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Une élite nouvelle, qui ne partage pas les idéaux libéraux des anciens dissidents

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En Europe centrale, une élite recrutée sur la base du copinage, remplace la précédente, issue de la méritocratie.

Beaucoup d’intellectuels libéraux qui ont participé à la démocratisation de l’Europe centrale, sont aujourd’hui, déçus devant l’évolution qu’ils constatent chez leurs anciens amis. 

Oui, ils sont effarés par la métamorphose de personnalités qui, il y a 25 ans,  ne juraient que par la démocratie retrouvée et qui, aujourd’hui, applaudissent des leaders nationalistes, se réclamant d’une « démocratie illibérale ». Et ce que raconte Anne Applebaum dans cet article, paru sous le titre : A warning from Europe : the worst is yet to come, - Un avertissement venu d’Europe : le pire est encore à venir, c’est l’histoire d’une rupture. Une rupture idéologique, mais aussi affective, avec des Polonais, ou des Hongrois, qu’elle prenait pour des amis, mais qui, à présent qu’ils occupent des postes de responsabilité dans les équipes dirigeantes de leur pays, la traitent en ennemie. 

Mais le pire, c’est l’apparition d’une élite nouvelle, qui ne recrute plus parmi les anciens dissidents – ceux-ci sont en train de prendre leur retraite. Et qui ne partage nullement les idéaux des tombeurs du communisme, en 1989.

Et elle cite des cas, des noms : Janina Goss, la femme la plus influente du PiS polonais, parce qu’elle est une proche amie de Jaroslaw Kaczynski – le véritable leader du parti. L’ancien premier ministre lui aurait emprunté de grosses sommes d’argent, à une certaine époque. Il l’en a remerciée en la nommant au conseil d’administration de Polska Grupa Energetyczna. Si tous ces gens critiquent la méritocratie, dit-elle, c’est parce que le système qui les hisse aux premiers plans, porte un nom : le népotisme. Ils ne veulent pas de la compétition, ni de la concurrence. Ils ne croient qu’à la fidélité personnelle qui, à leurs yeux, mérite récompense. 

Il y a là une réalité sociologique, mal perçue en Occident. Les élites qui avaient émergé dans les années 90, à la faveur de la transition du communisme à la démocratie et au capitalisme sont à présent l’objet, dans leurs pays, d’une méfiance encore pire que celle qu’inspire, dans nos pays, nos propres élites. Souvent, ils provenaient d’une intelligentsia qui avait pu faire des études à l’Ouest, parlaient les langues étrangères, avait noué des contacts en Europe de l’Ouest ou en Amérique du Nord. A présent, ces personnes passent pour cosmopolites, mondialistes, multiculturalistes, peu fiables. Les hommes nouveaux, les femmes nouvelles, actuellement au pouvoir dans ces pays appartiennent généralement à une élite nouvelle, recrutée sur la base du copinage, de l’esprit partisan et d’un nationalisme exacerbé

Et ils critiquent d’autant plus le libéralisme que celui-ci apparaît comme l’idéologie qui a conforté les élites précédentes, celles de la Transition, dont ils sont en train de prendre la place… 

A leurs yeux, les libéraux concèdent trop de droits à l’individu, au détriment de la collectivité nationale. Les libéraux, c’est le pouvoir des juges, de Bruxelles ; c’est une immigration, comme celle qui a lieu à l’Ouest et dont ils ne veulent pas. Leur hantise, c’est la société multiculturelle. Ils se sont donné tant de mal pour préserver l’identité culturelle de leurs petites nations du rouleau compresseur soviétique, qu’ils redoutent, à présent, de devoir la sacrifier sur l’autel de l’intégration européenne. 

Mais le résultat de cette crispation souverainiste, c’est, dans le cas de la Hongrie, un retour en catimini à la formule du Parti-Etat. Là-bas, le parti dirigeant, écrit Anne Applebaum, le FIDESZ « a été beaucoup plus loin que le PiS polonais dans la mise au pas et la politisation des médias publics et la destruction des médias privés d’opposition ». Le gouvernement les asphyxie financièrement, en leur restreignant l’accès à la publicité. 

Anne Applebaum cite le cas d’une Maria Schmidt, historienne, la créatrice de la Maison de la Terreur de Budapest, un musée qui retrace avec intelligence les persécutions vécues par les Hongrois sous le régime pro-nazi de Horthy, puis sous la botte stalinienne. Grâce à la fortune de son mari, un roi de l’immobilier, aujourd’hui décédé, elle a racheté un magazine très respecté, Figyelö. Elle a nettoyé la rédaction, afin de le transformer en organe de propagande pour le FIDESZ. Elle attaque Soros, les ONG, l’UE. Le gouvernement et ses agences lui achètent régulièrement une douzaine de pages de pub…  Le FIDESZ a ainsi créé de toute pièce une nouvelle classe de businessmen qui doivent leur fortune à Orban et lui sont ainsi liés.

Anne Applebaum cite le cas d’un des ses amis. Un des proches de Orban lui a proposé de lui racheter sa société à un prix très inférieur à sa valeur. Il a, bien sûr, refusé. La semaine suivante, débarquaient chez lui les contrôleurs des impôts…. Il a subi ensuite toutes les formes possibles de harcèlement, ce qui l’obligea à louer les services d’un garde du corps. Aujourd’hui, il a tout vendu et vit à l’étranger. 

Des histoires comme celles-là, on les connaît bien longtemps quand on fréquente des Russes, c’est monnaie courante dans leur pays. Mais il s’agit de la Hongrie, un pays membre de notre Union européenne.

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