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Salvini et Macron sont à la manoeuvre pour unir leur camp contre celui de l'autre en Europe

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Le vainqueur sera faiseur de rois au sein du nouveau Parlement européen.

Matteo Salvini et Emmanuel Macron à la manoeuvre. Quelles chances ?

Les élections européennes approchent. Et alors même qu’on ne connaît pas le verdict des électeurs, les grandes manœuvres en vue de la recomposition politique du Parlement européen ont déjà commencé. 

Deux personnalités politiques, aux ambitions opposées, sont à la manœuvre : Matteo Salvini et Emmanuel Macron. Le premier tente de fédérer les différentes sensibilités de la droite populiste, aujourd’hui dispersées. Le second de regrouper centristes et libéraux, afin de casser le duopole PPE/S&D, qui a dominé le Parlement européen durant des décennies. Quelles sont leurs chances respectives d’y parvenir ?

Salvini, fédérateur des droites conservatrices et populistes. 

Salvini voudrait transposer à l’échelle du Parlement européen la stratégie politique qui est la sienne en Italie. Insatisfait de son alliance gouvernementale avec le Mouvement 3 Etoiles, il prépare au grand jour un changement de cap : prendre la tête d’une alliance des droites avec ce qui reste de Forza Italia, le parti de Berlusconi. En Europe, il cherche à fédérer les droites populistes et souverainistes, actuellement réparties en trois groupes : celui des Conservateurs et réformistes européens, le groupe Europe de la Liberté et de la Démocratie directe, le groupe Europe des nations et des libertés. 

Le modèle qui inspire le projet de Salvini, c’est celui de l’Autriche, dirigée par le jeune conservateur Sebastian Kurz, en alliance avec le parti d’extrême-droite, FPÖ. Est-il transposable à l’Union européenne ? Probablement pas. D’abord, pour des raisons idéologiques de fond : il y a, parmi des droites radicales, des partis conservateurs et d’autres, populistes

Du côté des conservateurs, le FIDESZ de Viktor Orban, quoique suspendu, est toujours membre du parti de centre-droit PPE, qui domine le Parlement européen. Le PiS, le parti ultra-conservateur au pouvoir en Pologne, était membre, dans le Parlement sortant, du groupe des Conservateurs et réformateurs européens, aux côtés des conservateurs britanniques

Dans le Parlement sortant, les forces que cherchent à fédérer Salvini étaient éparpillées entre plusieurs groupes. 

Les populistes se divisent entre Europe de la liberté et de la démocratie directe (un fourre-tout : on y trouve à la fois le Parti du Brexit, le Mouvement Cinq Etoiles, Debout la France, l’AFD allemande) et Europe des nations et des libertés (plus cohérent : on y croise le Rassemblement national, la Ligue de Matteo Salvini, le Parti de la Liberté néerlandais de Geert Wilders, le FPÖ autrichien). 

En outre, au centre-droit, le PPE est très peu tenté par une alliance avec ces droites populistes et conservatrices, quand bien même elle parviendrait à se fédérer au sein d’un même groupe. Pourtant ces droites radicales ont mis beaucoup d’eau dans leur vin. « Notre but est de gagner et de changer les règles en Europe » a déclaré Salvini. Et non plus de bloquer la machine européenne. Le leader de la Ligue fait preuve de pragmatisme. Pour les mêmes raisons, il a cessé d’afficher une proximité avec la Russie qui braquait contre lui les conservateurs centre-européens, très attachés à l’OTAN.

Le plan de Macron, aux antipodes de celui de Salvini, est tout aussi hasardeux. 

Oui, mais il se révèle au moins aussi problématique. Le président de la République rêvait de rebattre les cartes au Parlement européen, en s’imposant comme le rassembleur des européistes, progressistes et libéraux, face aux souverainistes, populistes et conservateurs. Cette stratégie passait par un éclatement du PPE. Jusqu’à nouvel ordre, le PPE tient bon. La CDU y veille, qui n’a aucune intention de laisser le président français prendre l’avantage. 

L’analyse sous-jacente, selon une note publiée par le Carnegie Endowment, c’est qu’il est de la responsabilité des centristes de bloquer les phénomènes de polarisation qu’on observe à présent dans la plupart des démocraties occidentales. Ils rendent de plus en plus compliqué la formation de coalitions majoritaires capables de gouverner efficacement ; ce qui contribue à affaiblir le sentiment démocratique en Europe. Les populistes ont beau jeu de dénoncer la démocratie illibérale comme un système incapable de produire des décisions.

Si Macron a renoncé à bouleverser le jeu européen, il noue des contacts pour après l’élection. Avec le groupe Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe qui regroupe un grand nombre de petits partis centristes, dont le MODEM de son allié Bayrou, le FDP allemand, ou le parti libéral flamand de Guy Verhofstadt. Mais il envisage de déborder largement le cadre de l’ADLE, grâce en s’appuyant sur Ciudadanos espagnol, le Parti Démocrate italien, ou encore la Plateforme civique polonaise, l’ancien parti de Donald Tusk. 

Les centristes et libéraux sont eux-mêmes traversés par des clivages politiques importants. 

Mais, font observer les auteurs de la note, de sérieuses divergences opposent entre eux ces centristes et libéraux. Les uns sont fédéralistes, comme Ciudadanos, d’autres intergouvernementalistes comme le parti du Danois Lars Rasmussen. Les libéraux du Sud soutiennent le projet Macron d’une gouvernance économique de la zone Euro. Les libéraux du Nord, dits « hanséatiques », y voient une idée typiquement française de mettre leurs finances à contribution… 

Les deux projets rivaux, celui de l’Italien et celui du Français, ne seront pas simples à mettre en œuvre. Mais celui qui y parviendra deviendra le faiseur de roi au sein du Parlement européen.

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