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Ce que l'avion de ligne chinois va changer pour nous

5 min
À retrouver dans l'émission

L'arrivée imminente d'un consortium sino-russe dans la construction d'avions de ligne oblige l'Europe à repenser sa stratégie.

Airbus versus Boeing : un duopole domine le marché du transport aérien. 

Alors que le salon du Bourget semble dominé, comme tous les ans, par la rivalité entre Airbus l’Européen et Boeing l’Américain, on peut se demander si Européens et Américains n’ont pas déjà une longueur de retard. Le duopole vit probablement ses dernières belles années. Et ce pour deux raisons. La première tient à la guerre commerciale de Donald "America First" Trump. La seconde, à l’annonce par la Chine et la Russie de leur association pour venir tailler des croupières dans le marché aéronautique aux Américains et aux Européens. Et cela pose à nouveaux frais, pour les Européens, la question de l’opportunité des politiques industrielles.

Etat des lieux : les deux géants connaissent des difficultés. Airbus, à cause de l’échec de son A380. C’était pourtant un bel avion géant, plébiscité par les passagers. Mais il est arrivé sur le marché trop tard. Il s’agissait, pour Airbus, de concurrencer le Boeing 747. Mais à peine l’A380 était-il apparu sur le marché, à la fin des années 1990, que Boeing proposait son alternative, avec le 777-300ER. En outre, l’A380 consomme un max. Pour rentabiliser un vol, il faut être certain d’emporter au moins 500 passagers. Airbus se rattrape avec sa nouvelle version de l’A320, dite « Neo », qui se vend comme des petits pains. Mais là, ce sont les capacités de production qui n’arrivent pas à suivre les commandes.

Mais c’est surtout Boeing pour qui ça ne plane pas. Deux de ses 737 Max se sont écrasés en raison d’un défaut technique. Or, c’était justement le modèle destiné à concurrencer l’A320 Neo. Conséquence : la firme américaine accumule les annulations de commande. Le discrédit est d’ores et déjà estimé à plus d’un milliard de dollars. De son côté, Airbus annonce, pour le premier trimestre de cette année, des bénéfices en berne : 40 millions d’euros, contre 283 millions à la même époque, l’an dernier.

Trump en guerre contre les subventions publiques favorisant Airbus.

Mais la concurrence entre les deux groupes qui dominent encore un marché aéronautique en très rapide croissance va prendre un tour plus âpre. Donald « America first » Trump vient de twitter une déclaration de guerre au consortium européen. Il accuse Airbus de fausser la concurrence en recevant des subventions publiques. Il menace d’imposer des droits de douane en représailles. La concurrence civilisée entre les deux constructeurs risque de prendre un tour beaucoup plus belliqueux. 

Le grand marché du transport aérien sera l'Asie du Sud-Est.

Mais si l’on en croit un article publié avant-hier par Oihab Allal-Chérif sur le site The Conversation, c’est plutôt du côté de la Chine qu’Européens et Américains devraient regarder ce qui se passe. D’abord, parce que c’est là que seront de plus en plus les marchés. Les aéroports chinois ont vu s’embarquer, l’an dernier, 552 millions de passagers. Dès l’an prochain, le nombre de passagers chinois annuellement transportés en avion atteindra les 720 millions. Dès 2025, le trafic aérien chinois aura dépassé celui des Etats-Unis et sera devenu le premier du monde. Pour y faire face, la Chine prévoit de construire 216 – vous entendez bien – 216 nouveaux aéroports d’ici 2035. Pendant ce temps, en Europe, on se demande s’il faut arrêter de prendre l’avion… 

L'accord sino-russe vise directement le duopole euro-américain. 

Il aurait été étonnant que, face à un boom du voyage en avion qui progressivement, va concerner toute l’Asie du Sud-Est, la Chine se serait contentée d’acheter nos avions. Elle est résolue à construire les siens. C’est le sens de l’accord passé entre le groupe chinois Comac et le consortium russe UAC. Le but – je cite – « lancer conjointement sur le marché des avions aussi performants, mais moins chers que ceux d’Airbus et de Boeing. » Doté d’un budget de 20 milliards de dollars, le projet d’un appareil destiné à concurrencer l’A350 et le B787, baptisé CR929, un biréacteur, emportant 250 à 350 passagers, effectuera son premier vol en 2023.

La stratégie chinoise va obliger les Européens à renouer avec les politiques industrielles...

Face à ce dynamisme, l’Europe sera amenée à repenser sa politique industrielle. Et pas seulement dans le domaine d’aéronautique. Le plan « stratégie industrielle nationale pour 2030 », présenté le mois dernier par le ministre allemand de l’Economie, Peter Altmaier, apparaît comme une réplique au « Made in China 2025 ». Le gouvernement allemand prend le taureau par les cornes. Les entreprises chinoises qui viennent tailler des croupières sur les marchés européens sont subventionnées par leur Etat. Derrière leur offensive, il y a des stratégies à long terme, coordonnées par le pouvoir politique. Les Européens n’ont d’autre alternative que de s’aligner. 

C’est surtout nécessaire, écrit l’économiste munichoise Dalia Marin dans les secteurs qui vont dépendre de l’Intelligence artificielle. Car « plus une entreprise ou un secteur produit de données, plus son apprentissage s’enrichit. Or, compte tenu de son envergure colossale, la Chine jouit d’un avantage comparatif dans de nombreux secteurs. » Le gouvernement chinois subventionne ses entreprises nationales. « Pour surmonter le défi, l’Allemagne et l’Europe doivent répondre en octroyant leurs propres subventions aux secteurs fondés sur la connaissance. »

On le voit : la concurrence chinoise va relancer le débat autour de la politique industrielle européenne. 

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