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Comment se défait et meurt un ordre international ?

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Eviter que la fin d'un monde ne débouche sur le chaos et sur la guerre...

L’ordre international dans lequel nous avons vécu depuis la Deuxième guerre mondiale est en train de s’effondrer sous nos yeux. Et la présence à la Maison Blanche d’un président tel que Donald Trump en est l’un des symptômes les plus évidents. car il est son liquidateur.

Le concert européen l'oeuvre de Metternich, épargne et associe la France vaincue.

Mais qu’est-ce qu’un ordre international ? Comment naissent-ils ? Comment finissent-ils ? Et que peut-on faire pour que leur expiration ne débouche pas sur le chaos ? C’est à ses questions que tente de répondre Richard Haas dans un article que vient de publier la revue Foreign Affairs. 

Généralement, écrit Haas, un système international s’organise à la suite de quelque grande convulsion. Pour durer, un tel système doit être accepté par toutes les puissances ; il ne peut se maintenir que si chacune d’entre elles conserve un réel intérêt à en respecter les règles du jeu ; et si ses institutions sont assez souples pour accompagner, sans craquer, des modifications dans l’équilibre entre ces puissances. 

A cet égard, le modèle historique que nous devrions méditer, poursuit-il, c’est le Concert européen, conçu et mis en place par l’Autrichien Metternich lors du Congrès de Vienne de 1814-1815. Il s’agissait de rétablir la paix en Europe, après les guerres de Napoléon. La grande habileté de l’Autrichien a consisté à impliquer pleinement la France vaincue dans cette négociation, plutôt que de chercher à la punir. Le consensus a permis de faire coexister fort pacifiquement des nations bénéficiant de régimes assez libéraux – la France et le Royaume-Uni – avec des nations gouvernées par des souverains conservateurs, comme l’Autriche et surtout la Russie. Mais le concert des nations était, écrit Haas, conservateur dans tous les sens du terme. Il visait à empêcher le retour des révolutions en Europe ; et à préserver les Etats dans leurs frontières ; à dissuader les agressions. 

Réponse de Haas : le Printemps des peuples de 1848 ; la guerre de Crimée avec la Russie ; la montée en puissance de la Prusse, victorieuse de l’Autriche, puis de la France ; l’agonie de l’empire ottoman. En 1914, cent ans après sa création le Concert européen était moribond. L’Allemagne et l’Autriche lui donnèrent le coup de grâce. Avec les résultats désastreux pour l’Europe qu’on sait. Mais ce sont des compétitions à la périphérie de l’Europe –comme  la guerre des Balkans, qui précipitèrent la marche vers la guerre. Une leçon à retenir : le processus de détérioration d’un ordre international n’est pas toujours bien compris par les décideurs. Aussi peut-il se précipiter de manière désastreuse. 

L'ordre international libéral, issu du règlement de la Deuxième mondiale agonise. Comment éviter qu'il ne débouche sur le chaos ?

L’ordre international issu de la Deuxième Guerre Mondiale était basé sur la dissuasion nucléaire. L’équilibre de la terreur suffisait à dissuader les deux principaux centres du pouvoir de tenter des changements de régime chez l’autre. Chacun respectait l’arrière-cour de l’autre. C’est pourquoi nous avons laissé écraser les Hongrois en 56 et les Tchèques en 68. Mais à l’intérieur de ce système bipolaire, c’étaient les démocraties libérales qui définissaient l’ordre international qui allait triompher en 1989. Il était basé sur l’aide au développement et le commerce, le maintien en bon état d’un système monétaire, et la prééminence des Etats-Unis, « hégémon bienveillant ». Et en effet, les Etats-Unis garantissaient la sécurité en Europe et en Asie, à un coût globalement supportable pour leurs finances. 

Ce qui a sonné le glas de cet ordre international ? l’invasion du Koweït par Saddam Hussein en 1990 – une folie que Moscou aurait empêchée si l’URSS ne s’était pas effondrée. Depuis, la Russie n’a cessé de refuser de prendre sa part de responsabilité dans l’ordre international. En agressant ses voisins, géorgiens et ukrainiens, intervenant militairement aux côtés d’Assad en Syrie, en menant des cyber-opérations pour peser sur les élections aux Etats-Unis et en Europe. Mais la Russie a des arguments : la guerre d’Irak de 2003 et l’intervention anglo-française en Lybie de 2011, qui se présentaient comme purement humanitaires, ont abouti à des changements de régime, dont Moscou ne voulait pas. Poutine n’aime pas qu’on lui force la main.

L’ordre libéral de détériore très vite. Les régimes autoritaires se multiplient : Russie, Chine, Turquie, Philippines, Europe centrale, Brésil… Le Conseil de Sécurité, où étaient discutés les différends, a perdu de son intérêt. Le Traité de non-prolifération nucléaire a été violé par plusieurs Etats. La montée en puissance de la Chine affecte l’équilibre géostratégique, mais d’autres puissances, moyennes, comme l’Iran, entendent aussi modifier l’état des rapports de force. Sans oublier les acteurs non étatiques, comme les cartels de la drogue et les réseaux terroristes. Le nationalisme à base populiste est partout en train de marquer des points, aiguisant les rivalités entre nations, préparant les guerres de demain.

Mais ce qui manque le plus selon Richard Haas, ce sont des gouvernants capables de gérer cette fin de partie, afin d’en éviter les périls. Personne, ainsi, n’est capable d’imaginer les cadres dans lesquels pourraient se dérouler la lutte pour le climat ou gérer les défis posés par la mondialisation…

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