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Deux points de vue sur la crise française et l'Union européenne

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À retrouver dans l'émission

Pour le salut de l'Europe, le président de la République doit sortir victorieux de ce bras de fer.

Deux points de vue divergents sur notre crise des Gilets Jaunes.

Celui de Richard Haas, ancien assistant spécial du président George Bush et actuel président du Council on Foreign Relations. Et celui de Natalie Nougayrède, ancienne directrice du Monde, devenue éditorialiste au Guardian de Londres.

Pour Haas, il s’agit d’un populisme de gauche, venu d’un groupe social qui a des difficultés à boucler ses fins de mois. C’est donc différent, poursuit-il, d’autres vagues populistes qui traversent l’Europe et qui sont plutôt axées sur une défense nationale culturelle. En Hongrie ou en Italie, il s’agit d’immigration. En France, plutôt du refus de nouvelles taxes, dans un pays déjà lourdement imposé – même au nom de l’écologie. 

Un son de cloche très différent sous la plume de Natalie Nougayrède. « _Les scènes auxquelles on a assisté en France, ces dernières semaines, écrit-elle, peuvent rappeler à certains comme un revival du soulèvement de Mai 68. Mais un parallèle plus pertinent, c’est peut-êtr_e avec le 6 février 1934. Ce jour-là, les Ligues de nationalistes d’extrême-droite défilèrent dans la capitale et s’attaquèrent à la police avec une violence qui fit 15 morts. Les événements de ce 6 février ont servi de mythe fondateur à toute une génération d’extrême-droite. » 

Or, les inquiétudes française ont trois causes, poursuit-elle : la peur de perdre du pouvoir et du prestige dans le monde, la peur des conséquences économiques et sociales de la mondialisation, la peur de voir s’effilocher l’identité nationale.

Cette crise met en conflit, comme dans les autres démocraties, les urbains et les ruraux, les qualifiés et les non qualifiés, les employé et les chômeurs, les jeunes et les vieux. Mais elle prend une dimension particulière, en France, en raison de l’idéal égalitariste qui est à la base de la République. 

« Pour le salut de l’Europe, Emmanuel Macron a besoin d’aide, écrit-elle – et non pas de notre mépris ou de notre haine. » Il se trouve, je cite, « à la barre d’une France, qui est en train de redevenir très vite l’homme malade de l’Europe ». « Depuis les plus durs des Brexiters (de droite comme de gauche) jusqu’à l’homme fort d’extrême-droite italien Matteo Slavini, sans parler des _médias de propagande de Poutine_, on se délecte. L’agitation et le chaos dans les démocraties libérales, c’est ce dont ils profitent. » Leur but commun, c’est la prise du pouvoir par les extrémistes au Parlement européen en juin. « Les événements en France sont inquiétants et leur signification s’étend bien au-delà des frontières du pays. Car si « les passions tristes » contre lesquelles Macron met en garde ses compatriotes prenaient le dessus, c’est tout le continent européen qui en serait affecté, et non pas sa seule carrière. » (fin de citation)

Quel est l’état de l’Union européenne, six mois avant les élections au Parlement européen ?

Sur ce point, l’éditorialiste du Guardian et le président du Council on Foreign relations sont d’accord : l’état de l’Europe est très inquiétant. L’Union européenne, qui croyait pouvoir offrir au monde entier un modèle de paix, de stabilité politique et de prospérité, est dans un état désastreux. 

Un Brexit qui apparaît ingérable ; des Etats centre-européens qui embrassent un à un les thèses douteuses de la démocratie illibérale ; des irrédentismes régionaux qui déchirent certains pays ; une Italie dirigée par une coalition populiste hétéroclite qui fonce dans le mur de la dette et de la faillite… Non, l’Europe ne fait pas envie. Plus grave, souligne Haas, à force de produire des normes, des règles et des contraintes, la bureaucratie bruxelloise a fait perdre à l’Union européenne son attrait auprès de ses propres citoyens. 

Mais les dirigeants des Etats-membres devraient assumer leur part de responsabilité dans cette catastrophe politique. Ils n’ont pas voulu aller jusqu’au bout de ce que signifiait la monnaie commune. Sans politique fiscale, ni union bancaire, l’Euro demeure bancal et inachevé. A la merci d’une prochaine crise.

Justement, la semaine dernière, à Bruxelles, Macron a remporté un demi-succès passé totalement inaperçu en France, pour cause de Gilets Jaunes. Les 19 ministres des finances ont, comme on dit dans leur jargon, « acté » la création d’un budget spécifique de la zone euro, pour lequel notre président de la République livrait bataille depuis son élection. Merkel se tâtait, l’Allemagne a donné enfin son feu vert. On peut se réjouir. Mais à moitié, comme face à tout ce qui nous arrive de l’UE, puisque le mécanisme de stabilisation de nos économies en cas de crise, que réclamait Macron n’est pas prévu. Il n’y aura pas de « FMI européen » pour une raison évidente : les pays du Nord ne veulent rien de ce qui pourrait impliquer des mécanismes de transfert. L’euro reste bancal et inachevé… 

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