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Défendre la démocratie en Europe, sans l'illusion qu'elle va se répandre d'elle-même

5 min
À retrouver dans l'émission

Les menaces sont à la fois externes et internes.

On peut déplorer l’érosion du sentiment démocratique en Europe – tout le monde le fait. Mais une fois qu’on a identifié les menaces qui pèsent sur nos démocraties, que fait-on pour les défendre ?

Telle est la question qu’a posée Judy Dempsey, la responsable du département Europe au Carnegie Endowment à une douzaine d’experts, appartenant à toute sorte de think tanks et d’instituts : " L’UE en fait-elle assez pour protéger sa démocratie ? " Et leurs réponses convergent sur un point : l’Union européenne a pris trop tardivement conscience de ces menaces. Elle n’avait pas compris que les opinions publiques étaient manipulables à ce point, ni que ses adversaires avaient déployé de tels moyens afin de les influencer. Beaucoup ajoutent : maintenant qu’elle a réalisé ses vulnérabilités, elle fait de grandes proclamations et promet de se défendre. Mais, en Europe, des paroles aux actes, il peut s’écouler bien des années…. 

Mais commençons par l’identification des menaces en question. Ian Bond, du Centre for European Reform les résume ainsi : « dans la période post-guerre froide, l’UE a fait preuve d’une euphorie injustifiée : elle a imaginé que l’expansion de la démocratie, parallèle à son propre élargissement, était irrésistible. Cela a engendré deux problèmes. Primo, l’UE a porté trop peu d’attention à la manière dont de grandes puissances non démocratiques pourraient être amenées à défendre leur propre système de gouvernement contre l’empiètement des normes et des valeurs européennes. Cela l’a rendue vulnérable aux ingérences d’une Russie qui cajole les droites populistes. Et la Chine a mis à profit sa puissance économique pour miner l’unité européenne ; enfin, l’extrême-droite américaine déverse des fonds occultes pour exercer son influence dans plusieurs Etats européens. » 

Répondre aux attentes des peuples, plutôt que de voir "la main de Poutine" derrière le moindre conflit social. 

Sans nier la réalité de la « guerre hybride » que nous livrent certaines puissances étrangères, que l’unité des Européens gêne et qui préféreraient monter nos petites nations les unes contre les autres, Sophia Gaston du Centre for Social and Political Risk, met en garde contre une autre tentation. Celle qui pourrait bien pousser bien des dirigeants politiques en Europe à attribuer à des influences étrangères tous les mouvements sociaux - au lieu de tenter de résoudre les problèmes bien réels rencontrés par leurs peuples.

Son de cloche assez voisin chez Roland Freudenstein, du Wilfried Martens Centre for European Studies, un think tank qui dépend du Parti populaire européen : protéger nos démocraties passe certes par notre capacité à réagir aux ingérences extérieures, mais cela exige aussi une capacité à détecter les mouvements d’humeur de nos opinions publiques et à répondre aux inquiétudes qu’elles manifestent par des actes, plutôt que par le mépris. 

" Prenez ainsi – je cite Freudenstein l’idée que des frontières ouvertes peuvent mettre en danger une société ouverte, si une immigration de masse incontrôlée – telle que celle de 2015 – conduit à la création de sociétés parallèles dans beaucoup de nos cités. Le fait de déclarer, comme l’ont fait de nombreux médias publics en Europe occidentale, que l’immigration est toujours une bonne chose et que les réfugiés sont les bienvenus, cela aussi met la démocratie en danger. Parce que cela contraste de manière frappante avec l’expérience quotidienne des gens au cours des récentes années. C’est pourquoi protéger nos constitutions et nos valeurs à travers des mécanismes européens et par le renforcement des sociétés civiles est aussi important que de nous assurer _que les migrants acceptent ces valeurs_, protéger les frontières extérieures de l’UE et parler honnêtement des aspects négatifs de l’immigration.

Autre son de cloche, celui de Shada Islam, de Friends of Europe. Oui, Les gouvernants doivent, au contraire, selon elle, attirer l’attention des peuples sur le fait que l’Europe manque de migrants pour des raisons économiques et que la diversité est une valeur sociétale éminemment bénéfique. 

Face à "Mr. Unpredictable", l'Union européenne apparaît fiable. 

Richard Giragosian du Regional Studies Center d’Arménie témoigne de la puissance d’attraction que le modèle démocratique européen continue à exercer dans cette région du monde. L’imprévisibilité des Etats-Unis depuis que Trump y est devenu président démontre, par contraste, la solidité et la fiabilité des Européens. Par ailleurs, les Russes sont plus doués pour perdre des amis que pour s’en faire de nouveaux, écrit-il. Enfin, la démocratie demeure attractive. En témoigne la « révolution de velours » qui a eu lieu en Arménie au printemps 2018. 

Mais les idéaux démocratiques ne sont pas attaqués seulement de l’extérieur, par des puissances non-démocratiques qui redoutent l’influence de nos valeurs, la contagion de la démocratie. Ils le sont aussi à l’intérieur même de l’UE par des régimes qui, tels ceux d’Orban en Hongrie et du PiS polonais ne les respectent pas complètement. Ian Bond fait observer que l’adhésion à l’Union européenne passe par le contrôle très strict des règles de droit, mais qu’une fois qu’un Etat est devenu membre de l’Union, il devient très difficile de le sanctionner lorsqu’il viole ces mêmes règles. 

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