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L'actualité nouvelle du duel Keynes/Hayek

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Le diagnostique sur les origines de la crise oppose deux écoles.

Je reviens, ce matin,  sur la brève introduction, consacrée à la pensée de Friedrich Hayek, par Thierry Aimar, au Bien commun,  chez Michalon. L’influence de ce penseur, qui était loin d’être uniquement un économiste, a exercé à certains moments, une influence contestée.

Divergences de fond sur la crise des années 30.

C’est vrai. Quoiqu’il ait obtenu le Prix Nobel d’économie, en 1974, Thierry Aimar l’auteur de ce livre, rappelle fort opportunément que, durant les années trente, deux économistes ont dominé les débats, en s’opposant sur les causes de la crise de 29 ; et sur les moyens à déployer pour y remédier. Vous aviez, d’un côté, Keynes, qui démontrait que les forces du marché, livrées à elles-mêmes, étaient dans l’incapacité d’assurer le plein emploi, contrairement à ce que prêchait alors la « théorie classique ». Il préconisait en conséquence d’agir sur la demande, en augmentant à la fois les revenus et la dépense publique. Quant à la politique monétaire, elle n’était, à ses yeux, que la servante de cette politique budgétaire expansionniste. Keynes suggérait même, avec sa fameuse expression de « l’euthanasie du rentier », que l’inflation probablement entraînée par ces politiques dites de « relance budgétaire » n’était pas forcément une mauvaise chose…

De son côté, Hayek attribuait l’origine de la fameuse crise, non pas à une insuffisance de la demande, mais au contraire à l’excès du crédit. Lorsque les taux d’intérêt sont maintenus artificiellement bas durant une longue période, disait-il, les consommateurs comme les entrepreneurs et les investisseurs sont tentés de s’endetter de manière exagérée. Et comme l’épargne est peu rémunérée, nul n’est incité à mettre de l’argent de côté. L’euphorie est mauvaise conseillère. On achète à tour de bras en s’endettant à pas cher : des actions, des maisons… Pourquoi se priver, puisqu’on est sûr de revendre n’importe quand, en empochant un substantiel bénéfice. Il se crée ainsi des bulles spéculatives. 

Nous ne sommes pas sortis de ce débat.

Au contraire, il a ressurgi à propos de la crise de 2008. Pour les partisans de Keynes, les économies occidentales ayant failli s’effondrer, il faut, pour s’en sortir, un coup d’accélérateur sur les dépenses publiques. Et comme les Etats sont déjà très endettés, il faut leur permettre de continuer à le faire à des taux très bas. D’où un appel au secours adressé aux Banques centrales. Non seulement celles-ci sont invitées à écraser leurs taux d’intérêt, mais elles rachètent discrètement une partie de ces dettes publiques. Mais le débat Hayek/Keynes ressurgit. 

Car pour les partisans de Hayek, cette politique de déficits budgétaires et de liquidités surabondantes s’appelle de la fuite en avant. Dans l’espoir d’empêcher le déclenchement de la dépression qui menace, on se contente de la retarder. Au risque de l’aggraver sévèrement quand elle éclatera. 

Pour Hayek, le taux d’intérêt est censé ajuster « l’offre d’épargne réelle à la demande d’investissement ». En l’abaissant artificiellement, afin de satisfaire la boulimie de l’Etat, on envoie aux acteurs économiques de fausses informations sur la disponibilité réelle en capital. Or, pour Hayek, on doit faire confiance aux acteurs économiques pour adapter rationnellement leurs comportements ; dans la mesure où ils disposent des bonnes informations sur l’état du marché. Les prix sont des signaux. 

Je cite Thierry Aimar, « Quand l’illusion monétaire se dissipe, et que le réel s’impose finalement, il est trop tard pour réagir. » (p. 38) Seulement voilà, comme l’écrivait Friedrich Hayek, « Il n’est pas surprenant que les hommes désirent éluder le choix pénible que la réalité leur impose. » Au passage, les banques profitent de largesses destinées aux Etats pour se procurer d’énormes masses d’argent frais à des taux ridiculement bas. Pourquoi se gêner ? Pour Hayek et ses disciples, ce sont les Banques centrales qui sont les principaux responsables des crises.

Hayek, démodé après la guerre, revient en force dans les années 1980. 

Pendant et après la guerre, Hayek qui était devenu citoyen britannique, et enseignait à la London School of Economics, est tombé quelque peu dans l’oubli. Le libéralisme, qu’il incarnait, était devenu démodé. Les politiques de reconstruction et la nécessité de développer les Etats-providences modernes ont fait alors de Keynes le prophète des temps nouveaux. Alors même que John Maynard Keynes lui-même se tuait à la tâche en menant des négociations difficiles pour le compte du gouvernement britannique. Il est mort d'épuisement en 1946. Paradoxalement, cet économiste est devenu, de nos jours, la référence des sociaux-démocrates. Alors qu’il appartenait, de son vivant au Parti libéral, et non pas au Parti travailliste. 

Mais à la fin des années 1970, lorsque les politiques dites de relance s’avérèrent incapables de relancer la croissance. Lorsque la Grande-Bretagne, en particulier, se débattait dans la stagflation – conjuguant les inconvénients de la stagnation et de l’inflation, c’est Hayek qui redevint à la mode. Margaret Thatcher en imposait la lecture à ses ministres. Pour autant, comme le rappelle Thierry Aimar, Hayek ne se considérait nullement comme un conservateur. Il comptait sur le marché pouvait faire sauter les rentes et les privilèges installés.

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