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Demandez des comptes à Corbyn ! Campagne contre l'antisémitisme.

Lavage du linge sale antisémite au Parti travailliste

6 min
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Jeremy Corbyn, fortement suspecté lui-même d'avoir pactisé avec l'islamo-gauchisme, a nommé une commission pour faire le ménage au sein du Labour. Avec quels résultats ?

Demandez des comptes à Corbyn ! Campagne contre l'antisémitisme.
Demandez des comptes à Corbyn ! Campagne contre l'antisémitisme. Crédits : TOLGA AKMEN / AFP - AFP

Première étape de mon "tour d'Europe de l'antisémitisme", la Grande-Bretagne. 

Jour après jour, le quotidien The Guardian rend compte des vifs débats qui se déroulent au sein du Parti travailliste à propos de « dérives antisémites » qu’aurait connues ce parti, ces dernières années. Comment des gens de gauche peuvent-ils basculer dans l’antisémitisme ? 

L’un des premiers à avoir tenté de répondre à cette question, au Royaume-Uni, est l’éditorialiste Nick Cohen. Il a publié en 2007 un livre remarquable, dont le titre, What’s Left ?, est d’une ambiguïté diabolique. Puisqu’il signifie à la fois : qu’est-ce que la gauche ? et qu’est-ce qui reste ? La thèse centrale du livre est, en effet, qu’une partie de la gauche, en particulier de la gauche radicale britannique, a trahi ses idéaux. Il en datait précisément le moment à l’époque de l’affaire Rushdie

On a vu, en effet, alors, une partie de la gauche prendre fait et cause non pas pour l’écrivain indien, menacé de mort par le régime moyenâgeux de l’Iran khomeiniste, mais au contraire pour ses persécuteurs -  des prédicateurs islamistes fanatiques, brûlant publiquement le livre de Rushdie devant des foules en délire, réclamant la mort pour le mécréant. Comment des militants, qui se réclamaient de l’émancipation des femmes et de la lutte des homosexuels, pouvaient-ils pactiser avec des bigots réactionnaires qui prétendent enfermer les premières et exterminer les seconds ?

Réponse de Nick Cohen : cela faisait déjà un certain temps qu’une partie de la gauche avait troqué l’universalisme dans l’esprit des Lumières pour le relativisme culturel. Elle avait renoncé à combattre les préjugés ancestraux et les traditions dégradantes, en appuyant le séparatisme culturel. Elle avait élu certaines de ces « communautés » en tant que « prolétariats de substitution » - ce qui ne pouvait manquer de l’amener à en abandonner d’autres… Adoptant l’illusion, dénoncée autrefois par le philosophe Bertrand Russell de « la supériorité morale de l’opprimé », elle avait en particulier cajolé les mouvements nationalistes ou islamistes palestiniens. Et elle abandonné, en passant, le vieux combat contre l’antisémitisme…

Jeremy Corbyn est-il épargné par ces accusations d’antisémitisme ?

Non. Jeremy Corbyn a pris le Labour par sa gauche, comme Tony Blair l’avait pris par sa droite. Aussitôt qu’il a été élu à la tête du parti, en 2015, Jeremy Corbyn a dû faire face à aux interrogations inquiètes d’une partie de la communauté juive de Grande Bretagne. L’hebdomadaire Jewish Chronicle lui a adressé une série de questions précises. 

Elles portaient sur la nature des liens personnels qu’il avait noués dans le passé et continuait à assumer avec le Hamas et le Hezbollah qui luttent pour la disparition d’Israël ; sur le soutien qu’il avait affiché à des personnalités connues pour leur antisémitisme, comme le pasteur Stephen Robert Sizer, qui a été censuré par son Eglise pour avoir notamment attribué aux Juifs et à Israël les attentats du 11 septembre à New York ; ou encore Raed Salah Abu Shakra, auteur de propos antisémites virulents ; sur sa présence au London Quds Day, une festivité qui a lieu à Londres, chaque dernier vendredi du Ramadan, à l’initiative de l’Iran pour soutenir le mouvement palestinien. 

En avril 2016, Corbyn, qui n’a cessé de proclamer son hostilité militante envers toute forme d’antisémitisme, annonce qu’il est décidé à nettoyer les écuries d’Augias. Il confie une enquête interne au Labour sur les dérapages antisémites à la baronne Shami Chakrabarti, membre travailliste de la Chambre des Lords. Après son audition par cette commission, Ken Livingstone, l’ancien maire de Londres, a été exclu du parti pour un an. Exclusion renouvelée par la suite. « Ken le Rouge » avait soutenu publiquement des thèses extravagantes, attribuant notamment à Hitler le projet de soutenir le sionisme en Palestine et estimant que les Juifs y avaient collaboré. Il a aussi comparé un journaliste juif qui voulait l’interroger sur ces faits avec « un gardien de camp de concentration ». 

La commission Chakrabarti, chargée de purger l'antisémitisme dans le parti, accusée d'avoir caché la poussière sous le tapis...

Mais l’efficacité de cette commission Chakrabarti est aujourd’hui mise en cause de nombreux côtés. L’écrivain Howard Jacobson a dit qu’elle n’avait contribué qu’à « brouiller les choses en cachant la poussière sous le tapis ». 

Le sociologue David Hirsch, auteur d’un livre intitulé Contemporay Left and Antisemitism, a créé une expression, « la formulation Livingstone ». Elle caractérise à l’habitude prise par l’ancien maire de Londres de détourner systématiquement les soupçons d’antisémitisme en retournant l’accusation contre l’accusateur : "vous jouez la carte de l’antisémitisme pour étouffer le débat". Dans son livre, il remarque de manière assez désabusée que l’antisémitisme ne semble pas constituer un problème électoral pour le Parti travailliste, à l’exception de quelques districts comportant une proportion significative de population juive.

C’est exactement ce qu’écrivait récemment l’éditorialiste conservateur Charles Moore dans The Spectator. Je cite : « le pire, c’est que cette publicité donnée à l’antisémitisme au sein du Labour pourrait lui valoir de nombreux bulletins de vote, aux élections locales qui auront lieu le 3 mai, à Londres. Aux yeux de nombre d’électeurs, l’antisémitisme travailliste n’apparaîtra pas comme une déviation par rapport à la ligne du parti, mais comme _un témoignage essentiel de sa haine de la vie bourgeoise à l’occidentale_. »

La baronnesse Ruth Deech, membre indépendante de la Chambre des Lords, s’exprimait en ces termes dans Haaretz : « trop de politiciens ont lâchement adopté le ton antisémite et la diabolisation d’Israël, au lieu de résister aux préjugés, parce qu’ils pensent que cela leur vaudra les bulletins de vote des musulmans… »

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