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Berlin en mars 1945

Berlin 1945. Récit de la chute du Reich au jour le jour

5 min
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Ecrit à chaud, en 1945, "Berlin finale" n'est pas une reconstitution historique de la chute de la capitale du Reich, c’est du vécu. Heinz Rein y livre un formidable témoignage sur la folie du régime nazi refusant l'évidence de sa défaite et prêt à sacrifier la population à son "Crépuscule des dieux"

Berlin en mars 1945
Berlin en mars 1945 Crédits : Berliner Verlag/Archiv/picture alliance - Getty

Ecrit à chaud, immédiatement après la chute de la ville, Berlin Finale de Heinz Rein n’est pas une reconstitution historique, c’est du vécu. Et c’est ce qui fait son intérêt principal. Chaque chapitre est daté, en jour et en heure. Le récit se situe très précisément entre le 14 avril et le 2 mai 1945. D’où l’impression de lire un reportage... de 860 pages ! Plutôt une série donc... On suit, dans leurs aventures, un petit groupe de personnes dans une ville bombardée et assiégée, que rassemble leur hostilité au régime qui se radicalise à mesure qu’il s’effondre et leur désir de survivre. C’est la chute de Berlin vécue au plus près des rues détruites par les bombes alliées et des commandos de SS qui traquent ceux qui refusent de mourir à leur côté pour la plus grande gloire de leur Führer cinglé. On a aussi souvent l’impression de lire le scénario d’un film, avec ses scènes d’action et ses dialogues politiques. Paru en Allemagne en 1947, Berlin Finale connaîtra un immense succès, que n'égaleront jamais les publications ultérieures de son auteur : 100 000 exemplaires vendus.

Heinz Rein a eu aussi l’excellente idée d’intercaler dans son roman des extraits de la presse et des discours des dirigeants nazis. Alors que la capitale du IIIe Reich était bombardée quotidiennement par les Alliés et prise en tenaille par la formidable puissance de l’Armée Rouge, le pouvoir totalitaire persistait dans ses mensonges à la population de Berlin. Chaque nouvelle défaite militaire était présentée comme un piège dans lequel étaient tombés les Soviétiques. On promettait aux adolescents et aux vieillards incorporés de force dans le Volkssturm et armés de simples Panzerfaust, le renfort imminent d’armées qui n’existaient plus que dans l’imagination du fou du bunker. On y découvre le déchirement moral de jeunes officiers, tiraillés entre l’indignation morale que leur inspirent les dirigeants politiques du IIIe Reich et la nécessité de protéger leur peuple contre un ennemi implacable. Mais aussi le "travail politique" dans la clandestinité des minuscules petits groupes de résistants parvenus à échapper à la Gestapo. 

Une analyse psycho-sociologique des militants nationaux-socialistes

En dehors des chapitres qui présentent les conditions apocalyptiques de la vie quotidienne des Berlinois, les plus intéressants sont ceux où Heinz Rein se livre à une analyse psycho-sociologique des militants nationaux-socialistes. Ainsi, le chapitre XIII, intitulé "Biographie d’un national-socialiste" est plus pertinent que bien des travaux historiques. Heinz Rein y analyse les profils socio-psychologiques qui ont constitué les terreaux les plus favorables au développement de ce virus idéologique. "En premier lieu, les soldats incapables de s’adapter à un emploi paisible, ou qui n’en ont jamais eu, et les officiers dont la fonction a soudain perdu de son prestige" (p. 252). Les ratés qui ont une revanche à prendre sur la société : "ceux, innombrables, qui ont fait naufrage dans le civil et à qui la faute n’incombe jamais, qui ne mettent pas en cause leurs propres défauts, ou leur paresse, mais toujours ceux des autres et des circonstances défavorables". Et puis "ceux dont l’infériorité va de pair avec le besoin érostratique de se faire remarquer". Tous ont décidé de se lancer dans la politique, parce que le Führer (qui leur ressemblait) l’avait fait avec succès. "Et que cela leur semblait la façon la plus simple et la moins fatigante de réussir." "Ils ont été rejoints par les masses de la petite-bourgeoisie et de la classe moyenne", qui voyaient dans le régime "l’unique espoir de d’empêcher l’effondrement de l’ordre social bourgeois". Mais l’armature sociale du régime lui a été fournie par "une horde de desperados politiques". Tandis que son idéologie lui a été bricolée par "des hommes de main savants et des gardes-chiourmes philosophes"

Sur le plan psychologique, "un désir d’aventure de petit-bourgeois, l’envie d’excès et de débordements, toujours présente de manière latente, mais qui ne prend jamais tout à fait le pas sur le besoin de subalternité… la sensation voluptueuse de brimer et de mener la vie dure à d’autres…" (p. 257). Heinz Rein a écrit ce livre sur commande des Soviétiques et il a travaillé quelques temps dans l’administration de la littérature de leur zone d’occupation. Mais ce roman leur a déplu. Peut-être parce qu’il y est fait mention des viols, commis de manière systématique par les soldats de l’Armée Rouge. 

Toutes les vitres ayant été brisées, on entendait distinctement, toutes les nuits, les cris des victimes. Selon des estimations faites dans les deux principaux hôpitaux de Berlin, entre 95 000 et 130 000 Berlinoises auraient ainsi été violées. D’après un médecin, environ 10 000 femmes seraient mortes ensuite, le plus souvent de suicide.            
Antony Beevor, La Chute de Berlin

Quant à Heinz Rein, l’auteur de Berlin Finale, dès le début des années 1950, il quitta l’Allemagne de l’Est pour aller écrire en toute liberté à Baden-Baden, en République fédérale. 

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