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Scruton, le conservateur britannique qui guerroie avec Sartre et Foucault

5 min
À retrouver dans l'émission

La manie des intellectuels français : dévoiler, dénoncer...

Un nouveau livre de Roger Scruton, L’erreur et l’orgueil vient de paraître en français.

Cet essayiste britannique s’est imposé, au fil des ans, comme l’un des phares du conservatisme intellectuel. Un conservateur à l’anglaise, dans la lignée d’Edmund Burke, c’est-à-dire pas hostile au changement, ni aux réformes – à condition qu’elles fassent la preuve qu’elles procurent une amélioration par rapport à l’état de chose préexistant. 

Le conservatisme intellectuel est une tradition philosophique longtemps à presque introuvable dans notre contexte intellectuel. En France, existent des progressistes, des libéraux et des réactionnaires. Mais la pensée conservatrice, elle, a longtemps été sous-représentée : Chateaubriand, Balzac… C’est peut-être en train de changer sous nos yeux. Et voilà pourquoi, sans doute, les ouvrages de Roger Scruton font, de plus en plus, l’objet d’une traduction bienvenue. 

Scruton déteste le jargon, l’étalage d’érudition gratuite, les indignations faciles et les vaines polémiques. Mais avec sa manière réservée et sa lucidité désenchantée, il fait souvent mouche. Avec lui, les impostures intellectuelles pleine d’arrogance éclatent comme des ballons piqués à coups d’épingles. 

Or, le but de son dernier ouvrage traduit, L’erreur et l’orgueil, paru aux éditions de l’Artilleur, est précisément la mise en pièces de quelques fameux penseurs progressistes. Le titre anglais était meilleur, mais difficile à rendre : Fools, Frauds and Firebrands. Thinkers of the New Left. Insensés, escrocs et boutefeux. Penseurs de la Nouvelle Gauche. 

Les historiens communistes britanniques réduisaient les êtres humains concrets à des abstractions. 

Ses cibles sont très variées. Il s’en prend aux historiens communistes britanniques, comme E.P. Thompson, l’auteur du livre La formation de la classe ouvrière anglaise et Eric Hobsbawm, dont il conteste surtout l’ouvrage portant sur le XX° siècle, L’Age des extrêmes. Il leur reproche de réduire systématiquement les êtres humains à des abstractions aisément manipulables par l’idéologie, tels que « des forces », des _dynamiques, des classe_s. En outre, la vision matérialiste n’apporte pas grand-chose ; elle risque d’entraîner à une sous-estimation de facteurs tels que les usages sociaux, les institutions politiques, les croyances religieuses et les valeurs morales établies, dont le rôle historique est pourtant déterminant.

Aux Etats-Unis, il s’en prend à Dworkin et à Galbraith. Des cibles pas très intéressantes, là où l’on aurait attendu Noam Chomsky ou Judith Butler… 

Sartre apporte une réponse politique en contradiction avec sa propre philosophie. 

Un chapitre entier est consacré à Sartre et à Foucault. Pour Scruton, le père de l’existentialisme a bricolé l’essentiel de sa philosophie à partir de la lecture que faisait, de Hegel, Alexandre Kojève, lors de son fameux séminaire à l’Ecole pratique des hautes études, dans les années trente. Il avait notamment pour auditeurs Bataille, Aron, Merleau-Ponty, Lacan et Simone de Beauvoir. Chacun d’entre eux en tira quelque chose de différent. Pour Sartre, l’idée de l’individu auto-créé doté d'une  liberté radicale. Exprimée très tôt dans La nausée : cette liberté est source d’angoisse pour une conscience qui, non seulement considère que le monde environnant n’a nul autre sens que celui qu’elle peut éventuellement lui conférer, mais qui se vit elle-même comme une sorte de néant. 

Comment, en partant d’une telle philosophie, Sartre en arrive-t-il à l’idée d’engagement en faveur de la révolution et du socialisme ? C’est un mystère. Je cite Scruton : « D’après la métaphysique énoncée dans L’Être et le Néant, la bonne réponse à la question « A quoi dois-je m’engager ? » devrait être : Qu’importe, tant que tu peux en vouloir comme loi pour toi tout seul. » "Mais ce n’est pas la réponse proposée par Sartre, dont l’engagement se fait envers un idéal qui est en contradiction avec sa propre philosophie.

Avec sa théorie de l'épistémè, Foucault nous sort une nouvelle version du concept marxiste d'idéologie. 

Scruton confesse une certaine tendresse pour le style de Michel Foucault, pour son imagination flamboyante. Mais il ne voit pas dans son archéologie du savoir une grande innovation. Selon une manie partagée par bien des intellectuels de gauche français, comme Sartre lui-même dit-il, Foucault entend, arracher les voiles derrière lesquels se dissimulent les rapports de domination, démasquer les tromperies… des autres. Chez Sartre, c’était au nom d’une vague nostalgie pour l’authenticité personnelle. Foucault, lui cherche les structures secrètes du pouvoir derrière toutes les institutions – et même à l’œuvre dans le langage. 

Mais l’horizon historique sur lequel il projette cette quête, qui postule une rupture entre « l’âge classique » des XVII° et XVIII° siècles et le monde bourgeois qui succèderait à la Révolution française, montre que, malgré ses dires, Foucault était demeuré prisonnier du marxisme. D’ailleurs « sa théorie de l’épistémè est une resucée – je cite Scruton – de la théorie marxiste de l’idéologie. » En outre, il ne considère le pouvoir que sous l’angle de la domination. 

Mais le principal reproche adressé à Foucault, c’est celui qu’on trouve chez tous ses lecteurs conservateurs : le relativisme. Si chaque époque engendre les formations discursives qui correspondent à son système de pouvoir, les sciences comprises, alors la vérité n’existe pas. Tout n’est que discours…

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