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Pourquoi les électorats américains sont-ils tellement polarisés ?

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C'est vraiment une bataille de supporters entre "les Bleus" et les "Rouges !

Trump, un symptôme bien davantage que la cause. 

Il faut toujours observer avec soin ce qui se produit aux Etats-Unis, car cela a de fortes chances d’arriver jusqu’à chez nous, en Europe. Tocqueville disait cela déjà, au milieu du XIX° siècle et sa leçon ne doit pas être perdue. Les USA sont le laboratoire de la démocratie occidentale. Les grandes tendances de fond – culturelles, sociales et politiques – généralement exacerbées là-bas, nous arrivent - avec un peu de retard, mais elles ne nous épargnent pas.

Or, quelle est la tendance politique principale chez nos cousins d’Outre-Atlantique ? C’est la polarisation. Cela faisait longtemps, selon un article récemment paru dans la revue Psychology today, qu’on n’avait pas vu tant de repas de famille se terminer en bagarre générale et portes qui claquent pour une simple divergence idéologique. On dira : avec un personnage aussi provocateur et clivant que Donald Trump à la Maison blanche, ce n’est pas étonnant. Ceux qui l’aiment l’idolâtrent ; ceux qui le détestent le haïssent. C’est dans la nature du personnage. Oui, mais selon beaucoup d’observateurs, le Donald n’est pas la cause de la polarisation ; son élection en est l’effet. La polarisation des Américains avait commencé bien avant lui. Souvenons-nous des haines irrationnelles qu’avait provoquées le centriste Barack Obama. 

Un sondage de l’institut de sondage PEW de 2017 montrait que sur les sujets de la discrimination raciale, l’immigration, les relations internationales et le gouvernement, le fossé entre démocrates et républicains s’était creusé de manière significative. Tendance qui a commencé à apparaître dans leurs statistiques au début des années 1990. 

Mais comme l’écrit l’auteur de l’article, le psychologue Joe Pierre, il ne faut pas exagérer l’état actuel de division du pays. Hormis les rares périodes de guerre extérieure, les Américains ont toujours été divisés. Qu’on pense aux haines réciproques de l’époque de la guerre de Sécession. 

Les électorats respectifs des deux grands partis ne se recoupent plus. 

Oui, mais la différence entre les Etats-Unis d’hier et ce qu’ils sont devenus, c’est, comme le relèvent les observateurs politiques, l’alignement des deux grands partis du pays sur des options idéologiques précises et opposées. Autrefois, vous aviez des démocrates de droite – dans les Etats du Sud, en particulier, qui n’avaient pas pardonné les suites de leur victoire de 1865 aux Yankees - et des républicains de gauche comme le fameux maire de New York des années 60, John Lindsay ou le vice-président Nelson Rockefeller, dans les années 70.  A présent, au contraire, les Démocrates sont tous de gauche et les Républicains tous de droite. Ni les électorats, ni les élus des deux partis ne se recoupent plus. D’où la très grande difficulté des présidents ne disposant pas d’une majorité au Congrès à obtenir des compromis politiques.

A bien y regarder, prétend Joe Pierre, les choses ne sont pas si simples. Et il s’appuie sur une autre étude, menée par l’université de Standford sous la direction du professeur Shanto Iyengar du point de vue des affects politiques. Ce que les gens ressentent vis-à-vis des électeurs de l’autre bord est de plus en plus négatif. C’est vraiment « nous » contre « eux », sur un mode manichéen. Cela va bien au-delà des certitudes idéologiques. C’est vraiment le sentiment d’appartenir à l’équipe des « Bleus » (les Démocrates), ou des « Rouges » (les Républicains). Les supporters de l’autre équipe sont nécessairement perçus non seulement comme des ennemis, mais comme des canailles. Pour les Républicains, les Démocrates sont des « libtards ». Pour les Démocrates, les Républicains sont des « fascistes ». Et cela illustre bien la thèse de Kwame Anthony Appia, selon laquelle " toute politique est à présent une politique d’identité. "

Le rôle des journalistes et des médias. 

Quelles sont les causes de cette polarisation ? Selon notre psychologue, les campagnes de publicité politique négative, ces spots télé dans lequel les candidats aux élections ont le droit de débiner leurs adversaires. Parce qu’ils font le buzz bien davantage que les publicités positives. « Les journalistes les citent ad nauseam parce qu’ils recherchent avant tout le conflit et la controverse », écrit Shanto Iyengar. Le mélange des genres entre informations et commentaires qui caractérisent désormais aussi les médias américains. 

Ensuite, l’extrême facilité avec laquelle les gens accèdent aux informations qui les confortent dans leurs préjugés, et avec laquelle ils se déconnectent aussitôt qu’est relaté un fait qui pourrait risquer de mettre en question ce qu’ils croient savoir… Ce que les psychologues appellent le biais de confirmation a été terriblement aggravé par Internet.

Enfin, il y a la guerre de l’information que livrent aux démocraties des Etats qui, chez eux, contrôlent étroitement la circulation de l’information, et en particulier la Russie de Poutine, avec ses usines à trolls et ses armées de bots. Joe Pierre prétend que les réseaux sociaux ont été inondés de messages en anglais pour ou contre les vaccins, lancés depuis la Russie. Les Américains se sont demandé ce que cela signifiait. Tout simplement – je cite – "l’intention des trolls russes opérant sous la direction politique du Kremlin, est de semer les graines de la discorde américaine."

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