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Une nouvelle génération prend d'assaut le Parti démocrate

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Et cela aura nécessairement une influence sur le choix de la personnalité qui sera désignée pour affronter Trump en 2020.

Le Parti démocrate, qui vient de rafler la majorité à la Chambre des représentants. Peut-il transformer l’essai et gagner, dans la foulée, les élections présidentielles, dans deux ans ?

Quoiqu’en dise Trump, c’est une victoire incontestable et un désaveu personnel pour un président qui disposait d’un bilan économique, pour l’instant, impressionnant. Oui, où en sont les Démocrates ? 

C’est une question fondamentale. Car ce parti bénéficie autant qu’il en souffre d’un formidable rajeunissement, et de ses élus et de son électorat. Sur le site Politico, l’excellent analyste David Freedlander écrit : « De plus en plus, le Parti démocrate présente ce que les experts appellent une structure en sablier, avec une couche superficielle d’élites au sommet et un très fort électorat populaire à la base. Ce sont ceux qui sont au top qui conduisent la politique du Parti et elle ne coïncide pas nécessairement avec les intérêts de toujours de la base. » 

Une étude menée en 2017 au sein de l’électorat démocrate les a identifiés comme « DILEs » - acronyme pour Democrat/Independent Liberal Elites. Ils sont jeunes, majoritairement blancs, passés par l’enseignement supérieurs, disposant de revenus appréciables. Ils professent des idées très avancées sur le plan culturel. Ils militent pour les droits des homosexuels et des transgenres ; ils sont souvent vegans. Mais les sondages montrent que l’électeur démocrate de base a des idées beaucoup moins avancées que cette élite. Il est peu sensible, par exemple, aux thèmes de l’environnement ou des droits des gays. Même dans le domaine de la protection sociale, paradoxalement, la base populaire du Parti démocrate est beaucoup moins à gauche que l’élite issue des universités.

C’est que les membres des minorités ethniques noires et latinos votent démocrate par réflexe : ils avaient tendance à percevoir le Parti républicain comme raciste. Encore plus depuis Trump… Certes, ils apprécient l’ouverture de l’élite à la diversité ethnique, mais ils sont, de manière générale, beaucoup plus conservateurs qu’elle sur le plan culturel. N’oublions pas que beaucoup d’immigrés venus d’Amérique latine sont catholiques.

En outre, le rajeunissement des candidats aux élections d’hier s’est fait, parfois, au détriment d’élus bien installés qui appartenaient souvent à la minorité noire. Au récent Comité national de Chicago, les partisans de Bernie Sanders ont imposé une réforme du mode de désignation des candidats aux élections, favorable à la base, qui a été âprement combattue par l’ensemble des délégués africains-américains. Je cite Freedlander : « ils ont dit que ces réformes équivalaient, pour les nouveaux venus, à leur voler leurs places dans la file d’attente. »

Les précédents historiques qui aident à comprendre ces mutations en cours du côté démocrate.

En fait, la situation du Parti démocrate en 2018, écrit Michael Hirsch, dans la New York Review of Books qui vient de paraître, rappelle diablement celle qu’a connue le Parti républicain en 2010. Cette année-là, sa direction fut, elle aussi, confrontée à une vague de contestation venue de la base - le Tea Party. Là aussi, il s’agissait d’un conflit interne, à la fois générationnel et idéologique. Et Hirsch distingue nettement, parmi les candidats démocrates aux Mid-terms d’hier, ceux qu’il appelle les Establishment Democrats de ceux qu’il nomme les insurgent Democrats. En gros, les premiers ont gagné l’investiture dans 139 circonscriptions et les seconds dans 101. Il est encore un peu tôt pour analyser quelle est la tendance qui a le mieux su convaincre les électeurs, si ce tournant à gauche s’est ou non révélé payant sur le plan électoral. 

Mais on a dispose déjà de premières indications. Ainsi, la victoire de la jeune Alexandria Ocasio-Cortez, socialiste déclarée, dans la 14 ° circonscription de New York. Certes, c’est un fief démocrate mais cette jeune femme de 28 ans en a évincé le candidat sortant, Joe Crowley, un cador qui visait la présidence de la Chambre des Représentants. Elle a gagné en défiant l’establishment de son propre parti. A l’autre bord, Beto O’Rourke, un protégé de Hillary Clinton et de Barack Obama, membre de la machine démocrate, qui défiait Ted Cruz aux sénatoriales du Texas, est battu. 

La génération Bernie Sanders est en train de s’emparer d’un parti auquel elle reproche sa politique centriste. Elle critique violemment les liens, notamment financiers, qui ont trop longtemps lié le Parti de gauche à Wall Street et à certaines grandes sociétés, notamment dans le secteur de la santé. Elle en veut à Obama d’avoir été incapable de mettre la finance au pas et d’avoir laissé les inégalités s’accroître sous sa présidence. Elle en veut à Hillary Clinton de n’avoir pas compris que c’était sous la présidence de son mari que la classe ouvrière blanche a commencé à éprouver le sentiment d’être abandonnée par les Démocrates, au profit des élites sociales. 

Le rajeunissement des Démocrates aura nécessairement des conséquences sur le choix de la personnalité à opposer à Trump en 2020.

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