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L'alt-right à la conquête de l'Europe

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À retrouver dans l'émission

Autre, alternatif, autrement... Comment les nouvelles extrêmes droites se sont emparées du prestige intellectuel attaché à ces mots.

La guerre des idées passe par des batailles pour le contrôle du langage, pour le sens à donner aux mots. Elle implique aussi la création de sigles, de slogans…

L'alt-right, qu'est-ce que c'est ?

Prenez le label « alt-right ». Voilà une formidable trouvaille, dont le créateur Richard Spencer est un militant américain d’extrême-droite. Il se définit lui-même comme un « identitaire blanc ». Il a lancé, en 2009, un site internet baptisé « alternative right », en abrégé, tellement plus chic, alt-right. Selon l’idéologie du moment, on le sait, tout ce qui est « alternatif » est connoté positivement. Sa droite à lui, Richard Spencer n’a plus rien à voir avec le bon vieux conservatisme du Parti républicain. Elle est fâcheusement extrémiste, est même franchement fasciste, selon Jason Stanley. Mais devenue « alt-right », cette droite alternative bénéficie d’une réelle respectabilité. Et c’est le but recherché. 

L’usage d’une abréviation « alt » pour alternatif ajoute une touche de glamour supplémentaire. Il renvoie, en effet, au « rock alternatif _», un label apparu en 1979 pour caractériser les courants issus du punk et bientôt rebaptisé « alt-rock » dans le monde anglo-saxon. Dans les années 80, sont apparues les alternative comedies_, assez proches de notre café-théâtre, mêlant sketches de cabaret et improvisations. 

Et puis, il y a, bien sûr, la touche alt (pour alternate ») de nos claviers d’ordinateurs qui donne accès à des fonctions alternatives. Bref, l’alt, c’est chouette. Ca s’inscrit dans la tendance de toutes ces alternatives séduisantes proposées en remplacement d’une réalité forcément décevante, comme l’autre économie, l’autre mondialisation, les médias alternatifs. Alors pourquoi pas la droite autre, l’alt-right ? Donald Trump a surfé sur ces nouveautés langagières avant d’être politiques.

Le nouveau fascisme, comme l'ancien, a deux fers au feu : le désordre de rue et la promesse de rétablir l'ordre...

La respectabilité, poursuit Jason Stanley, c’est ce que poursuivent les nouvelles extrêmes-droites qui sont en train de bousculer la scène politique dans la plupart de nos vieilles démocraties fatiguées de leurs libertés. En réalité, le nouveau fascisme a deux fers au feu, comme l’ancien. 

D’un côté, la violence et le désordre qui ébranlent l’ordre démocratique, de l’autre une promesse d’ordre. Je cite : « la violence fasciste dans la rue et les mouvements politiques fascistes se renforcent mutuellement, pour la simple raison que les partis fascistes ont _besoin de cette violence afin d’apparaître comme pacificateurs_. Sans la violence dans laquelle s’engagent certains fascistes, il manquerait aux partis fascistes ce qui leur permet de se différencier de leurs franges les plus extrêmes et ils ne pourraient pas se positionner en garants de l’ordre. »

L'utilisation du catastrophisme environnemental.

Mais cela n’est pas très nouveau. Les mouvements fascistes des années 1920 et 1930 suivaient la même stratégie : encourager le désordre et la violence dans les rues, afin de susciter un désir d’ordre ; expliquer que la démocratie libérale est un régime faible, mais qu’eux-mêmes sauront rétablir la sécurité publique par les moyens musclés… Ce qui est beaucoup plus nouveau et que pointe Jason Stanley, c’est l’exploitation qui est faite par les nouvelles extrêmes-droites du catastrophisme environnemental

Dans un avenir proche, prophétisent ses intellectuels, les ressources vont devenir rares, des populations entières vont fuir les calamités naturelles. Seuls, les peuples forts, les nations compétitives et sans scrupules passeront le test de la sélection naturelle. Car le fascisme a partie liée avec le darwinisme social et sa morale impitoyable. Mais là où l’idéologie libertarienne pratique le culte du gagnant individuel, censé prouver sa supériorité par ses victoires, le fascisme transpose cette idéologie au niveau des nations ou des groupes ethniques. 

Steve Bannon, l'envoyé de Trump en terre de mission européenne...

Le problème, c’est que l’idéologue de Donald Trump a été envoyé en mission en terre européenne pour convertir nos concitoyens aux thèses de l’alt-right. Steve Bannon tente, depuis plusieurs semaines, de fédérer les populistes de toute l’Union européenne. Il ne cache pas que les extrêmes-droites européennes sont si diverses qu’il éprouve bien des difficultés à tenter de les fédérer. Il a rencontré Orban en tête-à-tête et Salvini est très partant, mais les Démocrates de Suède, beaucoup moins. 

Steve Bannon ne s’en cache pas : il vient créer en Union européenne une force politique eurosceptique suffisamment puissante, structurée et unifiée pour conquérir le tiers des sièges au Parlement européen en mai. « Une sorte de minorité de blocage », a-t-il expliqué à Politico. Avec son « Mouvement », il compte fournir « l’infrastructure de la victoire », comprenant une section statistiques et analyses de données, les moyens techniques pour créer un centre de crise et de riposte rapide. Bref, les méthodes qui ont permis à Donald Trump de réussir son OPA sur le Parti républicain, puis de conquérir la présidence. 

Son bras droit, l‘avocat belge Mischaël Modrikamen fait ce constat : « _l’insurrection populiste est mondiale_, notre mouvement va être mondial, nous devons l’organiser au plan mondial. » Bref, une sorte d’Internationale alt-right.

Et Steve Bannon voit l’opportunité, en Europe, d’aller au-delà. Il a dit vouloir tenter de « réunir les populistes de gauche et les nationalistes de droite ». 

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