Collier signent ensemble un article qui entend remettre les choses au point. Et d’abord, en fournissant des données incontestables.

Certes, il y a d’autres moyens d’émigrer vers l’Europe que de s’entasser à bord d’une de ces embarcations de fortune qui vous abandonnent au milieu de la mer, en attendant le bateau des humanitaires. Mais enfin, le nombre de personnes qui sont parvenues à franchir la Méditerranée pour entrer en Europe est tombé à un niveau très bas : 60 000 entre juillet et août. Il n’a rien à voir avec les records de l’année 2015, où on avait dépassé le million. Et la tendance est à la baisse, puisqu’en 2016, ce flux d’entrants avait encore été estimé à 350 000. Mais la crise, écrivent Alexander Betts et Paul Collier, n’est plus une question de chiffres, c’est une affaire de confiance. 

« Les opinions publiques européennes – je cite - croient que les migrations son hors de contrôle et que leurs leaders n’ont pas de plan pour les maîtriser ». Et ces deux spécialistes incontestables du sujet – Betts est professeur à Oxford, où il dirige le Centre d’études des réfugiés et Collier est professeur d’économie au Saint Antony’s College d’Oxford, font une série de propositions extrêmement concrètes, afin de rétablir cette confiance des peuples envers leurs gouvernants. Au nom du Réseau Migrations Durables. Faute de quoi, les populistes finiront par gagner partout…

La première chose à faire est de distinguer avec netteté les authentiques réfugiés, ceux qui fuient des pays où ils sont en danger, des migrants simplement à la recherche de meilleures opportunités de travail, de meilleures conditions de vie. Or, le problème actuel, c’est que beaucoup de ces migrants économiques réclament, à leur arrivée en Europe, le bénéfice du droit d’asile. Parce qu’ils savent que, même si on le leur refuse, ils pourront généralement rester quand même sur place. Et c’est bien cela qui nourrit la défiance publique envers une immigration qui demeure souhaitable. « Pour demeurer soutenables, les politiques migratoires doivent bénéficier de la légitimité démocratique », écrivent Betts et Collier. 

Et leur long article formule un certain nombre de recommandations très concrètes, qui nous changent des proclamations idéologiques sans contenu, dans un sens ou dans l’autre.

Il faut, disent-ils, respecter trois règles fondamentales : se fonder sur des obligations éthiques largement acceptées, bénéficier d’un large soutien démocratique, et éviter les décisions qu’on serait amenés à regretter dans l’avenir. Ne pas sacrifier l’éthique de la responsabilité à l’éthique de la conviction. Les associations de défense des immigrés sont dominées par la seconde. Les gouvernants doivent opter pour la première. Or, la politique menée par les Etats européens depuis 2015 a été, à l’inverse, je cite, « chaotique, réactive, au jour le jour ». Le pire exemple a été donné par la chancelière allemande, ouvrant largement les portes de son pays en septembre 2015, pour se précipiter en Turquie, afin de réclamer à Erdogan de les refermer, en mars 2016. 

Au titre des obligations éthiques acceptées, figurent les obligations non réciproques des Européens de venir en aide aux réfugiés dont la vie est menacée. Mais, font remarquer les auteurs, cette assistance leur est très généralement fournie dans les pays voisins du leur, où la grande majorité trouve refuge. Ainsi du drame syrien : 3 millions de Syriens sont réfugiés en Turquie, plus d’un million au Liban, et 650 000 en Jordanie. Seuls, un million sont partis en Europe. « Les réfugiés ne sont pas des migrants naturels : ce sont des gens qui avaient choisi de rester chez eux jusqu’à ce qu’une grave crise les force à en partir. Ce dont ils ont besoin, ce n’est pas d’une migration permanente, mais des conditions de vie sécurisées jusqu’à ce qu’ils puissent soit rentrer chez eux, soit être acceptés comme citoyens productifs dans leur refuge régional ou ailleurs. »

On ne peut pas exiger des pays d’accueil qu’ils fournissent une aide humanitaire indéfinie, car ils n’en ont pas les moyens. C’est pourquoi l’Europe doit aider ces réfugiés à retrouver, dans les pays où la plupart résident, autonomie et dignité. Cela suppose éducation, formation, accès à l’emploi local. Ainsi, en échange d’avantages commerciaux négociés avec l’Union européenne, la Jordanie a-t-elle ouvert son marché du travail aux réfugiés syriens. L’Ouganda a accordé aux réfugiés la liberté de mouvement et le droit au travail sur son propre sol. Le Kenya et l’Ethiopie sont engagés dans une logique similaire. 

Quand les réfugiés ne peuvent ni rentrer chez eux, ni s’intégrer dans le pays hôte, il faut imaginer des systèmes de réinstallation dans un pays tiers. Des fondations canadiennes y oeuvrent depuis longtemps. Allemands et Britanniques s’y intéressent à leur tour. 

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