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Le confinement a transformé les grandes villes américaines en villes mortes. Ici, le quartier du Queens à New York pendant le confinement 2020.

Etats-Unis : quand le Covid bouleverse la géographie urbaine

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Les grandes métropoles ont payé un prix élevé à l'épidémie. En matière d'urbanisme, l'ère post-Covid va voir les tendances de fond s'accentuer, et modifier profondément la géographie des Etats-Unis : une étude estime que plus 14 millions d'Américains pourraient déménager suite à la crise sanitaire.

Le confinement a transformé les grandes villes américaines en villes mortes. Ici, le quartier du Queens à New York pendant le confinement 2020.
Le confinement a transformé les grandes villes américaines en villes mortes. Ici, le quartier du Queens à New York pendant le confinement 2020. Crédits : Busà Photography - Getty

Les grandes métropoles américaines ont payé un prix élevé à l'épidémie qui les a durement éprouvées. Celle-ci va-t-elle modifier durablement leur attractivité ? L'ère qui s'ouvre risque de voir un certain nombre de tendances de fond urbanistiques s'accentuer, et modifier profondément la géographie des Etats-Unis. Dans la mesure où les évolutions constatées outre-Atlantique sont souvent répliquées en France quelques années plus tard, le bouleversement qui touche l'urbanisme américain est un sujet à suivre... Richard Florida et Joe Kotkin viennent de signer un article sur l’avenir des villes américaines au sortir de la crise sanitaire. Que prévoient les deux célèbres géographes américains ? Ils estiment le nombre d’Américains qui vont déménager à l’issue de la crise sanitaire entre 14 et 23 millions. Soit un mouvement de population comparable à celui qui a donné naissance, après la guerre, au phénomène des suburbs, les fameuses banlieues tellement typiques de l’Amérique des années 1950 et 1960. 

Le confinement a transformé les grandes métropoles comme New York, Los Angeles et Londres en véritables "villes mortes durant de longs mois. Selon Richard Florida et Joe Kotkin, après la crise, les choses ne vont pas redevenir comme avant. De nombreuses boutiques, beaucoup de bars et de restaurants ne rouvriront pas : ils ont fait faillite. Et les gens, qui ont pris l’habitude de se rabattre sur le commerce électronique ne reviendront pas d’un seul coup vers les boutiques. 

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Télétravail, essor des villes moyennes, désir de campagne : les nouveaux ressorts de profonds changements 

Mais le facteur décisif, c’est le télétravail, devenu une habitude pour nombre de de cadres et d’employés. Selon les sondages, 32 % des Américains veulent désormais travailler uniquement à domicile, 23 % travailler à domicile 3 à 4 jours par semaine, 20 % un ou deux jours seulement et 24 % ne veulent ou ne peuvent pas du tout travailler chez eux. Le télétravail va donc devenir la norme pour de très nombreux Américains dans de très nombreuses professions. 

Plusieurs conséquences à prévoir. D’abord, les quartiers d’affaire, typiques des grandes villes américaines, avec leurs immenses tours de bureaux, vont être en partie abandonnées par les grandes sociétés. De même que les anciennes usines ont été reconverties en lofts par les créatifs branchés des années 1970/80, de même, il va falloir inventer à ces tours de nouveaux usages. Ils pourront accueillir les lieux de travail flexible, des ateliers d’artisans, voire être carrément reconvertis en appartements. L’avantage, c’est qu’ils cesseront d’être déserts la nuit… 

Il s'agit moins de ruptures avec l’organisation des villes telle qu’elle préexistait à l’épidémie que d’amplification de tendances qui lui préexistaient. Les Etats-Unis connaissaient depuis une dizaine d’années un double mouvement. D’abord un mouvement centripète. C’est celui qui pousse les familles avec enfants de la classe moyennes hors des grandes métropoles vers des villes moyennes, où elles pourront se loger pour moins cher, avoir de l’espace et des jardins, de bonnes écoles pour leurs enfants. Mais il y a également un mouvement centrifuge en sens inverse. A mesure que les entreprises abandonnent les quartiers d’affaire et que les familles quittent les quartiers huppés des métropoles, les loyers ont tendance à baisser. Et cela attire en ville des jeunes diplômés entre 25 et 35 ans, avides de sorties et de rencontres. Le mouvement centripète était déjà dominant et il va s’accélérer. Entre 2012 et 2020, la croissance démographique américaine a profité presque exclusivement aux suburbs et aux exurbs. Aux banlieues résidentielles et à d’anciens villages pas trop éloignés des grandes villes, investis par les commuters pour y résider "comme à la campagne".

La perte de vitesse de certaines métropoles dessinent une nouvelle géographie américaine

L’économie de l’innovation, qui était concentrée dans quelques hubs proches des universités prestigieuses, en particulier la baie de San Francisco, Seattle et le corridor d’Acela, Boston-New York-Washington DC – avait déjà commencé à migrer vers des endroits inattendus. En particulier certaines grandes villes du Sud, comme Phoenix, Dallas, Houston, Fort Worth, Atlanta, Miami, ou moyennes telles que Austin, Salt Lake City, Nashville. Le mouvement va s’intensifier. Steve Case, l’ancien patron d’AOL, a baptisé cette migration depuis les grandes métropoles des deux côtes vers le Sud et le centre du pays, the Rise of the Rest. Lyft, Tesla, Space X, Toyota, McKesson et d’autres sociétés innovantes sont en train de se redéployer en ce sens.  

Avant l’épidémie, les grandes villes qui avaient perdu le plus d’habitants étaient, dans l’ordre : New York, Los Angeles, Chicago, Miami, Philadelphie. Celles qui en avaient gagné le plus : Dallas, Phoenix, Houston, Atlanta, Seattle. Cela va continuer à un rythme plus rapide. Mais la nouvelle géographie urbaine va également favoriser des villes moyennes comme Bethesda dans le Maryland, Birmingham dans le Michigan, Orange en Californie, ou d’autres anciennes "villes-dortoirs", qui sont désormais "à usage mixte", parce qu’elles ont su attirer des activités. 

Enfin, Richard Florida et Joe Kotkin relèvent un autre phénomène : beaucoup de gens aisés, qui disposaient d’une résidence secondaire dans des endroits tranquilles, s’y sont installés durant l’épidémie. Et ils ont l’intention d’y rester. Ceux qui font ce choix ont décidé de "sauter par-dessus les banlieues" et d’aller s’installer carrément à la campagne. Mais cela ne concerne qu’un pourcentage très réduit des zones rurales. Une centaine d’entre elles, selon Timothy Wojan. Elles ont pour caractéristiques de se situer à seulement quelques heures de voiture d’une cité superstar, de disposer à une faible distance d’un aéroport international et d’une université prestigieuse

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