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Les suggestions de la France pour une défense européenne indépendante des Etats-Unis

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À retrouver dans l'émission

Nos partenaires commencent à comprendre que Trump n'est pas "juste un mauvais moment à passer"...

Le veto britannique, enfin levé. 

En prônant une défense européenne complètement autonome des Etats-Unis, Emmanuel Macron adopterait, selon the Economist, une posture gaulliste. Mais l’hebdomadaire britannique de l’élite mondiale juge l’idée avec sévérité : son propos est « vague, confus, chimérique et imprudent à une époque de grande incertitude pesant sur le lien transatlantique. » 

Et de rappeler que le projet de CED, la Communauté européenne de défense, qui avait été ratifié par la République fédérale, les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg, a été torpillé par le Parlement français en août 1954. Mais, chers confrères, le contexte était tout autre : on sortait d’une guerre longue et douloureuse en Europe ; l’opinion française était hostile au réarmement de l’Allemagne. 

Aujourd’hui, soixante-quatre ans plus tard, ce que les Français reprochent aux Allemands, c’est au contraire de négliger leur propre défense et de ne pas participer suffisamment à celle de l’Europe. Quant à la France, elle n’a cessé, depuis les débuts de la V° République, à réclamer à ses partenaires européens qu’ils assument un peu mieux leurs responsabilités de manière indépendante des Américains. Avec son concept de « souveraineté européenne », Macron s’inscrit dans le prolongement de cette tradition française. 

Mais chaque fois que les Français ont proposé à leurs associés de l’Union européenne des projets de création d’une force armée indépendante des Américains, ils ont été bloqués par les Britanniques qui redoutaient l’éclatement de l’OTAN.

Cette fois, admet The Economist, les choses se présentent différemment. Et d’abord, parce que le véto britannique est levé. Mais surtout, parce que Trump est considéré comme un allié peu fiable

Attendre que Trump se passe est absurde : l'unilatéralisme américain est une tendance de fond.

Sur le site Politico, Benjamin Haddad, un chercheur français membre de l’Hudson Institute fait ce constat : les appels de la France à une défense commune de l’Europe ont de meilleures chances d’être entendues aujourd’hui, parce que ses partenaires commencent à comprendre que la présidence Trump n’est pas qu’un mauvais moment à passer, après quoi tout redeviendrait comme avant entre les Etats-Unis et le Vieux continent. 

L’unilatéralisme américain est une tendance de fond, qui précédait Trump et qui lui survivra. Trump est le nom d’un symptôme, et non d’un tournant brusque qu’aurait pris la politique étrangère américaine. Le retrait américain du deal iranien, qui pénalise sérieusement l’Europe –dépendante de ses approvisionnements pétroliers contrairement aux Etats-Unis, auto-suffisants, - a été précédé par le lâchage de François Hollande par Barack Obama sur l’affaire des gaz de combat syriens. 

Les Français ont compris, parmi les premiers en Europe, qu’il ne fallait plus trop compter sur les Américains, parce que cela conforte leur tradition diplomatique, tournée vers l’affirmation de l’indépendance nationale. Mais ce qui provoque un réveil des Européens sur la nécessité de se défendre, ce sont les événements récents. Je cite Haddad : « les agressions russes contre l’Ukraine, les attaques terroristes inspirées par Daesh contre l’Europe et la crise des réfugiés, provoquée par l’effondrement des Etats syrien et libyen sont venus rappeler aux Européens la négligence dont ils avaient fait preuve sur les questions de sécurité. »

Mais ce réveil de nos partenaires est plus lent parce que plus tardif. Et on ne peut pas les empêcher de discerner, derrière l’appel de Macron à une souveraineté européenne, l’éternelle tentation française : imposer sa politique aux autres  au nom de l’intérêt européen ; considérer l’Union européenne comme une plus grande France…

Une Europe de la défense à la carte, un club de volontaires. 

Cette fois, cependant, ce que propose la France est plus original. L’idée de Macron, c’est la mise en commun de moyen, au sein d’un club de taille réduite d’Etats européens volontaires, de ressources en personnel et en matériel. Une Europe de la défense à la carte et non au menu. Ouverte aux Etats européens non membres de l’Union européenne. 

De toute façon, souligne Benjamin Haddad, même lorsque les Européens auront pris enfin conscience de leur négligence dans le domaine de la Défense, il faudra plus d’une génération pour compenser la longue incurie de leurs gouvernants. En attendant, et malgré les rodomontades de Trump, ce sont bien les Etats-Unis qui supportent le poids principal de la sécurisation des frontières orientales de l’Europe face à la Russie de Poutine. 

Il faudra du temps pour faire oublier aux Tchèques la manière dont nous les avons laissé tomber à Munich, en septembre 1938, et aux Polonais, leur solitude face à la Wehrmacht, en septembre 1939

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