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la bombe à retardement de la dette italienne

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La zone euro est-elle en mesure de faire face à la récession qui approche ?

La prochaine crise a déjà sa date fixée. D’après plusieurs experts, dont Nouriel Roubini, ce serait 2020. 

L’actuelle expansion devrait se poursuivre encore l’année prochaine, grâce aux extravagants déficits budgétaires américains et à la politique chinoise du crédit. Mais la politique de Trump n’est pas tenable. La surchauffe va se traduire par de l’inflation. Ce qui va contraindre la FED à resserrer le crédit. Et les autres banques centrales seront contraintes de suivre. Donc, oui, dirait Mme Irma, attendez-vous à une récession mondiale en 2020.

Très bien, mais qu’en sera-t-il de nous autres, en Europe ? Avons-nous su imaginer les contre-feux qui nous permettront d’éviter la catastrophe de 2009, dont nous payons encore les conséquences sur le plan politique ?

« L’économie européenne fait face à un ralentissement », écrit Lucrezia Reichlin, professeur à la London Business School. En fait, la tendance baissière est nette. Certes la croissance a été relativement satisfaisante – au moins à l’échelle des piètres performances de l’ensemble européen, au cours des années 2016 et 2017. Mais le pic a été atteint aux troisièmes et quatrièmes trimestres de l’an dernier. Depuis, la croissance ne cesse de ralentir dans toute la zone euro, et même en Allemagne. Le plus préoccupant, c’est que le redémarrage de nos économies avait été provoqué par les fameux moyens non conventionnels – une politique monétaire très expansive. Mais visiblement, les effets qu’on pouvait en attendre sont en train de s’estomper. Et le taux de chômage de la zone continue à tourner autour du pourcentage déprimant de 8 %. 

Du coup, poursuit Lucrezia Reichlin, la zone va devoir faire face, aussitôt après les élections au Parlement européen, à deux catégories de problèmes structurels : ceux qui préexistaient à la crise de 2008 et d’autres qui sont nés depuis… Comme avant 2008, les coffres des banques de certains pays européens contiennent encore des actifs très suspects, ce qui les fragilise. 

Le haut niveau d’endettement de plusieurs pays européens pose aussi un défi à la croissance. Mais surtout, si une véritable récession avait lieu dans un proche avenir, les moyens pour la combattre resteraient limités. La zone Euro s’est dotée de nouveaux outils, au cours de la dernière crise, comme l’union bancaire, mais ceux-ci demeurent incomplets. Et surtout, l’outil-massue, massue, l’écrasement des taux d’intérêt ne pourra pas resservir : elle est encore en service. Un nouveau programme de rachats des dettes poserait d’énormes problèmes, tant économiques que politiques. 

La riposte adaptée à une nouvelle récession serait un stimulus fiscal – une baisse massive des impôts. Mais elle ne pourrait avoir lieu que de manière coordonnée, dans le cadre de la zone euro tout entière. Or, comme on sait, beaucoup d’Etats-membres refusent toute idée de politique fiscale commune. Ce qui rassurerait les marchés financiers, c’est que, d’ores et déjà, les dirigeants des Etats-membres annoncent ce qu’ils sont prêts à faire ensemble dans ce domaine lorsque la récession se produira.

Autre préoccupation : une nouvelle récession aurait le double inconvénient de diviser les marchés financiers selon des frontières nationales, alors même que les intérêts des banques européennes sont liés.

Voilà pour les défis structurels. Les défis conjoncturels, quels ont-ils ?

Outre ces problèmes structurels, qu’elle trimbale depuis longtemps, l’Europe va devoir faire face, en effet, à d’autres défis, tout aussi préoccupants : le risque d’un divorce sans possibilité d’accord avec les Britanniques et celui de l’explosion potentielle de la dette italienne. 

Depuis des années, écrit l’économiste britannique Jim O’Neill, le monde de la finance se demande quand l’Italie va faire défaut. Mais les Italiens sont toujours parvenus à trouver toujours des prêts pour rembourser les intérêts d’une dette dont rien ne semblait pouvoir arrêter l’accroissement. En réalité les problèmes de l’Italie préexistaient même à son adhésion à la monnaie unique. Sa productivité était faible selon des standards européens. Le pays connaissait des crises cycliques auquel il réagissait en dévaluant régulièrement sa monnaie. Avec l’Euro, ce genre de défausse n’est plus possible. Aujourd’hui, certains Italiens regrettent ces temps bénis de facilité monétaire. Mais ils ne réalisent pas que c’est grâce à l’Euro que l’Italie jouit d’une inflation faible et de taux d’intérêt très bas. 

La coalition de populistes de droite Liga et de populistes de gauche au pouvoir (5 Etoiles) applique une politique absurde, consistant à baisser les impôts, d’un côté et à mettre en œuvre une politique de revenu universel très coûteuse de l’autre. Ils sont non seulement en train de gâcher les chances de leur pays de poursuivre les réformes qui auraient pu rétablir sa productivité, mais ils menacent la monnaie commune. La Commission a laissé le déficit de certains pays, dont le nôtre, dépasser le fameux plafond de 3 % parce que leur situation financière globale inspirait plutôt confiance. Tel n’est pas le cas de l’Italie qui est une bombe à retardement. 

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