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La guerre commerciale, substitut ou préface à l'affrontement militaire ?

Les conflits d'intérêt géostratégiques entre Chine et Etats-Unis font planer la menace d'une guerre commerciale

5 min
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La nouveauté : pour chacune de ses mesures protectionnistes, Donald Trump invoque la sécurité nationale des Etats-Unis.

La guerre commerciale, substitut ou préface à l'affrontement militaire ?
La guerre commerciale, substitut ou préface à l'affrontement militaire ? Crédits : NICOLAS ASFOURI / AFP - AFP

Les mesures protectionnistes adoptées par Trump ne sont que "des broutilles" comparées à celles décidées par Reagan dans les années 1980.

« Jusqu’à présent, le président avait beaucoup aboyé, mais peu mordu », écrit le fameux économiste Dani Rodrik, faisant allusion aux panneaux solaires et aux machines à laver. Mais ce n’était qu’une première salve, un tir d’avertissement. Cette fois, les hostilités commerciales sont clairement déclenchées, avec les taxes frappant les importations d’acier et d’aluminium aux Etats-Unis. 25 % pour le premier, 10 % pour le second. « Il s’agit de la plus grande bourde politique de sa présidence jusqu’à présent », jugeait le Wall Street Journal. 

Mais les choses se précisent, ce matin, avec l’interdiction présidentielle, faite à la société de Singapour Broadcom de racheter le concepteur américain de puces électroniques Qualcom, qui équipe nos smartphones. Une offre alléchante à 117 milliards de dollars… Mais Qualcom est soupçonné de liens avec – je cite – « des entités de pays tiers », comprenez la Chine. Selon les spécialistes, il s’agit rien de moins que de l’hégémonie dans le domaine de la 5G, pour lesquels Chinois et Américains sont engagés dans un bras de fer aux retombées économiques gigantesques. 

Les deux principales puissances de la planète sont-elles déjà entrées en guerre commerciale ? Là-dessus, les avis divergent. Et Dani Rodrik, quant à lui, appelle au calme. Ces escarmouches ne sont que « des broutilles », écrit-il, si on les compare aux mesures protectionnistes adoptées par Ronald Reagan dans les années 1980. A l’époque, le grand rival redouté par les Etats-Unis n’était pas la Chine, mais le Japon, dont l’économie était donnée pour la plus moderne et la plus automatisée du monde. Les Etats-Unis avaient alors imposé des droits de douane à une série de productions, allant des motos à l’électronique, et du bois au sucre, en passant par les fameuses voitures japonaises. Les meilleurs esprits écrivaient alors que le « président cow-boy » allait détruire le système commercial international. Pas moins. 

« Avertissements inutilement alarmistes », rappelle Rodrik. La marche mondiale au libre-échange n’en a pas été stoppée pour autant. Cela lui a même été probablement bénéfique », écrit-il. Car les mesures temporaires ont constitué « une soupape de sécurité nécessaire ». Elles ont procurés aux Etats-Unis le répit dont ils avaient besoin pour se moderniser. Et dans les années 1990, le pays a été à la pointe du mouvement pour la création de l’Organisation mondiale du commerce. Il a participé activement à la levée des obstacles pesant sur les flux financiers. Il a encouragé la participation croissante de la Chine au commerce mondial. 

Quelles différences entre les mesures protectionnistes adoptées par Reagan il y a trente ans et celles d’aujourd’hui ? Et pourquoi celles prises par Trump provoquent-telles tant d’inquiétudes ?

La différence, c’est que Reagan, lui, avait négocié avec ses partenaires commerciaux, obtenant ainsi des Japonais qu’ils contingentent volontairement certaines de leurs exportations pour une période donnée. Les constructeurs automobiles japonais et européens ont pu organiser leur production en fonction de ces contraintes et ils s’en sont bien accommodés. Rien de tel, cette fois-ci, avec Trump. Les mesures décidées l’ont été de manière unilatérale et agressive. Et cet unilatéralisme risque d’entraîner des représailles. Autre différence avec l’époque Reagan, la mondialisation est beaucoup plus poussée aujourd’hui qu’elle ne l’était dans les années 1980. Les chaînes de production sont fractionnées selon les spécialisations locales. L’interdépendance est très forte. 

En outre, Reagan était un libéral de conviction, personnellement favorable au libre-échange. Trump, au contraire, est persuadé que son pays est victime de pratiques commerciales déloyales et que la seule façon de rétablir la grandeur des Etats-Unis d’Amérique est d’en renforcer les frontières. Tant humaines que commerciales. Cet homme-là aime les murs…

Enfin, ce qui semble sans précédent, c’est le motif brandi par Trump pour protéger l’acier et l’alu. Il a utilisé l’article 232 de la Loi d’expansion du commerce de 1962. C’est-à-dire qu’il a invoqué un motif de sécurité nationale. Sous prétexte que l’armée américaine et certaines industries « sensibles » utilisent de l’acier, ce métal deviendrait « stratégique ». De la même façon, pour interdire le rachat de Broadcom par Qualcom, le décret présidentiel invoque « une menace pour la sécurité du pays ». La logique selon laquelle Trump entend protéger les intérêts américains n’est pas commerciale, mais politique. On est entrés dans un nouveau monde, où certains intérêts économiques révèlent crûment leur dimension géostratégique. 

L'UE, bon petit soldat de l'OMC ne se trompe-t-elle pas d'époque ? 

Face à ce changement de paradigme, par lequel les Etats-Unis ne font, après tout, que s’aligner sur les pratiques chinoises, on peut légitimement se demander si l’Union européenne, bon petit soldat de l’OMC obstiné à jouer selon les règlements internationaux, ne se trompe pas d’époque en pêchant par naïveté. Je dis ça, je dis rien. Comme on dit sur les réseaux sociaux… 

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