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Le populisme, ce n'est pas ce que vous croyez...

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"L’histoire n’était certainement pas juste un truc centriste et monotone avant Trump."

Un certain nombre d’essais intéressants, notamment celui de Yascha Mounk, Le peuple contre la démocratie, mettent en garde contre les risques d’une vague populiste. Mounk est l’un des intellectuels américains les plus engagés dans la dénonciation de Donald Trump. Mais il est à son tour vivement critiqué par des défenseurs du populisme. D’un populisme de gauche. 

Oui, et pour Thomas Frank, dans un article du Guardian, le populisme, aux Etats-Unis, en tous cas, avait toujours été de gauche. C’est seulement à la fin des années 60, que des politiciens de droite, comme George Wallace et Richard Nixon ont détourné le langage de la classe laborieuse pour se faire élire. 

Et voilà Yascha Mounk qui vient nous dire qu’avant Trump, la vie politique était, certes, « congelée », mais que les dirigeants politiques élus respectaient des « normes », qu’ils faisaient preuve de décence. « J’ai lu son livre avec de plus en plus d’incrédulité », écrit Thomas Frank. « L’histoire n’était certainement pas juste un truc centriste et monotone avant Trump. » Non, ce qui s’est passé aux Etats-Unis, c’est la prise du pouvoir par le Big Business, la Finance, Silicon Valley, au détriment des syndicats. Quant au respect des normes et de la décence, les libéraux sont mal placés pour en parler. Dès qu’il s’agit de business ou de technologie, ils n’ont à la bouche que leur fameuse « disruption ». Ce sont des transgressifs par nature. 

Au yeux de Thomas Frank, Trump ne constitue pas une regrettable rupture avec une admirable tradition démocratique et libérale. Non, c’est le couronnement d’une évolution qui part de Reagan, mais qui passe aussi par Bill Clinton – et,  ce n’est pas dit, mais on le devine, par son épouse, Hillary.  

Mounk, poursuit Thomas Frank, produit une analyse erronée parce qu’il se trompe lourdement sur le sens du mot populisme et son histoire, en tous cas, aux Etats-Unis. Yascha Mounk est un Juif polonais qui a vécu son enfance en Allemagne et fait ses études supérieures en Grande-Bretagne, avant d’acquérir la nationalité américaine. Le sous-entendu vous a donc une petite connotation xénophobe assez déplaisante. Mais Frank dissipe cette mauvaise impression en reprochant justement à Mounk d’attribuer à tous les populistes une « hostilité au pluralisme ethnique et culturel ». Faux, proteste-t-il. Le parti populiste américain de la fin du XIX° siècle, parce qu’il était agrarien, a mobilisé les fermiers noirs du Sud. Mounk, écrit-il, se trompe aussi lorsqu’il décrit la réaction populiste comme une forme de protestation populaire contre la confiscation du pouvoir législatif et réglementaire par des agences et des commissions. L’une des commissions qu’il cite dans son livre à l’appui de sa thèse a été créée à la demande de la sénatrice Elizabeth Warren – connue aux Etats-Unis, actuelle représentante de la tendance « populiste » du Parti démocrate. 

Après avoir réglé son compte à Yascha Mounk, Thomas Frank passe à la mise en pièce d’un autre essai, dénonçant la vague populiste, celui de William Galston, Anti-Pluralism : The Populist Threat to Liberal Democracy.

Galston a été un proche collaborateur de Bill Clinton à la Maison Blanche. Il a été, il le reconnaît, un de ces artisans d’une politique libérale de centre-gauche, misant sur ce qu’on appelé chez nous, « la mondialisation heureuse ». Un partisan d’un monde ouvert, au sein duquel l’expansion d’un commerce international régulé par des institutions telles que l’OMC, d’une part, des migrations importantes, de l’autre, contribueraient à apaiser les tensions. Sur le plan politique, il estime que cette idéologie comportait un deal implicite entre les élites et les peuples. Laissez-nous mener la barque, disaient celles-là, nous savons où nous allons. La libération des capacités d’innovation des nouvelles grandes entreprises issues du numérique et l’ouverture des frontières vont vous apporter une hausse du niveau de vie, la tranquillité dans votre pays, la protection contre les menaces extérieures.

Mais aujourd’hui, admet Walston lui-même, les peuples constatent que la promesse n’a pas été tenue. Et les peuples se rebellent. Le problème, c’est que cette rébellion populaire rencontre l’offre politique de dirigeants populistes. Et ceux-ci ont bricolé une idéologie selon laquellele peuple, vertueux et homogène, se dresserait tout entier contre des élites égoïstes et corrompues. Or, le libéralisme dont Walston se fait le héros s’appuie sur la nécessité du pluralisme. L’idée d’un peuple « homogène » l’inquiète. Derrière les prétentions unanimistes des populistes, il flaire la xénophobie et l’autoritarisme. 

Contre-attaque de Thomas Frank : le problème de Galston, c’est qu’il confond le populisme en général avec le cas Donald Trump. Et il généralise à partir de l’incarnation que les Américains ont sous les yeux. Du coup, il accumule les erreurs historiques. Non, tous les populistes n’ont pas été nécessairement des partisans du protectionnisme. William Jennings Bryan, trois fois candidat démocrate malheureux à la présidence des Etats-Unis, au tournant des XIX° et XX° siècles, et populiste s’il en fut, était hostile aux barrières douanières. 

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