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La responsabilité des réseaux sociaux dans la montée mondiale du populisme

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Internet nous a habitué à obtenir tout tout de suite sur un clic. C'est aussi ce que promettent mensongèrement les leaders populistes.

Les réseaux sociaux sont-ils responsables de la montée du populisme ? 

En tous cas, force est de reconnaître la coïncidence de leur double montée en puissance, écrit Enrique Dans, professeur espagnol de systèmes et technologies de l’information. Même si le populisme est presque aussi vieux que la démocratie alors que les réseaux sociaux sont une réalité bien plus récente, qui date de la fin des années 1990. Mais le populisme auquel sont confrontées nos démocraties n’est pas non plus celui de Juan Peron. Il s’agit d’une version en phase avec les nouveaux usages sociaux induits par le numérique, comme celle de Peron l’était avec la diffusion de la radio et des meetings de masse en Argentine. 

Le leader populiste contemporain apprécie un médium qui lui permet de cibler avec une extrême précision les messages qu’il veut diffuser en fonction des publics. Ce qui lui est d’autant plus nécessaire qu’il tient, en réalité, des discours différents et souvent contradictoires, selon ses publics.

Les réseaux sociaux ont d’abord été considérés comme un moyen de diffuser une protestation partie de la base dans des pays qui ne jouissaient pas des libertés d’expression. C’est le rôle qu’ils ont notamment joué dans les Printemps arabes. Mais ça, c’était avant. 

A présent, on est loin de ces mobilisations. La structure sociale des réseaux sociaux, écrit Enrique Dans, est « simplistique ». Vous êtes d’accord, vous likez. Vous ne l’êtes pas, vous écrivez quelque chose de vache, et même de vitriolé. Pas de souci : vous ne risquez d’autres représailles que rhétoriques. Les inhibitions limitant votre agressivité naturelle sont mises hors-jeu. Bientôt, vous n’êtes environné que « d’amis » qui partagent vos opinions et vos goûts, qui vous font vous sentir bien dans votre peau, justifié et entouré d’alter égos. Le réseau social s’est transformé en chambre d’écho. Une bulle invisible filtre tout ce que vous lisez, façonnant votre vision du monde. Avec pour effet de simplifier à l’extrême la complexité du monde réel.

En effet, écrit dans The Guardian Jamie Bartlett, le responsable de l’analyse des médias sociaux au think tank britannique Demos, le populisme comporte deux caractéristiques majeures. Primo, il propose des réponses immédiates et simples à des problèmes compliqués ; généralement, en désignant des boucs-émissaires. Pour la droite populiste, les immigrés qui ruinent les modes de vie traditionnels et l’Etat-providence. Pour la gauche populiste, la finance et la mondialisation, qui provoquent l’effondrement des revenus. Deuxio, il prétend parler « au nom des gens simples et opprimés contre une élite, distante et corrompue ». Or, les réseaux sociaux fournissent la plate-forme idéale pour ces deux angles d’attaque. » 

Il ne faut pas perdre de vue, poursuit Jamie Bartlett, ce qu’est le modèle économique, hautement rentable, de ces espaces virtuels numériques. Leurs profits leur viennent de la publicité. Et, poursuit-il, chacun dans ce milieu vous le dira, ce qui fait vendre, c’est l’émotion et la simplicité. Bien sûr, les massages véhiculant des contenus populistes marchent beaucoup mieux que quoi que ce soit provenant « du centre insipide ». La radicalité, la véhémence, l’outrance sont privilégiées parce qu’elles sont payantes.

Il y a donc de fortes affinités entre la psychologie populiste et celle du numérique.

Oui, parce qu’Internet nous a habitués à obtenir en quelques clics tout ce que nous voulons : du morceau de musique au billet d’avion, en passant par le résultat du match de la veille ou le rendez-vous amoureux d’un soir. Tout, en apparence, y est ultra-simple, personnalisé, accessible, immédiat. Comme le monde de la politique apparaît frustrant en comparaison ! Il nécessite de l’expertise, de longs débats, des compromis. Les décisions sont lentes à émerger et encore plus à produire leurs effets. Cela heurte nos nouvelles habitudes de consommation. Car nous voulons tout, tout de suite. Comme sur internet !

Les populistes promettent de passer en force, écrit Jamie Bartlett Ce qu’ils promettent, c’est une politique de la hache. Un grand coup à droite, un grand coup à gauche, et vous aurez exactement ce que vous désirez sans trop avoir à réfléchir. Ce qui se met en travers du chemin devra être renversé.

C’est ce que dit aussi mon professeur espagnol, Enrique Dans : le leader populiste promet des solutions hyper-simples à des questions que les politiques traditionnels prétendent complexes. 

Or, sur les réseaux sociaux, ces idées, bien particulières, nous arrivent en provenance d’amis comme si elles étaient neutres. Je cite « des histoires en noir et blanc, avec des bons et des méchants sont ainsi conditionnées avec une précision de laser en direction de ceux qui vont l’apprécier le plus. » « Plutôt les solutions les plus simples et des messages clairs et concis que des zones grises d’incertitude sur des problèmes complexes par lesquels on n’a pas envie d’être ennuyé. » 

En outre, la désignation d’un ennemi commun, d’une tête de Turc, ça fait se sentir bien. Ca donne le sentiment d’avoir raison en masse. Et ça, c’est jubilatoire

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