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Premières victimes de la guerre commerciale entre Washington et Pékin, les alliés européens, canadiens et japonais.

Trump vise l'acier chinois, mais menace la chaîne nord-américaine d'approvisionnement

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Les véritables victimes des mesures protectionnistes adoptées récemment par les Etats-Unis se recrutent parmi leurs principaux alliés.

Premières victimes de la guerre commerciale entre Washington et Pékin, les alliés européens, canadiens et japonais.
Premières victimes de la guerre commerciale entre Washington et Pékin, les alliés européens, canadiens et japonais. Crédits : NICOLAS ASFOURI / AFP - AFP

La presse internationale se demande si Donald Trump n’a pas déclenché la guerre commerciale, tant redoutée, avec la Chine. Mais les mesures annoncées la semaine dernière étaient prévisibles. Il les avait annoncées.

Donald Trump avait prévenu. Une forme de protectionnisme, destiné à soustraire certaines productions américaines à une concurrence chinoise, jugée trop agressive, figurait parmi ses promesses de campagne. « Nous devons protéger les frontières des Usa des ravages que nous causent d’autres pays en vendant leurs produits à bas prix, en rachetant nos compagnies et en détruisant nos emplois », avait-il prévenu. 

En août de l’an dernier, le Bureau du Représentant américain au commerce a lancé une série d’investigations contre la Chine dans les domaines des droits de propriété intellectuelle, de l’innovation et du développement technologique. On pouvait donc s’attendre à ce qui a suivi : en janvier, une première salve sur les panneaux solaires et les machines à laver. Elle visait la Chine et la Corée du Sud. Mais ce n’était qu’un tir d’avertissement. Ce qui l’a suivi, la semaine dernière, l’annonce de droits de douane de 25 % sur les importations d’acier et de 10 % sur celles d’aluminium, pourrait bien préfigurer d’autres annonces. 

Il est exact que les pressions concurrentielles et les innovations technologiques intervenues dans le secteur des panneaux solaires ont provoqué une baisse de 70 % de leurs prix en sept ans. Au lieu de s’en désoler, au nom de l’équilibre de leur balance commerciale, les Américains devraient s’en réjouir. Car cela rend plus accessible l’équipement des ménages, des administrations et des entreprises en énergie non polluante. Frapper d’importants droits de douane leur importation aux Etats-Unis équivaut à imposer une taxe supplémentaire aux consommateurs américains qui font le choix de s’en équiper. Et risque d’en dissuader certains. Idem pour le prix des machines à laver. Car le protectionnisme a toujours le même inconvénient : sous prétexte de protéger les emplois, il pénalise les consommateurs. Ce qui est gagné ici est perdu là. 

Quelles peuvent être les conséquences des limitations mises par Trump aux importations d’acier et d’aluminium ? 

Un cabinet américain de consulting, Trade Partnership Worldwide, les a chiffrées. Certes, elles permettront, à court-terme, de créer 33 000 emplois dans la sidérurgie aux Etats-Unis, estime-il. Excellent. Mais le renchérissement des prix de l’acier aura des conséquences indirectes sur nombre de secteurs utilisateurs de ce matériau aux Etats-Unis – comme l’automobile. Pertes d’emplois estimées : 179 000. Une bien mauvaise affaire, en vérité…

Et surtout, une erreur de stratégie, comme l’a établi le Peterson Institute for International Economics, l’un des plus fameux think tanks spécialisés dans l’analyse du commerce international. Selon Peterson, les nouvelles mesures américaines sur l’acier vont coûter à la Chine 869 millions de dollars. Personne ne nie que les surcapacités chinoises posent problème. Mais les Américains n’avaient pas attendu l’élection de Donald Trump pour réagir. Cela fait des décennies que l’acier chinois subit, à son entrée aux Etats-Unis, des droits de douane spéciaux, des quotas et autres restrictions. C’est pourquoi la Chine sera beaucoup moins impactée par la mesure décidée par Trump que d’autres pays. Ceux qui seront lourdement affectés sont ceux qui n’étaient pas soumis à ces droits de douane spéciaux. A savoir, au premier chef, le Canada et l’Union européenne. Alliés des Etats-Unis…

Il en va de même pour l’aluminium. Les Etats-Unis ont commencé à protéger leurs producteurs en 2009. La « protections spéciale », annoncée par Trump, vise expressément la Chine. Mais comme 96 % des importations d’aluminium chinois aux Etats-Unis sont déjà soumises à des taxes compensatoires depuis 2016, les droits de douane de 10 % toucheront surtout le Canada… 

Conclusion de Chad Brown, du Peterson Institute, les USA avaient déjà pourvu leurs industries de l’acier et de l’aluminium de protections conséquentes en pénalisant les importations étrangères. Les nouvelles dispositions décidées par Trump n’auront que peu d’effets sur la Chine, mais elles vont heurter gravement les intérêts des alliés des Etats-Unis : Canada, Union Européenne, Mexique. 88 % des exportations canadiennes d’acier, l’an dernier, ont été achetée par les Etats-Unis. 73 % de celles du Mexique. 

La chaîne d'approvisionnement nord-américaine de l'acier à risque. 

Trump semble ignorer qu’il existe, dans le continent nord-américain, une chaîne d’approvisionnement qui lie entre eux les trois pays. Lorsque George W Bush décida, en 2002, l’instauration de droits de douane sur les importations d’acier, il eut l’intelligence d’en exempter le Canada et le Mexique. Plusieurs grandes sociétés américaines, fortement dépendantes de cette chaîne nord-américaine de l’acier, ont demandé à l’administration de revoir sa politique. Trump pourrait vouloir se servir de l’affaire pour peser dans la renégociation en cours du Traité Nafta. Mais les deux grands voisins des Etats-Unis ont averti que, s’ils étaient pénalisés, il procéderaient à des représailles.

De son côté, l’Union européenne a déjà annoncé une série de mesures ciblées avec précision. Les airelles, le bourbon et les Harley-Davidson vont être frappés de droits de douane importants. Le bourbon, parce qu’il est la spécialité du Kentucky. Les Harley-Davidson sont fabriquées dans le Wisconsin. Le sénateur du Kentucky est le Républicain Mitch Connell, leader du Sénat. Et Paul Ryan, speaker républicain à la Chambre des Représentants est élu dans le Wisconsin. Comme l’a dit Jean-Claude Juncker, « Nous autres Européens, savons aussi être stupides

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