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Si Donald Trump a bien quitté le bureau ovale pour gagner le green d'un golf en Floride, cela suffira-t-il pour que les Etats-Unis soient en capacité de restaurer l'ordre international libéral ?

Le moment Trump, une parenthèse refermée ?

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L'élection de Joe Biden signifie-t-elle le "retour à la normale" diplomatique aux Etats-Unis ? De nombreux observateurs craignent au contraire que la fin du moment Trump ne suffise à restaurer un ordre international libéral dont la conception remonte au président W. Wilson. La fin d'une époque ?

Si Donald Trump a bien quitté le bureau ovale pour gagner le green d'un golf en Floride, cela suffira-t-il pour que les Etats-Unis soient en capacité de restaurer l'ordre international libéral ?
Si Donald Trump a bien quitté le bureau ovale pour gagner le green d'un golf en Floride, cela suffira-t-il pour que les Etats-Unis soient en capacité de restaurer l'ordre international libéral ? Crédits : Al Drago for The Washington Post - Getty

Trump remâche son insupportable statut de loser dans son golf de Mar-a-Lago, parmi les millionnaires de Floride. L’épisode de l’homme aux cheveux orange n'aurait donc constitué qu'une anomalie passagère ? Une parenthèse qu'un parti républicain revenu de sa crise populiste et rendu à son conservatisme raisonnable d’avant l’OPA trumpiste aura vite refermée ? De nombreux observateurs craignent le contraire...

L'administration Biden : un Obama III ?

Si on regarde de près l’administration Biden, on peut en avoir l’impression. Comme le déclare Gérard Araud, ancien ambassadeur de France à Washington au Figaro : "C’est assez frappant de constater que cette administration grouille d’anciens numéros 3 chez Obama qui sont devenus numéros 2 chez Biden et de numéros 2 devenus numéros 1." Après tout, Joe Biden lui-même étant l’ancien vice-président d’Obama, ce n’est pas étonnant. 

Toujours dans Le Figaro, on a pu lire il y a quelques semaines une interview éclairante de Jean-Yves Camus. Il estime que "le départ de Trump ne changera rien à la tendance croissante à la contestation du modèle libéral". Pour ce politologue, la conversion du parti républicain à l’ethno-populisme paraît devoir persister.

Pat Buchanan, un des intellectuels organiques du Grand Old Party – il était déjà le conseiller politique de Nixon et le speechwriter de Reagan - résumait ainsi récemment le tournant impulsé par Trump au parti : "Le nationalisme avec le slogan « l’Amérique d’abord » ; assurer la sécurité de nos frontières" : c’est le sens du mur avec le Mexique ; "utiliser le protectionnisme pour faire revenir notre base industrielle" : traduisons : guerre commerciale avec la Chine et relocalisations ; "congédier le mondialisme et s’abstenir de mener des guerres inutiles, comme les croisades idéologiques." C’est la condamnation des croisades de George W. Bush pour exporter la démocratie à la pointe des fusils. Le refus d’assumer plus longtemps le rôle de shérif du monde.

Certes, il s’agit d’un tournant à 180° degrés pour un parti qui prônait, il y a cinq ans seulement, le libre-échange commercial, et où le néo-conservatisme des croisés de la démocratie étaient loin d’avoir disparu. 

Trump, fossoyeur du wilsonisme

Pour Walter Russel Mead, dans la revue Foreign Affairs, c’est la fin d’une époque dans l’histoire des Etats-Unis, celle qu’avait ouverte le président Woodrow Wilson au lendemain de la Première guerre mondiale. C’est Wilson qui a imaginé la Ligue des nations, ancêtre de l’ONU. Wilson avait voulu un ordre du monde basé sur des règles et non pas régis par la pure physique des rapports de force. d’où la création d’agences internationales chargées de créer un droit international, comme l’OMC. 

Certes, les Etats-Unis n’ont pas toujours été fidèles au wilsonisme, Ils ont connu des épisodes de rétractation et même d’isolationnisme. Mais l’idéal d’une globalisation harmonieuse et pacifique, fondée sur l’ouverture des frontières avait constamment prévalu.

Ce qui a changé, selon Walter Russel Mead, c’est l’arrivée aux affaires un peu partout dans le monde de dirigeants d’un type nouveau, beaucoup moins ouverts aux compromis et aux abandons de souveraineté qu’impliquait l’idéal wilsonien. Des dirigeants hantés par la mémoire des empires et désireux d’étendre leurs territoires ou leur influence géographique, comme la Russie, la Chine, la Turquie ou l’Iran. 

Ces nouveaux dirigeants savent bien qu’une organisation multipolaire du monde leur laisse bien plus de marge de manoeuvre. Bien sûr, Joe Biden et son Secrétaire d’Etat Antony Blinken souhaiteraient, eux, reconstituer l’alliance des démocraties libérales, mise à mal par un Donald Trump, qui préférait les hommes forts et soutenait en sous-main les mouvements populistes. Mais les Démocrates, revenus au pouvoir, ne pourront pas renouer avec le wilsonisme. Parce que l’époque ne le permet pas.

Un modèle en crise, avec ou sans Trump

C’est pourquoi, comme le prédit Jean-Yves Camus, "le départ de Trump ne changera rien à la contestation du modèle libéral". Il ne peut pas y avoir de restauration de "l’ordre international libéral" parce que le modèle politique qui en forme le socle, la démocratie représentative elle-même, est en crise. Trump à Washington ou pas. 

L’économiste Jeffrey Sachs est encore plus pessimiste. Dans beaucoup de sociétés multiethniques, constate-t-il, les élections ont porté au pouvoir des leaders racistes. C’est le cas de Bolsonaro, "le Trump des tropiques", qui s’attaque à la culture afro-brésilienne, à Poutine, qui s’appuie sur la religion orthodoxe, comme Trump sur les évangélistes et dont la politique intérieure est basée sur le ressentiment des Russes de souche envers les peuples de l’ex-URSS, de Narendra Modi, autre admirateur de Trump, dont la base électorale est formée de nationalistes hindous qui prônent la haine des minorités musulmanes.

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