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Le PPE se prépare à négocier un sérieux tournant à droite

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Les eurodéputés de Viktor Orban n'y apparaissent plus comme des moutons noirs : ils anticipent un réalignement stratégique des droites européennes.

La Hongrie, menacée des foudres de l'Article 7 demain. 

Aujourd’hui, on discute, au Parlement européen, du Rapport sur l’état des libertés en Hongrie, présenté par l’eurodéputée écologiste Judith Sargentini. Demain, le Parlement de Strasbourg votera sur l’opportunité d’appliquer à la Hongrie les mesures prévues par l’article 7 du Traité ; il prévoit notamment une suspension du droit de vote au Conseil. La Commission Libertés civiles, justice et affaires intérieures du Parlement européen s’est déjà prononcée à une nette majorité en faveur d’une telle mesure. Mais dans quel sens vont voter les députés du groupe parlementaire le plus nombreux et de loin, celui du Parti Populaire européen ? 

Car aussi étrange que cela paraisse, le parti de Viktor Orban, le Fidesz, ultra-conservateur et eurosceptique, est membre du PPE, parti de centre-droit, réputé, lui, euro-enthousiaste. Et qui détient les présidences du Parlement lui-même, et de la Commission. 

Dans The Guardian d’hier, Michael Ignatieff, l’ancien leader du Parti libéral canadien et actuel directeur de la Central European University de Budapest, déclarait : « Il y a toujours eu, dans la droite conservatrice européenne, des gens qui appréciaient ce que dit M. Orban au sujet de l’immigration. Le fond de la question, à présent pour eux, c’est de savoir _s’ils apprécient également ce qu’il dit au sujet de la démocratie, des libertés universitaires… de la liberté de la presse_. » Sous prétexte que les électorats réclament partout le contrôle des flux migratoires, le centre-droit va-t-il s’aligner sur les positions de l’extrême-droite anti-européenne ?

En réalité, c’est la CDU/CSU qui fait la pluie et le beau temps, au sein du PPE. 

Or, sous la pression de la CSU bavaroise, menacée par le parti populiste xénophobe AFD, cette CDU s’est nettement droitisée, ces derniers temps. Lorsqu’on demandait à Manfred Weber (CSU) et leader du PPE, pourquoi les députes d’Orban n’avaient pas encore été exclus de son groupe, il répondait : on tient mieux Orban en le gardant chez nous, qu’en le laissant en roue libre

Mais les choses ont changé : Orban n’est plus le mouton noir de la droite modérée : il a fait des émules; il désigne le sens du vent. L’ÖVP de Sebastian Kurz, qui gouverne l’Autriche avec l’extrême-droite, la CSU et d’autres forces politiques de droite européennes appartenant au PPE, soutiennent ostensiblement Orban. 

Comme le dit Alain Lamassoure, (eurodéputé PPE), ce matin, dans le quotidien L’Opinion, « Si on garde dans la famille un parti qui en viole allègrement les valeurs, au nom de quoi critiquer une position comparable chez d’autres ? Voire accepter de nouveaux membres du même acabit ? Le fruit avarié gâte les autres. » 

La direction du PPE cherchera à empêcher l’exclusion des députés d’Orban, car elle entend conserver le groupe parlementaire le plus nombreux après les élections. Il est même question d’y faire adhérer le PiS polonais, aujourd’hui affilié au groupe Conservateurs et Réformistes Européens. Ce qui pourrait signifier le contrôle, par des partis eurosceptiques, du parti politique européen qui a joué le rôle principal, à côté des sociaux-démocrates, dans les avancées les plus décisives vers l’unification européenne des quarante dernières années. Quel paradoxe !

D’autant que les dirigeants du PPE évoquent un renversement d’alliance après les élections au Parlement européen. Ils abandonneraient les sociaux-démocrates, que les sondages donnent en baisse générale, pour d’autres alliés, du côté de la droite souverainiste. Salvini est candidat…

Les élections de mai prochain offriront aux électeurs un choix décisif, mais risqué. 

Jean Pisani-Ferry résume fort bien la situation dans un papier paru sur Project Syndicate. « Les principaux clivages d’aujourd’hui, ceux qui portent sur l’économie ouverte, l’Europe et l’immigration ne séparent plus le centre gauche du centre droit. Car les deux camps ont fait leur la mondialisation. » Ce que réclament les électeurs, c’est de pouvoir choisir entre une société et une économie ouvertes, ou bien fermées. C’est ce qui leur sera proposé en mai. Mais c’est risqué.

Parce que, de son côté, la gauche, poursuit Pisani-Ferry, a éclaté entre une aile modérée (très affaiblie) et une gauche radicale anti-européenne. « La question du moment, poursuit-il, c’est de savoir si les digues qui séparent encore cette gauche radicale de la droite nationaliste vont tenir ou non. " La coalition au pouvoir en Italie montre que ces deux tendances, symétriquement populistes, peuvent gouverner ensemble. 

Le nouveau parti, Aufstehen, créé par la président du groupe parlementaire die Linke, Sahra Wagenknecht, qui marie des thèmes d’extrême-gauche traditionnels avec celui de l’arrêt de l’immigration, va dans le même sens. 

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