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Les mesures sanitaires imposées pour lutter contre la pandémie semblent avoir eu comme effet collatéral de diffuser plus largement un certain nombre de théories complotistes

Covid : quand douter de tout conduit à croire n’importe quoi

6 min
À retrouver dans l'émission

Si les mesures de confinement parviennent à ralentir la diffusion du coronavirus, elles accélèrent en revanche les progrès d’un autre phénomène : les théories complotistes.

Les mesures sanitaires imposées pour lutter contre la pandémie semblent avoir eu comme effet collatéral de diffuser plus largement un certain nombre de théories complotistes
Les mesures sanitaires imposées pour lutter contre la pandémie semblent avoir eu comme effet collatéral de diffuser plus largement un certain nombre de théories complotistes Crédits : Andriy Onufriyenko - Getty

Les mesures de confinement parviennent à ralentir la diffusion du coronavirus, en revanche elles accélèrent les progrès d’un autre phénomène : les théories complotistes. Les personnes psychologiquement fragiles, persuadées que leur entourage se laisse berner par "la vérité officielle", sont aussi celles qui se révèlent les plus susceptibles d'adhérer à des théories délirantes. "Douter de tout conduit souvent à croire en n’importe quoi." Hugo Drochon, professeur à l’université de Nottingham, avait trouvé cette formule, en mai dernier, dans un article qu’on peut retrouver sur le site Project Syndicate. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ça ne s’est pas arrangé depuis. 

5G, P4, hydroxychloroquine, StopCovid : le rôle des réseaux sociaux dans l'inflation des rumeurs

A l’époque, Hugo Drochon avait répertorié plusieurs théories. La première mettait en cause les réseaux 5G chinois. Les rayonnements émis par cette fréquence auraient affaibli les défenses immunitaires de la population, d’où la rapidité avec laquelle l’épidémie se serait propagée. Or, justement, Huawei avait un centre de recherche à Wuhan… Bref, les méchants Chinois étaient punis d’avoir pris de l’avance dans une technologie de pointe. Des émetteurs 5 G sont régulièrement détruits, en France, depuis...

Une autre spéculation attribuait l’épidémie au laboratoire P4 qui, en plus avait été créé avec l’aide de la France. N’y aurait-il pas eu une "entente secrète au plus haut niveau", pour créer une arme bactériologique qui aurait échappé à ses concepteurs, comme dans le mythe de l’apprenti-sorcier ? Cette rumeur comportait une dimension antisémite qui a été analysée. Je passe sur les "vertus miracles" de l’hydroxychloroquine, censée "guérir", selon les adhérents, les patients gravement atteints et dont le seul gouvernement français aurait interdit l’usage – parce qu’il n’était "pas assez cher"… Dans le reste du monde, l'épidémie était probablement vaincue grâce à la potion magique du docteur Miracle ! 

Hugo Drochon mettait en évidence le rôle joué, dans ces épidémies de délire d’interprétation, par les réseaux sociaux. Et sur les réseaux sociaux, par des people sans aucune compétence particulière, mais chez qui le confinement aggrave probablement des tendances paranoïaques préexistantes. En Grande-Bretagne, c’était le cas du comédien Woody Harrelson, partisan de la théorie du COVID- 5G. Deux millions de followers sur Instagram.

Nous, nous avons Juliette Binoche qui répercute les délires de Karim Khelfaoui, un médecin qui prétend que l’application StopCovid est un outil d’espionnage conçu par le gouvernement pour géolocaliser les citoyens. La même comédienne répète les absurdités distillées par les éléments complotistes les plus délirants de l’alt-right américaine : "Ce sont des opérations organisées par des groupes financiers internationaux (principalement américains) depuis longtemps. Ils manipulent : les vaccins qu'ils préparent en font partie : mettre une puce sous-cutanée pour tous c'est NON. NON aux opérations de Bill Gates, NON à la 5G". Oui, parce qu’il y a des gens assez cinglés pour croire que le virus comporte des puces destinées à informer Bill Gates de nos déplacements et peut-être même de nos pensées secrètes.

Un Américain sur trois croit que les Chinois ont créé le coronavirus

Plus d’un Américain sur trois aujourd’hui croit que le gouvernement chinois a créé le coronavirus en tant qu’arme contre le reste du monde. Un autre tiers est convaincu que les autorités sanitaires de leur pays ont exagéré la menace du Covid-19 pour empêcher la réélection de Donald Trump. Un Américain sur deux adhère à l'une ou l'autre des théories complotistes en libre circulation sur Internet.

Et une équipe de psychologues d’Atlanta vient de rendre publique une étude sur les profils les plus susceptibles d’adhérer à des théories absurdes, souvent inspirées de la science-fiction. Par exemple, la conviction selon laquelle leur gouvernement détiendrait des informations sur des visiteurs d’une autre planète et entretiendrait avec eux des relations secrètes. 

Un terrain psychologique favorable aux théories complotistes

Il y a des profils-types. Comme celui du "collectionneur d’injustice". Il éprouve le sentiment d’être discriminé, minorisé, persécuté. En tuant, il ne fait donc que "se venger". Plusieurs auteurs de tueries en masse, correspondaient à ce profil. "Des gens adoptent des croyances conspirationnistes pour apaiser leur sentiment d’injustice." Ils croient ainsi "retrouver le contrôle" grâce à un méta-récit qui confère l’apparence d’une signification d’ensemble à des faits qu’ils sont incapables de comprendre de manière rationnelle. 

Un tel profil est  « impulsif et estime que tous les autres sont des naïfs qui se laissent berner par ce qu’il appelle "le récit officiel" ». Comme l’écrit Tim Harford dans The Atlantic, un "excès de doute" constitue un terrain psychologique favorable aux théories complotistes. Les gens qui ont le sentiment que les savants se trompent ou qu’ils sont corrompus, que les experts mentent sciemment, que les autorités les dupent afin d’accroître leur propre pouvoir, sont aussi ceux qui adhèrent le plus facilement à des absurdités glanées sur internet. Diffuser le doute est d’ailleurs une arme formidable. Et Tim Harford le montre en rappelant comment les industriels du tabac se sont servis de cette disposition pour duper les consommateurs durant des décennies. 

Des études médicales indiscutables avaient établi, dès les années cinquante, l’extraordinaire dangerosité de la cigarette et son rôle déterminant dans la multiplication des cancers du poumon. Réalisant que les fumeurs n’avaient pas envie de croire que leur habitude les tuait, les grandes compagnies américaines du tabac publièrent des contre-études. Elles émettaient des doutes sur les résultats obtenus par les médecins. Le message subliminal était : c’est une affaire compliquée, il y a beaucoup d’avis différents. Donc, vous n’avez pas à vous en préoccuper. Nous nous en chargeons. Oui, douter de tout conduit souvent à croire en n’importe quoi. 

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