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l'Union européenne, divisée sur la question des migrations

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Les leçons de 2015 n'ont pas été tirées.

L’immigration, une affaire bien trop importante pour être traitée au niveau des Etats, aurait dû constituer un facteur d’unification européenne. Tel n’a pas été le cas. Comment l’expliquer ?

Souvenez-vous de la crise migratoire de 2015/2016. La Commission, constatant qu’un certain nombre d’Etats rétablissaient les contrôles aux frontières pour tenter d’endiguer les flux, elle a proposé en mars 2016 une modification du Règlement de Dublin. Le principe demeurait inchangé : c’est au premier pays de l’UE atteint par un demandeur d’asile qu’il revient normalement de traiter son cas. Mais en deux ans, deux millions et demi de personnes avaient déposé une telle demande. Les capacités d’accueil et de traitement des dossiers de la Grèce et de l’Italie, les principaux Etats concernés, étaient débordées. 

Bruxelles a proposé qu’en cas d’afflux exceptionnel, le fardeau soit plus équitablement partagé entre Européens. Un mécanisme correcteur prévoyait, on s’en souvient, des quotas de répartition entre Etats-membres. En novembre de la même année, le Parlement européen a rajouté l’idée d’un système de répartition des migrants sur des critères objectifs : langue parlée, séjours déjà accomplis, présence de membres de la famille, etc. 

Comme on sait aujourd’hui, un très grand nombre de pays, en particulier en Europe centrale, mais pas seulement, ont refusé cette innovation, malgré les menaces agitées par le Parlement européen de suspendre certains fonds européens aux récalcitrants. Peu accoutumés au multiculturalisme et n’ayant recouvré leur véritable indépendance que depuis 1989, les Centre-Européens ont répliqué que la composition démographique de leurs nations relevait de leur souveraineté. Et que la solution à la crise migratoire passait, à leurs yeux, par un renforcement des contrôles aux frontières de l’Europe et une amélioration des aides européennes aux régions en crise. Pas par une dissémination autoritaire, décidée à Bruxelles.

Mais comme l’écrit Stefan Lehne, dans l’étude déjà citée pour la Fondation Carnegie, cette controverse touchait au point sensible, celui de l’essence même du projet européen. Sommes-nous une communauté de destin ? Ou un simple groupement d’Etats, liés par des arrangements négociés ? Les décisions impliquant la composition des nations européennes peuvent-elles être déléguées pour partie à Bruxelles ? Jusqu’à quel point ces nations européennes sont-elles fondées à défendre leur spécificité culturelle et ethnique sans mettre en cause la nature même du projet d’intégration politique ? 

Mais, outre ces questions de principe, le système proposé par la Commission présentait aussi un certain nombre de difficultés pratiques. On le sait : les migrants eux-mêmes entendent choisir leur pays de destination finale. Or l’espace Schengen est un espace de libre-circulation. Qu’est-ce qui empêche une personne acceptée en Slovaquie de préférer se rendre en Allemagne ? En outre, quel intérêt y aurait-il à transporter à grands frais des candidats à l’asile loin de leur lieu d’arrivée, si c’est pour leur refuser ensuite ce droit ? Au moins aurait-on pu avancer vers une harmonisation des règles et des procédures dans le domaine de l’asile. Tel n’a pas été le cas. Et c’est pourquoi l’UE est très mal préparée face à la prochaine vague. 

L'Union européenne n'est pas préparée face à la prochaine grande vague migratoire.

Pour Lehne, une nouvelle vague migratoire pourrait venir d’Algérie, où la situation politique est bloquée, et où des masses de jeunes inemployés s’impatientent. De Libye, où la guerre civile menace d’éclater. D’Ukraine, où la situation demeure inflammable du fait des ambitions néo-impériales de Poutine. Ou des régions d’Afrique en proie à de sanglants conflits.

« Il est peu probable que les jours de la Willkommenkultur reviennent, écrit Stefan Lehne. En cas de survenue d’une nouvelle grande vague migratoire, au lieu d’autoriser un grand nombre de gens à progresser à travers l’Europe, l’UE chercherait très probablement à contenir les flux à ses frontières extérieures. Sinon, les gouvernements auraient vite fait d’imposer à nouveau des contrôles aux frontières de leurs Etats. 

D’ores et déjà, Frontex rebaptisée Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, dans une réforme destinée à « sauver Schengen », comme le disait le ministre de l’Intérieur français de l’époque, Bernard Cazeneuve, a vu son budget passer de 238 à 281 millions. Mais cela reste une agence de collecte d’informations dans un souci de prévention. Il existe un Bureau européen d’appui en matière d’asile qu’Emmanuel Macron voudrait transformer en Office européen de l’asile afin d’unifier les procédures. La Commission est sur la même ligne.

D’autres progrès ont été accomplis, notamment dans la coopération avec des pays tiers, dans la lutte contre les trafiquants et pour le rapatriement des personnes refusées en Europe. Un sommet important a eu lieu à Niamey en mars, pour lutter contre les réseaux de trafiquants de migrants. Le gouvernement nigérien a arrêté de nombreux passeurs et saisi leurs véhicules. 

Mais les « défauts du système » demeurent. Le contrôle des frontières extérieures de l’UE reste insuffisamment intégré et centralisé. Et surtout, si on veut que le système de Schengen survive à la prochaine vague, il faut améliorer la coopération entre Etats-membres et avec les pays de départ. Cela passera nécessairement par l’ouverture concertée de canaux d’accès légaux à l’Europe.

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