LE DIRECT
Commémoration de la Nuit de Cristal, à Dresde.

L'antisémitisme (haine des Juifs) dissimulé derrière la critique (légitime) des gouvernement israéliens

5 min
À retrouver dans l'émission

Les mythes conspirationnistes, véhiculés par des islamistes, des militants d’extrême gauche et d’extrême droite...

Commémoration de la Nuit de Cristal, à Dresde.
Commémoration de la Nuit de Cristal, à Dresde. Crédits : MONIKA SKOLIMOWSKA / DPA - AFP

Toute cette semaine, il sera question dans cette chronique de la montée de l’antisémitisme en Europe. Nous en sétions à la Grande-Bretagne. Mais un événement vient d’attirer l’attention sur l’Allemagne. Un prix culturel prestigieux, le Echo Awards, l’équivalent allemand des Grammy Awards américains, ou de nos Victoires de la Musique vient de couronner un duo de rappeurs particulièrement contesté, Farid Bang und Kollegah. 

L’album couronné comme « meilleur de l’année », dont le titre est pénible, Jung, Brutal, Guthaussehend 3, (Jeune, brutal et agréable à regarder 3, comporte des textes aussi stupides que révoltants. Notamment ceci : « Nous allons faire un autre Holocauste, Amenez-vous avec un cocktail Molotov ». Ces « beaux gosses » aux corps en effet sculptés dans les salles de sport, se comparent ailleurs aux déportés d’Auschwitz… On a aussitôt ressorti les poncifs habituels de la culture de l’excuse : le rap, c’est de la provoc, de l’humour et du second degré. Rien d’antisémite, là-dedans. Vous exagérez toujours… Voire. Car le Kollegah du duo a mis en ligne en solo des vidéos au contenu explicitement antisémites. Dans « Apocalypse », il entonne le vieux gimmick des riches banquiers juifs, responsables de tous les malheurs du monde.

Christian Höpner, président de la Commission allemande de la Culture, jugeant ces textes « répugnants », a aussitôt démissionné du jury des Echo Awards. Les grandes marques qui sponsorisaient ce prix ont annoncé qu’elles retiraient leur financement à la cérémonie. Plusieurs lauréats des Echo Awards, dont le violoniste français Renaud Capuçon et Daniel Barenboïm, qui dirige la Staastkappelle de Berlin, ont annoncé qu’ils renonçaient à leur propre prix, afin de protester. Enfin, le ministre allemand de la Justice, Heiko Maas, s’est indigné. Je cite : « les provocations antisémites ne méritent pas de prix. Elles sont juste répugnantes. »

Mais les responsables politiques allemands devraient se demander comment, dans leur pays, avec les responsabilités qui sont les siennes étant donnée son histoire, une partie de la jeunesse se trouve baigner dans cette culture machiste, misogyne, homophobe et antisémite. Comme un peu partout en Europe. 

Pour revenir au Royaume-Uni, y a-t-il une aggravation de l’antisémitisme dans ce pays ? Et, d’abord, comment mesurer de telles évolutions ?

L’an dernier, le Community Security Institute a recensé 1832 incidents antisémites, dont 145 cas de violences physiques contre des Juifs. Un record depuis que cet instrument a été créé, en 2004. Stephen Silvermann, directeur des enquêtes à la Campagne contre l’antisémitisme, met en cause « les mythes conspirationnistes, véhiculés par des islamistes, des militants d’extrême gauche et d’extrême droite ». 

Mais, je le disais hier, depuis l’élection de Jeremy Corbyn à sa tête, c’est le Labour qui est sur la sellette. Il est secoué par des scandales qui l’ont éclaboussé. « Imaginez un seul instant que Theresa May ait fait siennes certaines vues du Ku Klux Klan et ait récompensé d’un poste à la Chambre des Lords le responsable d’une enquête destinée à dissimuler des faits qu’elle avait à juger », écrivait Nick Cohen à propos de la « Commission Chakrabarti », nommée par Corbyn afin de purger les dérapages antisémites au sein de son parti. Nick Cohen fait référence au fait que Shami Chakrabarti a été faite baronne et nommée à la Chambre des Lords à la suite de son rapport.

L’an dernier, lors de la Conférence nationale du Parti travailliste, à Brighton, de nouvelles règles visant les propos antisémites ont été introduites dans les statuts. Mais s’agissait-il réellement de combattre l’antisémitisme en interne, ou d’améliorer l’image du parti ? 

En novembre de la même année, trois intellectuels juifs britanniques publient une lettre dans le Times, mettant en cause l’échec des travaillistes à traiter pour de bon la question de l’antisémitisme dans ses propres rangs. Il s’agit de trois personnalités éminentes : l’écrivain Howard Jacobson (déjà cité, auteur en français de La Question Finkler), les historiens Simon Sebag Montefiore et Simon Schama, tous deux traduits en français pour des ouvrages majeurs, soit dit en passant. Ils écrivent : « la critique constructive des gouvernements israéliens a muté en quelque chose d’autre, _quelque chose qui est très proche de l’antisémitisme, sous prétexte d’antisionisme_. Ainsi, de l’accusation selon laquelle « une conspiration internationale juive contrôle les médias, ou les parallèles scandaleux tracés entre sionisme et nazisme, sionisme et génocide… »

C’est la thèse que défend David Rich, dans son livre, The Left’s Jewish Problem : Jeremy Corbyn, Israel and Antisemitism. Il y a toujours eu plusieurs gauches en Grande-Bretagne, comme ailleurs, écrit-il. Mais au sein du Labour et avec Corbyn, c’est l’une des pires de ses tendances qui a pris le pouvoir, selon ce jeune universitaire. Pour comprendre la tentation antisémite du Labour, il faut selon lui remonter quarante ans en arrière, lorsque nombre de ses dirigeants actuels étaient étudiants. Exactement à une organisation qui s’appelait le BAZO, pour British AntiZionist Organisation, créée par des étudiants en 1975. C’est là qu’a été inlancée la thèse extravagante selon laquelle des Juifs auraient collaboré avec les nazis pour la création de l’Etat d’Israël. Ce serait à cette époque qu’un certain nombre de jeunes militants seraient passés de l’antisionisme à l’antisémitisme.

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......