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Merkel répond à Macron en revoyant ses propositions à la baisse

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La chancelière allemande réagit avec retard à la montée du souverainisme en Union Européenne.

Les événements d’Italie sont-ils de nature à renforcer ou à affaiblir la position de Macron en Europe ?

A première vue, ce gouvernement Ligue / 5 Etoiles est une catastrophe pour le président de la République. Macron avait déjà perdu un allié de poids : Matteo Renzi, auquel on l’a parfois comparé. Mais un gouvernement eurosceptique et souverainiste de plus en Union européenne, c’est une mauvaise affaire pour un dirigeant très pro-européen qui croyait pouvoir compter sur l’Italie pour son projet de « refondation de l’UE». 

Surtout, cette affaire italienne tombe au plus mauvais moment pour le gouvernement français, alors qu’il tente, depuis neuf mois, de persuader les Allemands qu’il faut relâcher les cordons de la bourse et faire preuve de solidarité. L’opinion allemande redoute, plus que jamais, d’avoir à payer pour les folies italiennes. Moins que jamais Berlin n’est disposé à une mutualisation des dettes.  

Mais « en même temps », Paris peut faire valoir auprès de Berlin l’urgence d’un redémarrage de la zone euro : le nuage gris des pays où les peuples montrent qu’ils ont perdu confiance en l’Union ne cesse de s’étendre sur la carte. La Slovénie est le dernier en date. L’Union européenne paraissant incapable de protéger ses frontières face aux flux migratoires et à la montée des périls, on assiste au grand retour des nations. Le scepticisme des peuples envers l’UE profite aux dirigeants souverainistes et populistes. Angela Merkel, dont le parti est lui-même menacé pour la première fois par une force placée nettement à sa droite, l’AFD, ne peut pas ne pas réagir. En outre, la montée des tensions avec l’allié américain – sur le commerce transatlantique, comme sur l’Iran, démontre la nécessité d’une meilleure cohésion européenne. Les Allemands n’ont pas beaucoup d’idées sur ce qui pourrait sortir l’Europe de cette phase déprimante. Macron, lui, en a plein. 

Dimanche, la chancelière a enfin répondu aux propositions françaises qui datent de septembre dernier. Et ce n’est certainement pas sans rapport avec la nomination du gouvernement Giuseppe Conte, à Rome, deux jours plus tôt.

La coalition 5 Etoiles / Ligue peut-elle surmonter ses contradictions ?

Réponse du politologue Mattia Guidi : ce gouvernement a une forte légitimité, mais il est douteux qu’il puisse tenir les promesses de changement radical  faites par les deux partis durant la campagne électorale. Parce qu’elles sont incompatibles. Il y a, d’un côté, le programme social coûteux de 5 Etoiles : assouplissement de la réforme des retraites, revenu minimum de 780 euros pour les retraités et les chômeurs… Le coût est évalué à une bonne centaine de milliards annuels. De l’autre, les promesses de baisses d’impôt de la Ligue : impôt sur les sociétés ramené à 15 % dès 2019, impôt sur les revenus à 15 et 20 % en 2020. Inévitablement, le gouvernement va devoir choisir et trancher. C’est là qu’on verra ce que le premier ministre, Giuseppe Conte, a dans le ventre. 

Car Conte est un inconnu, choisi en tant que plus petit dénominateur commun par les deux partis coalisés. Aujourd’hui, il témoigne d’une loyauté parfaite envers ceux qui l’ont fait roi, Luigi di Maio et Matteo Salvini. Mais il ne pourra pas se contenter d’assister passivement aux conflits qui risquent de survenir entre ses deux vices-premiers ministres, en désaccord en particulier sur les infrastructures et les questions environnementales. Pour installer son autorité personnelle, il pourra compter sur les membres techniciens et non-partisans de son cabinet, en particulier sur le ministre des Affaires étrangères, Enzo Moavero Milanesi. C’est un homme d’expérience, qui a déjà détenu les Affaires européennes dans des gouvernements Monti et Letta. Il a été nommé pour tenter de rassurer les alliés de l’UE et de l’OTAN. 

D’après la plupart des observateurs, c’est le partenaire minoritaire, Salvini, qui pourrait imposer ses vues à Di Maio. Simplement, parce que la Ligue dispose à la fois d’une idéologie structurée (le nationalisme) et d’une véritable expérience de la politique qui fait souvent défaut aux dirigeants du Mouvement Cinq Etoiles.

Les réponses d'Angela Merkel sont-elles à la hauteur des attentes françaises ?

La chancelière accepte, pour l’essentiel, les idées françaises, mais elle les revoit à la baisse. Ainsi, fait-elle sienne la proposition d’un budget d’investissement, mais, assorti d’un cadre strict. Elle parle de « plusieurs dizaines de milliards », quand Macron réclamait, pour la zone euro, un budget propre chiffré en « plusieurs points de PIB », soit plusieurs centaines de milliards. Elle reconnaît la nécessité – je cite – « de combler l’écart entre pays riches et pauvres d’Europe", en particulier dans le domaine des technologies, où « il nous faut davantage de convergence ». Mais l’utilisation de ces fonds devra faire l’objet d’une évaluation régulière. 

Merkel accepte l’idée d’un Fonds monétaire européen, mais elle précise qu’il ne s’agit pas de se substituer complètement au FMI – ce qui semblait bien être l’idée de Macron. Mais elle précise : ce FME serait organisé sur une base intergouvernementale. Pas question donc, d’en abandonner la gestion à des fonctionnaires européens indépendants. 

Merkel et Macron se rencontreront le 19 pour mettre au point une position commune en vue du sommet des 28 et 29. Ce sera la première fois qu’ils seront confrontés au nouveau président du Conseil italien. Celui-ci réclame, comme première preuve de la solidarité européenne, « un système automatique de répartition des demandeurs d’asile » entre pays membres.

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