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En attendant Angela Merkel...

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On commence à en savoir un peu plus sur les réactions allemandes aux propositions françaises de relance de la zone euro. Réponse définitive le mois prochain.

Après des débuts chaleureux – les Allemands étaient soulagés qu’un europhile, Emmanuel Macron, l’ait emporté sur l’eurosceptique Marine Le Pen, on a le sentiment que les relations entre nos deux pays piétinent. 

La chancelière a fait attendre sa réponse aux propositions françaises. Elle avait la tête ailleurs, contrainte qu’elle était de trouver des alliés pour former un gouvernement à Berlin. Après avoir tenté la formule « jamaïcaine » avec les Libéraux du FDP (casaque jaune) et les Verts écologistes, le SPD s’est résigné à renouveler la Grande Coalition avec la CDU. Mais les négociations entre les deux grands partis historiques du centre-droit et du centre-gauche ont été, on s’en souvient, laborieux. Pendant tout ce temps, l’Allemagne a été aux abonnés absents en Europe. Mais le président français est impatient. Ses propositions sont sur la table depuis septembre de l’an dernier. Et il sait qu’il ne peut réussir en Europe qu’en ayant les Allemands de son côté. 

Macron est un europhile, mais pas du genre eurobéat. « Si nous continuons à gérer l’Europe comme elle va, en faisant semblant de ne pas voir ce qui est sous nos yeux, nous devrons assumer de l’avoir laissé mourir », prévenait-il dans son discours d’Athènes. Il a montré en mainte occasions qu’il était conscient que telle qu’elle fonctionne, l’Union européenne ne peut manquer de continuer à décevoir les peuples européens. Elle ne peut plus « se construire à l’abri des peuples ». Elle ne doit cesser de « se spécialiser l’immixtion bureaucratique ». Le Brexit est un avertissement qui doit être entendu. Et cependant, l’Union est le niveau adéquat pour traiter des questions de défense, d’immigration, de commerce extérieur. Sur toutes ces questions, l’Europe doit « protéger ses frontières » de manière « souveraine ».

Les Allemands peuvent-ils partager ces constats et ces projets ? Et jusqu’à quel point ?

Der Spiegel relève que la lune de miel franco-allemande qui a succédé à l’élection de Macron, a bientôt laissé place à beaucoup de doutes et d’hésitations côté allemand. « La magie des commencements a disparu », écrit Michael Sauga. Et à ce jour, le gouvernement allemand n’a apporté aucune réponse aux propositions de réforme de l’eurozone, faites par Macron. Au lieu de répliquer avec ses propres idées, Merkel gagne du temps et, ce faisant, elle crée _le risque qu’une opportunité historique soit manquée_. » Fin de citation. 

Mais Pascal Lamy a bien résumé le fond de leur différence : Angela Merkel est une femme de parti. Ce n’est pas le cas d’Emmanuel Macron. La chancelière est d’abord attentive aux subtils équilibres politiques au sein de ses propres équipes. Elle est très encadrée. L’audace de Macron vient de ce qu’il n’a guère de comptes à rendre devant son propre Parlement, encore moins devant son parti. 

Mais Sauga d’ajouter : certes, la zone euro est dépourvue des instruments nécessaires pour faire face à une crise économique dès le début, à éteindre le prochain incendie. Et du côté des investissements, lorsque Jean-Claude Juncker veut lancer un programme, il est contraint d’aller faire la tournée des gouvernements un par un. L’Europe n’avance pas, alors qu’elle a déjà pris de considérables retards. 

Mais les grandes idées macroniennes sont-elle réalistes et à la hauteur des défis qui nous attendent ? Car – je cite à nouveau der Spiegel – la création d’un ministre européen des Finances ne résoudrait rien. Au contraire, elle créerait encore davantage de confusion à Bruxelles : devant qui ce ministre serait responsable de l’utilisation de son budget ? Devant les institutions de l’Union européenne ? Ou devant les gouvernements des Etats-membres ? Et ce budget de la zone euro, d’où Macron espère-t-il le faire surgir ? Des économies à réaliser sur le budget de l’UE ? Où les prélever ? Un nouvel impôt ? La France n’est pratiquement soutenue par personne pour la mise en œuvre de cette idée. Au contraire, certains, comme les Hollandais ont déjà fait savoir qu’ils ne voulaient pas de ce saut dans l’inconnu financé par des Etats-membres qui vont déjà devoir mettre la main à la poche pour combler le manque à gagner que va laisser le départ des Britanniques. 

France/Allemagne : accords et désaccords.

La semaine dernière, Le Point listait les points d’accord et de désaccord entre Français et Allemands, ainsi que ceux qui restent à débattre. Les points de vue se sont sensiblement rapprochés sur l’achèvement de l’Union bancaire. Les Allemands sont d’accord pour mettre en place un second de filet de sécurité pour les banques et pour garantir les dépôts des particuliers à hauteur de 100 000 Euros. 

Il y a un accord de principe pour « faire converger » les économies des pays européens. Mais reste à se mettre d’accord sur cette fameuse « convergence » et sur les moyens d’y parvenir. La France, on le sait, voudrait empêcher certains Etats-membres de pratiquer un dumping fiscal éhonté. L’impôt sur les sociétés est à 12,5 % en Irlande. De 22 % en Suède et au Danemark. Il est de 33,3 % en France où il devrait être abaissé à 25 % d’ici 2022. Qu’en pensent les Allemands ? Les Français sont-ils prêts, de leur côté, à baisser leur niveau de prélèvements obligatoires, afin de l'aligner sur la moyenne européenne ?

Du côté des désaccords, une divergence de fond : Macron veut faire converger la zone euro en tant « qu’avant-garde » de l’Europe. Merkel redoute de laisser sur le bord de la route les 8 Etats membres qui ne partagent pas l’Euro. L’idée d’une capacité budgétaire propre de la zone euro passe mal. Plus mal encore peut-être celle de confier ce budget à un ministre des Finances contrôlé par un Parlement spécial. Angela Merkel est déjà très contrôlée par un Parlement : le Bundestag… Elle veut bien réorienter certains budgets déjà existants. Mais elle est très méfiante à l’idée d’en créer un nouvel : elle sait qu’on va encore demander à la riche Allemagne de payer. 

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