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Pourquoi Orban a-t-il gagné une fois de plus ?

5 min
À retrouver dans l'émission

En ramenant toutes les questions à une seule : voulez-vous ouvrir les frontières aux migrants extra-européens ?

Troisième victoire électorale consécutive pour le FIDESZ, en Hongrie. Pourquoi et comment Viktor Orban a-t-il gagné ? 

C’est la question que pose Andras Biro-Nagy dans Foreign Affairs, ce mois-ci. Alors qu’à travers toute l’Europe, se fait jour une usure des partis, souligne cet analyste hongrois, il semble que les partis populistes résistent mieux que les autres. Leur résilience interroge. Et toute l’Europe doit méditer les causes de cette pérennité. Cette troisième victoire consécutive tient à trois causes principales, selon cet analyste, membre de l’Académie des Sciences de Budapest. 

Primo, Orban a profité de l’écrasante majorité obtenue dès 2010 pour réécrire la Constitution. modifier les lois électorales, assuré son contrôle sur les médias, publics et privés. Mais depuis, sa deuxième victoire électorale, celle de 2014, son discours a pris un tournant plus radical. C’est à partir de celui-ci qu’il a commencé à théorisé le tournant autoritaire en tant que « démocratie illibérale ». Ce qu’il faut entendre par là, c’est un régime dans lequel le parti majoritaire ne souffre pas de limites constitutionnelles réelles à son autorité. Un pouvoir exécutif qui, parce qu’il est adoubé par une majorité du corps électoral, cherche à ne plus être être contrôlé ni contenu. Ni en interne, par une Cour constitutionnelle, ni surtout à l’externe, par des agences internationales, comme la Cour européenne de Justice. De manière générale, la société civile, dans la mesure où elle apparaît à ce type de régime comme divisée, est considérée de manière suspicieuse. 

Depuis 2017, Orban a déclaré la guerre aux Organisations non gouvernementales agissant dans son pays.

Oui, comme l’avait fait Poutine avant lui, en les bannissant de Russie en tant « qu’agents de l’étranger ». Dans un discours prononcé pour célébrer le 170° anniversaire de la Révolution de 1848, Orban s’en est pris « à ces organes de presse maintenus chez nous par des groupes étrangers et des oligarques locaux, ces activistes professionnels stipendiés, ces organisateurs de manifestations et d’émeutes et à la chaîne d’organisations non gouvernementales que résume et incarne le nom « George Soros ». » Ce milliardaire d’origine hongroise, investisseur de génie et commanditaire de l’Université d’Europe centrale, est devenu la bête noire d’Orban. La campagne d’affiches lancée contre ce philanthrope comporte des sous-entendus antisémites évidents. 

Il est accusé par le régime de défendre les droits des homosexuels, d’être un montreur de marionnettes, manipulant les dirigeants de l’opposition et rêvant de noyer la Hongrie sous un flot d’immigrés musulmans. 

Or, la deuxième cause de la victoire d’Orban, selon Andra Biro-Nagy, c’est d’avoir réduit toutes les questions politiques du moment à une seule : voulez-vous ou non ouvrir la porte à l’immigration ? Le FIDESZ n’a pas présenté de programme électoral, il ne faisait aucune proposition, ne promettait aucune mesure pour améliorer un système de santé que 72 % des Hongrois jugent insuffisant. Il misait tout sur cette seule question, se présentant comme le seul parti capable de s’opposer à la politique européenne de l’immigration. Et c’est pour cela qu’il a gagné. Comme l’a expliqué le politologue Ivan Krastev dans son essai, Le destin de l’Europe, les peuples des petites nations d’Europe centrale sont victimes d’une « panique démographique ». Ils redoutent leur « disparition ethnique » et ressentent l’arrivée de migrants extra-européens comme le tocsin, annonçant leur disparition de l’histoire.

C’est cette angoisse qui les pousse vers une renationalisation de la politique et une hostilité envers une Union européenne ressentie comme « la Grande Sœur », succédant au « Grand Frère » soviétique d’avant 1989. 

La troisième cause de la troisième victoire électorale consécutive d’Orban, ce sont les divisions de l’opposition. Fort d’une base électorale fidèle de deux millions d’électeurs environ, Orban avait fait le pari suivant : si le FIDESZ s’installe en tant que force politique centrale, divisant l’opposition entre un pôle de gauche et un autre d’extrême droite, nous sommes au pouvoir en Hongrie pour 15 ou 20 ans. C’est exactement ce qui s’est passé. Malgré son récent « recentrage », le parti Jobbik,dans les parages du néo-nazisme peut difficilement attirer ce qui reste de l’électorat de gauche, car l’opposition de gauche est elle-même divisée entre libéraux, sociaux-démocrates et écologistes. S’ils avaient été au moins capables de constituer des listes communes, ils auraient pu empêcher le FIDESZ de transformer sa courte victoire électorale (un peu moins de 50 % des suffrages en raz-de-marée parlementaire (2/3 des sièges).

Et maintenant que va faire Orban de sa victoire ?

S’attaquer aux juges, jusque-là bien davantage ménagés que dans la Pologne voisine ? Liquider l’Université d’Europe centrale, sous prétexte qu’elle est soutenue financièrement par Soros ? Va-t-il élargir son influence, celle des partisans de la « démocratie illibérale » au sein de l’Union européenne ? 

En tous cas, sa victoire doit servir d’avertissement : la vague nationale-populiste, anti-élites et anti-Bruxelles, n’est nullement retombée. Les peuples attendent de l’Union européenne qu’elle les protège concrètement. Sur le plan du commerce international, des investissements étrangers et face aux vagues migratoires qui vont s’intensifier. Sinon, ils seront de plus en plus nombreux à tourner vers ce type de gouvernement autoritaire

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