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La vague populiste est encore loin de refluer

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Mais pourquoi ne porte-t-elle que des démagogues de droite ? Et jamais de gauche ?

On nous avait prédit le reflux de la vague populiste dans le monde. Apparemment, tel n’est le cas en ce début d’année.

Soyons clair. Quand Emmanuel Macron a remporté coup sur coup les présidentielles et les législatives en France, bien des think tanks et des observateurs internationaux ont cru arrivé le moment où la vague populiste avait atteint son apogée ; le point à partir duquel elle allait refluer. 

Au plan mondial, l’économie se portait mieux. La crise de 2008, qui avait donné aux peuples le sentiment que les élites dirigeantes avaient failli, se résorbait. Plusieurs démocraties avaient (Etats-Unis, Allemagne, Autriche, etc.) renoué avec le plein emploi. L’orage semblait s’éloigner et le système démocratique représentatif retrouver la confiance des peuples. 

Depuis, il y a eu la victoire, complètement inattendue de la coalition formée par un parti populiste vaguement de gauche, Cinq Etoiles et un parti populiste issu du néo-fascisme, la Ligue, en Italie ; la réélection dans un fauteuil du populiste-conservateur Viktor Orban en Hongrie ; celle d’un populiste d’extrême-droite au Brésil, Jair Bolsonaro. Et plus récemment, le mouvement des Gilets-Jaunes en France qui fait s’interroger sur la solidité d’Emmanuel Macron. Son entreprise réformatrice risque-t-elle de connaître le même destin que celle de Matteo Renzi, auquel il ressemble par certains traits ?

La mondialisation a profité à toutes les catégories dans les pays en développement. Seulement aux mieux formés dans les nôtres.

William Galston, qui a servi dans les équipes de Bill Clinton et d’Al Gore et figure à présent parmi les dirigeants du think tank Brookings Institution résume ainsi. La démocratie libérale est basée sur un accord tacite : les peuples qui, par définition ne sauraient gouverner directement eux-mêmes, délèguent, au cours d’élections régulières à des personnalités choisies, ainsi qu’à des experts non élus, la conduite des affaires du pays. Tant que ces élites gouvernantes, politiques et technocratiques, procurent la prospérité et une hausse régulière du niveau de vie, tout va bien. Chacun vaque à ses affaires. 

Mais la concurrence des pays en développement a commencé à exercer une pression sur les politiques de protection sociale et a provoqué l’érosion des industries dans de nombreux pays anciennement industrialisés. La ruée vers les métropoles où se rassemblent les classes créatives a provoqué la déstabilisation et la paupérisation de régions entières. En un mot, la mondialisation a bénéficié à tout le monde dans les pays émergents ; mais seulement aux élites et aux mieux formés dans les pays économiquement avancés. 

Pourquoi, malgré la reprise économique assez générale, le populisme poursuit-il sa poussée électorale ?

Prenez le cas d’un pays comme la Pologne : voilà le membre de l’Union européenne qui a connu la plus forte croissance entre 1989 et 2015. Le chômage reculait rapidement ; malgré ce bon bilan, Donald Tusk a perdu. Et ce sont les populistes du PiS qui sont au pouvoir. Pourquoi ? Réponse de Galston : l’opposition à l’immigration de masse, à la libéralisation culturelle et aux pertes de souveraineté en faveur d’institutions multilatérales, perçues comme lointaines et n’ayant pas de comptes à rendre. 

En réalité, selon Max Fisher, à l’image de leur leader Donald Trump, les populistes ont recentré leur message sur leur vision paranoïde du monde : « nous contre eux ». Eux, les étrangers, les immigrés, les élites cosmopolites. Mais ce discours est en train de lasser aux Etats-Unis mêmes. Trump a eu un mal évident à mobiliser ses électeurs contre la fameuse « caravane » pour limiter l’ampleur de sa défaite aux élections de mid-term. « Il est difficile de maintenir la colère et la peur sur une longue période », écrit Nancy LeTourneau, dans le Washington Monthly. Le populisme est en train de perdre la majorité, mais il demeurera en forte position pour poser un vrai défi. En particulier, dans les régimes parlementaires. 

Jusqu’à présent, les grands bénéficiaires des colères populistes provoquées par la mondialisation et les changements technologiques ont été des démagogues de droite – Trump, Orban, Salvini, Bolsonaro… , C’est ce qu’écrit l’économiste américano-turc Dani Rodrik. Ce genre de personnalités, poursuit-il, a su capitaliser l’animosité contre les élites, parce qu’elles surfent mieux que quiconque sur les sentiments nativistes, anti-étrangers. 

Pourquoi la gauche n’at-t-elle, nulle part, bénéficié du mécontentement populaire ?

La faiblesse de la gauche procède de plusieurs facteurs, selon Rodrik. La crise du syndicalisme, alors que dans de nombreux pays, les partis sociaux-démocrates étaient des partis de salariés organisés pour la défense de leurs intérêts. Et l’identification des partis de gauche avec les classes urbaines éduquées, qui les ont coupés de la classe ouvrière et des régions en déshérence. 

Les remèdes à la portée de ces mêmes partis de gauche sont limités : ils peuvent promettre d’augmenter les dépenses d’éducation et de formation, améliorer et mieux adapter les systèmes de protection sociale, rendre les prélèvements un peu plus progressifs. Mais pas beaucoup plus. De réformes plus profondes seraient nécessaires pour rétablir l’égalité des chances en faveur des travailleurs ordinaires et des familles. 

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