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De Macron )à sa gauche) ou d'Orban (à sa droite), de quel côté penchera la Chancelière ?

Les souverainistes eurosceptiques sont déjà dans la place

5 min
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Une "ligne Viktor Orban" a fait son trou au Parlement européen.

De Macron )à sa gauche) ou d'Orban (à sa droite), de quel côté penchera la Chancelière ?
De Macron )à sa gauche) ou d'Orban (à sa droite), de quel côté penchera la Chancelière ? Crédits : JOHN THYS / POOL / AFP - AFP

« Salut, Grand-Duc ! » « Salut, dictateur ! ». Cet échange, accompagné de sourires crispés, entre Viktor Orban, premier ministre hongrois et Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, a été remarqué par les participants du Sommet européen de Riga en mai 2015. Derrière l’ironie informelle, perçait un certain agacement mutuel. 

En septembre de l’année dernière, Juncker a rendu publique une lettre adressée à Orban. Le Hongrois exigeait alors que l’Union européenne lui remboursât une somme de 400 millions d’euros, soit la moitié du coût d’érection du mur de barbelés construit par son pays à la frontière avec la Serbie, lors de la crise migratoire de 2015. "Il n'est pas exagéré de dire que la sécurité des citoyens européens a été financée par les contribuables hongrois", plaidait Orban. La Hongrie reçoit, en aides européennes diverses l’équivalent annuel de 3% de son PIB, lui a rétorqué Juncker. Le plus fort pourcentage de fonds structurels distribués par l’Union européenne. En outre, elle a refusé d’accueillir le quota de migrants que Bruxelles lui avait attribué. Par conséquent, elle n’aura pas un centime pour son mur. On ne saurait passer son temps à réclamer à l’Europe toujours plus d’argent, tout en se moquant des valeurs qu’elle tente d’incarner face au reste du monde. 

Les Polonais font remarquer avec amertume que l’article 7 du Traité de Lisbonne a été déclenché contre leur pays pour « violation persistante et répétée » des valeurs de l’Union européenne, tandis qu’envers la Hongrie, au moins aussi coupable d’attaques répétées contre la liberté de la presse et l’indépendance de la Justice, Bruxelles se contente de bénignes réprimandes : « Salut, dictateur ! ». 

La différence de traitement entre les deux tient essentiellement à la stratégie adoptée par chacun des deux partis populistes au Parlement européen. Le FIDESZ hongrois demeure affilié au Parti Populaire Européen, le grand parti de centre-droit, majoritaire en Europe. Il y avait sans doute sa place lorsque le FIDESZ était un parti de droite classique, libéral et européen. Devenu archéo-conservateur, xénophobe et souverainiste, on se demande pourquoi il y demeure toléré par la CDU d’Angela Merkel, le PP de Mariano Rajoy, ou encore par Les Républicains français. Mais lorsque Juncker et Orban se chamaillent, ils restent membres du même PPE. Cela reste au sein de la famille. 

Par contre, le parti au pouvoir à Varsovie, Droit et Justice, est pour sa part affilié, à Strasbourg, au groupe des Conservateurs et réformistes européens, auquel appartiennent notamment les eurodéputés conservateurs britanniques. Il pouvait difficilement faire autrement, quand son principal adversaire politique, la Plateforme Civique de Donald Tusk, siège, lui, fort logiquement, au PPE. Du coup, le gouvernement polonais écope d’une procédure de l’article 7, quand le gouvernement hongrois s’en tire avec un simple froncement de sourcils.

Non seulement le gouvernement hongrois a pu échapper aux mises en garde européennes visant Varsovie, mais il anime à présent une espèce de tendance populiste au sein même du PPE. 

Il y peut notamment compter sur le soutien de la droite au pouvoir en Autriche, en alliance à l’extrême-droite. Mais une partie de la CDU/CSU allemande penche à présent vers le courant autoritaire et illibéral, incarné par Viktor Orban. A quoi ressemble un groupe parlementaire au Parlement européen qui, pour y demeurer le plus important en nombre, compte à la fois des partisans d’une intégration plus poussée et des souverainistes, désireux de revenir sur la plupart des politiques communes ? Quel programme le PPE pourra-t-il présenter aux électeurs aux élections au Parlement européen, qui auront lieu l’année prochaine ? Une synthèse euro-enthousiaste/eurosceptique ? Ca ne tient pas debout.

Mais le groupe des Socialistes européens n’est pas mieux loti, lui, qui abrite également des partis respectant bien peu les valeurs européennes. Ainsi du PSD roumain, dont le président Liviu Dragnea, a été condamné à deux ans de prison pour fraude électorale. Ce parti de gauche, vainqueur des élections de 2016, a lancé, contre l’indépendance de la justice, des attaques qui n’ont pas grand-chose à envier à ce qui se passe en Pologne ou en Hongrie. 

Les socialistes européens protègent également le gouvernement maltais, pourtant mis en cause par le PEN Club. «Nous pensons que l'enquête en cours ne respecte pas les standards d'indépendance, d'impartialité et d'efficacité requis par les lois internationales sur les droits de l'homme", déclarent les écrivains à propos de l’enquête sur l’assassinat de la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia, tuée par une voiture piégée, alors qu’elle enquêtait sur une vaste affaire de corruption. France Inter et Le Monde publient aujourd’hui même le fruit de l’enquête indépendante menée sur ce crime par le collectif Forbidden Stories.

Quant au 3° groupe du Parlement européen, celui des libéraux de l’ALDE, il compte dans ses rangs le milliardaire tchèque Andrej Babis, récemment élu à la tête du gouvernement de son pays, alors que cet autre politicien populiste est visé par un rapport de l’Office européen de lutte antifraude pour détournement de fonds européens… 

On le voit : les populistes ne se contentent pas d’attaquer l’Union européenne de l’extérieur. Ils sont à présent dans la place. 

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