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Taïwan, en tête des lieux de confrontation possible entre Pékin et Washington

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L'île rebelle ne renonce pas à son autonomie, condition de ses libertés.

De très nombreux observateurs redoutent que la rivalité entre les Etats-Unis et la Chine populaire, jusqu’ici cantonnée dans le domaine commercial, ne débouche un de ces jours sur un conflit ouvert dans les mois qui viennent. Or, si un tel conflit devait éclater, l’île de Taïwan figure en tête des lieux de friction possibles entre les deux puissances. Voyons pourquoi.

Taïwan, une démocratie indépendante de fait.

Il y a quarante ans, en 1979, les Etats-Unis ont reconnu en tant que seul gouvernement légal de la Chine, celui exercé par le Parti communiste, à Pékin. Les Américains se cherchaient un allié de revers contre l’Union soviétique. Et Nixon l’avait trouvé dans l’autre grand pays communiste, rival de Moscou : la Chine populaire. Mais le prix à payer pour cette reconnaissance mutuelle, fut celui que Pékin exige de tout Etat désireux d’établir des relations diplomatiques - la rupture des relations diplomatiques officielles avec l’autre Chine, l’île rebelle de Taïwan, dite République de Chine. Taïwan dispose d’une indépendance de fait, mais la Chine populaire ne le reconnaît pas.

Selon la doctrine officielle chinoise, en effet, il ne saurait y avoir qu’une seule Chine. Et Taïwan appartient à cette Chine unique. Comme envers Hong Kong, on peut envisager la doctrine « un pays, deux systèmes ». Mais certainement pas le maintien de l’indépendance de facto dont jouit l’île. Précisément, le peu de cas qu’a fait Pékin des libertés de Hong Kong après l’avoir récupérée en 1997, n’incite guère les Taïwanais à accepter de renoncer à leur autonomie ; elle est la garantie de leur démocratie

Mais, pour les dirigeants de Chine continentale, le fait que l’immense majorité de la population de l’île ne tienne pas du tout à être dirigée depuis Pékin n’entre pas en ligne de compte. Sa logique est purement nationaliste. On sait depuis le Tibet le peu de cas que la Chine communiste fait du droit des peuples à l’autodétermination. 

Taïwan est chinoise, mais elle n’a été rattachée politiquement au continent, au XX° siècle, que durant une brève période, entre 1945 et 1949. C’est là que s’était réfugié le parti nationaliste chinois, Kuomintang, après sa défaite face à l’Armée populaire communiste, en 1949. Aujourd’hui, Taïwan est une démocratie irréprochable et connaît un développement économique spectaculaire. Il s’y est forgé, grâce à la liberté dont y jouit, une identité culturelle forte

Et les relations économiques et touristiques avec la Chine continentale, quoique bousculées par la crise politique, demeurent étroites. Les universités et les médias de Taïwan constituent, en outre, des postes d’observation extrêmement précieux de tout ce qui se passe en Chine populaire. 

La garantie américaine. 

Lorsqu’ils ont officiellement fermé leur ambassade de Taipei, il y a quarante ans, les les Etats-Unis ont adopté une loi, spécifiant qu’ils « considéreraient toute tentative de déterminer l’avenir de Taïwan par d’autres moyens que pacifiques comme un motif de sérieuse préoccupation pour les Etats-Unis ». Et qu'ils maintiendraient leur capacité à aider Taïwan à se défendre. 

Mais comme l’écrit Richard Haas, cette formule était d’une ambiguïté délibérée. Taïwan ne peut pas présumer d’une quelconque automaticité de l’aide militaire américaine en cas d’agression par la Chine continentale. Mais Pékin, de son côté, ne peut pas non plus écarter l’éventualité d’une telle intervention militaire. L’intention des dirigeants américains était de geler la situation. De dissuader les dirigeants communistes d’envahir l’île rebelle, tout en dissuadant les gouvernements de Taipei de franchir le Rubicon, en proclamant l’indépendance de Taïwan – ce qui serait considéré par Pékin comme une provocation insupportable, passible de représailles militaires.

La Chine a longtemps caressé la perspective d’une « réunification pacifique ». Elle passait par la multiplication des échanges économiques avec l’île et par le tourisme. La stratégie consistait à étouffer lentement Taïwan, en l’absorbant progressivement dans l’espace économique chinois. Mais cette stratégie patiente n’a pas marché. Et le mois dernier, le président Xi Jinping a lancé cet avertissement : « nous n’excluons pas l’usage de la force envers Taïwan ». 

Une guerre hybride en cours. 

L’idée d’une réunification forcée, obtenue par des moyens militaires gagne du terrain à Pékin. Le People’s Daily publie des avertissements alarmants. Ainsi, le général en retraite Hongguang y a écrit récemment : « Il y aura très probablement un conflit militaire ». 

D’ores et déjà, les Taïwanais se plaignent de subir « une guerre hybride ». C’est ce qui ressort notamment d’un article récemment publié par David Ignatius, l’auteur de romans d’espionnage, pour le Washington Post. « La menace chinoise, écrit-il, est subtile, elle se propage à travers les réseaux sociaux, les journaux, la télévision à travers une campagne d’influence  qui touche toute entreprise, ferme ou travailleur. « Si vous soutenez le Parti démocratique progressiste (le plus hostile à la réunification avec la Chine et actuellement au pouvoir) c’est toute l’île qui sera punie. Mais si vous aidez Pékin, vous serez récompensé. » Chaque jour, des milliers de messages sont postés par les trolls chinois, afin de déstabiliser la société taïwanaise. 

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