LE DIRECT

Comment les partis populistes risquent de métamorphoser l'UE de l'intérieur

5 min
À retrouver dans l'émission

Ils mythifient leur propre peuple, mais se méfient de ceux des autres...

J'évoquai hier une note publiée par le think tank Carnegie Europe, titrée, en anglais, « Une Europe illibérale pourrait-elle fonctionner ? » Elle a été pas mal reprise par la presse internationale, cette étude, parce qu’elle pose la question décisive des prochaines élections au Parlement européen : certes, il est peu probable que les partis populistes emportent la majorité, mais il est très probable qu’ils renforcent considérablement leurs nombres de sièges. Qu’est-ce que cela peut changer en Europe ? En particulier sur le plan de l’action extérieure de l’Union européenne. 

La vision populiste du monde n'est pas compatible avec celle des pères fondateurs de l'intégration européenne.

Pour y répondre, il faut partie de ce qu’est ce populisme new look. Qui n’est pas exactement le même que celui des années trente. 

Quelle que soit la forme spécifique qu’il prend en fonction des traditions nationales, ce populisme se ramène toujours à une même vision du monde : primo, le peuple, le vrai peuple, celui au nom duquel on prétend parler, est sain, plein de bon sens, travailleur et économe ; les élites, au contraire, sont égoïstes, corrompues et vendues à des forces étrangères opaques. Non seulement, elles n’appartiennent pas au « vrai peuple », mais elles conspirent contre ses intérêts. Secundo, les populistes nourrissent une méfiance instinctive envers le pluralisme et la diversité. A leurs yeux, le peuple est un corps monolithique ; s’il est traversé par des contradictions internes, c’est par la faute de mauvais bergers qui cherchent à le diviser. Sa volonté est toujours claire, sa perspicacité jamais prise en défaut : il est infaillible. Les leaders populistes savent, par une intuition suprême, quelle est la vraie volonté du peuple. Ils sont ses seuls et authentiques interprètes. 

Mais ces populistes ne croient pas et n’ont jamais cru à un peuple européen. L’Union européenne leur a servi de bouc-émissaire ; de tout ce qui ne fonctionnait pas chez eux, le « peuple », par définition vertueux et avisé, était forcément innocent. Le coupable, c’était toujours « Bruxelles », entité lointaine, abstraite et maléfique. L’UE est laxiste et dépensière pour les populistes du Nord ; elle est coercitive et pingre pour ceux du Sud. Mais c’est toujours « la faute de l’UE »… 

Pour les populistes, l’UE représente la quintessence des élites lointaines, corrompues, qui interfèrent sans cesse avec la volonté du « vrai peuple », celui de leur pays. Car vis-à-vis des autres Etats-membres, ils font preuve de la plus extrême méfiance. En dehors de ça, les populistes n’ont pas de vision cohérente de ce que devrait être l’Union européenne. 

Comment résumer leur politique européenne ? 

Leurs programmes, dans ce domaine, n’ont guère qu’un point en commun, qu’on pourrait résumer par cette citation d’un dirigeant de l’AFD allemande, Heiner Merz : « Nous devons retourner au système des Etats-nations, libres, souverains et divers, qui peuvent déterminer leur propre développement sans interférence extérieure. » L’intérêt national doit donc primer en tout et l’idée même d’un intérêt européen commun leur paraît suspecte. 

C’est pourquoi ils ne se contentent pas d’admirer Vladimir Poutine, président nationaliste qui refuse toute restriction à sa volonté de puissance et se moque des traités internationaux signés par ses prédécesseurs, ils entrent dans son jeu. Ces dirigeants populistes sont toujours prêts à sacrifier l’intérêt européen à leurs petits jeux avec la Russie ; quitte à laisser Poutine nous utiliser les uns contre les autres. 

Mais, écrivent Heather Grabbe et Stefan Lehne, les auteurs de cette étude, l’hostilité des partis populistes envers l’UE s’est aggravée sous le coup de trois événements : Un), les politiques d’austérité, décidées après la crise de 2008, afin de contrôler l’endettement des Etats, Deux) la crise des migrants de 2015/2016, Trois) la confrontation entre Bruxelles et les gouvernements illibéraux, accusés de ne pas respecter les droits et libertés fondamentales – la Hongrie et la Pologne. 

C’est pourquoi ils exigent que les gouvernements reprennent le contrôle de leurs frontières. Ils pourraient bien mettre en pièces le libre espace de Schengen, en réintroduisant des contrôles aux frontières intérieures de l’UE. 

Renforcement du Conseil européen, où ils exerceront leur veto...

Les partis populistes tendent, une fois aux affaires, à consolider leur pouvoir, en s’attaquant aux contraintes constitutionnelles, judiciaires et internationales qui pourraient le limiter. Ils prennent généralement le contrôle des médias, en particulier des médias audiovisuels publics. Ils réduisent les libertés des associations émanant de la société civile. Face aux institutions de l’Union européenne, ils brandissent la volonté de leurs électeurs, pour refuser d’appliquer les règles communes qui leur déplaisent. Mais ils n’oublient jamais de réclamer les fonds et subventions qui leur sont attribués par l’UE.

On peut donc s’attendre à ce qu’ils pèsent en faveur du Conseil européen, au sein duquel ils peuvent exercer leur véto, et qu’ils s’efforcent de miner – y compris de l’intérieur – la Commission. D’autant que celle-ci leur apparaît comme le fourrier de la mondialisation, refusée par leurs électeurs. Ils se sont résignés à une approche intergouvernementale, mais refusent la logique communautaire.

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......