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"Pour le moment, tout va bien, disait l’homme tombé du 5e étage en arrivant à la hauteur du 2ème étage"

"L'autre économie" de Trump, c'est celle du Bip- Bip

5 min
À retrouver dans l'émission

Les marchés réagissent souvent avec plus de retard et de manière moins rationnelle que ne le croient les libéraux... Les élections de mid-term aux Etats-Unis vont constituer un test sur l’idée que les électeurs se font de l’économie américaine. Dans quel état Trump l’a-t-il mise ?

"Pour le moment, tout va bien, disait l’homme tombé du 5e étage en arrivant à la hauteur du 2ème étage"
"Pour le moment, tout va bien, disait l’homme tombé du 5e étage en arrivant à la hauteur du 2ème étage"

"Pour le moment, tout va bien, disait l’homme tombé du 5e étage en arrivant à la hauteur du 2em."  C’est en gros l’analyse faite par la majorité des économistes classiques. Ceux qui ne croient pas à « l’autre économie" trumpienne , celle qui s’affranchit des règles. Et il ne faut pas que 21 mois après la prise de fonction du Donald, tous les indicateurs sont au beau fixe aux Etats-Unis. La croissance aux 2° et 3° trimestres s’est établie autour de 4 %, alors que l’inflation demeure sous contrôle à 2,2 %. La confiance des ménages est au zénith, comme leur appétit de consommation. Quant aux entreprises, elles saluent la forte baisse de l’impôt sur les sociétés, passé de 35 à 21 %, qui leur a permis de renouer avec la compétitivité. La Bourse explose : le Dow Jones a gagné 38 %. Quant au chômage, il est retombé à son plus bas niveau depuis 50 ans : en dessous des 4 %.

Alors, pourquoi la majorité des économistes ne sont-ils pas convaincus ? Parce tous ces résultats spectaculaires, qui doivent beaucoup à l’assainissement de la situation par son prédécesseur, sont obtenus au prix d’un dérapage record du déficit budgétaire : 4,2 % du PIB, l’an dernier. Du coup, la dette américaine a atteint les 21 000 milliards de dollars. Lorsque la conjoncture deviendra moins favorable, il ne restera donc aucune marge de manœuvre budgétaire. Trump aura épuisé ses cartouches au moment où il n’avait nul besoin de les tirer. « La question est seulement de savoir quand et non pas si le règlement de compte économique viendra », écrit Harold James.

L'économie du Bip-Bip

Pour ce professeur d’histoire à Princeton, les dirigeants populistes et Trump, au premier chef pratiquent ce qu’il appelle une « économie du Bip Bip ». Comme Coyotte, lorsqu’il poursuit Bip Bip, continue à courir dans le vide, maintenu quelques secondes par la force de sa seule illusion, alors même que le sol s’est dérobé sous ses pieds, les populistes mettent en œuvre des politiques économiques fondées sur des illusions.

Le libéralisme économique classique suppose que les mauvaises politiques sont punies immédiatement par de mauvais résultats. Parce qu’il juge les marchés omniscients et hyper-réactifs, il les estime aptes à anticiper les conséquences à moyen et long terme des décisions prises par les politiques.

Ainsi, aux gouvernements qui prennent des risques financiers inconsidérés et menacent de provoquer le défaut sur leurs dettes, les marchés sont supposés imposer des primes de risque de plus en plus élevés au fur et à mesure qu’on se rapproche de la catastrophe. Ce qui a pour effet de la précipiter. Et c’est bien ce qui s’est produit lors des crises financières en Amérique latine : des dirigeants populistes avaient fait des promesses électorales intenables. Ils ont distribué de l’argent qu’ils n’avaient pas, creusant des déficits budgétaires insoutenables. Résultat immédiat :  la monnaie s’est effondrée. Les hausses de pouvoir d’achat promises ont été plus que compensées par l’inflation. Regardez du côté du Venezuela…. 

C’est vrai pour l’Amérique latine, mais ce n’est pas généralisable. Les marchés ne sont pas toujours ni aussi lucides, ni aussi réactifs. Les investisseurs peuvent se laisser berner. Du moins un certain temps.

L'Allemagne nazie aussi avait fait de la relance non financée...

Avant Trump, l’histoire économique a connu nombre de situations où des politiques de stimulation de l’économie qui avaient paru excessive aux économistes, ont cependant porté leurs fruits - pendant une durée plus ou moins longue. L’idéologie peut avoir des effets de dissimulation des contraintes. Ainsi, le pays industrialisé qui a pratiqué la relance la plus massive et la plus audacieuse pour combattre la crise de 1929 fut probablement l’Allemagne hitlérienne : grands travaux d’infrastructure, mesures sociales généreuses et soutien aux grandes entreprises. Mais, comme l’a montré l’historien Götz Aly, le déséquilibre financier qui en est résulté rendait la guerre aussi inévitable que le faisait l’idéologie revanchiste et impérialiste du dictateur : dès 1938, l’Etat allemand frôlait la banqueroute. L’économie de guerre et le pillage des voisins furent dictés aussi par la situation financière de l’Etat allemand. 

Toutes proportions gardées, selon Harold James, les politiques économiques populistes actuelles sont du même tonneau. Je cite : « Le bilan des politiques économiques populistes en Europe n’est ni particulièrement mauvais, ni particulièrement remarquable. Plus précisément, les populistes d’aujourd’hui ont bénéficié d’une reprise générale qui a commencé avant leur arrivée sur la scène. Lorsque le prochain ralentissement viendra, ils constateront rapidement que leurs propres politiques téméraires ont fortement limité la capacité à y répondre. Alors ils ressembleront à Coyotte, courant au-dessus du vide. Même chose pour Trump… » 

Guerres commerciales : faire en sorte que ce soient les autres qui souffrent...

D’où, insinue Harold James, l’agressivité commerciale du président américain. Le provocateur russe Jirinovski disait en 1990 : « Pourquoi devrions-nous continuer à nous infliger des souffrances à nous-mêmes ? Faisons plutôt en sorte que ce soient d’autres qui souffrent. » C’est exactement ce que fait le président des Etats-Unis aves sa guerre commerciale.

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