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La pensée de Xi Jinping et les soupçons pesant sur Huawei

5 min
À retrouver dans l'émission

Les relations troubles entre l'Etat-parti chinois et les grandes compagnies multinationales du pays entretiennent la suspicion.

Xi Jinping n’est pas seulement le dirigeant politique de la Chine, c’est aussi un penseur. 

Oui et c’est même le premier dirigeant communiste chinois, depuis Mao Tsé Toung, à avoir vu sa pensée promue objet d’étude. La doctrine adoptée par le 19° Congrès du Parti communiste chinois, en octobre 2017, s’intitule tout simplement « La pensée du socialisme de Xi Jinping avec des caractéristiques chinoises dans une nouvelle ère ». Comme quoi, tous les partis communistes n’ont pas rompu avec le culte de la personnalité. 

Mais si Xi bénéficie d’une autorité sans précédent dans son pays depuis Mao, sa pensée, elle, ne ressemble en rien à celle du fondateur du régime, si l’on en croit Steve Tsang, un universitaire britannique. Mao, écrit-il, trouvait le chaos exaltant. Il a poussé sa Révolution culturelle jusqu’à lancer ses « gardes rouges » à l’assaut du Parti qu’il avait lui-même bâti. Au contraire, Xi est un homme d’ordre. Mais sa pensée diffère aussi considérablement de l’autre grand modèle politique de la Chine contemporaine, Deng Xiao Ping, le grand réformateur et modernisateur du pays. Celui-ci était un pragmatiste, qui encourageait les expérimentations et favorisait celles qui semblaient marcher le mieux. « Qu’importe qu’un chat soit noir ou blanc, disait-il. Ce qui importe, c’est qu’il attrape les souris ». Il souhaitait que la Chine s’ouvre sur l’Occident et lui emprunte ses idées, y compris, dans une certaine mesure, son libéralisme. 

Un authentique idéologue, un communiste sincère. 

Xi, lui, est tout sauf un pragmatiste ou un libéral. C’est un authentique idéologue et un communiste sincère. Pour lui, l’expérimentation politique, la société civile et les droits de l’homme universels sont, écrit Steve Tsang, « des anathèmes ». Il veut que le Parti communiste contrôle le pays de la manière la plus infaillible, à l’aide notamment de l’intelligence artificielle. Et il entend bien contrôler lui-même la tête du Parti unique, à savoir son Comité central. La lutte contre la corruption qu’il a menée d’une main de fer aussitôt parvenu au pouvoir suprême, a pour but réel de lui en garantir la fidélité personnelle de chacun de ses membres. En fait, poursuit Steve Tsang, si l'on devait chercher un prédécesseur à Xi Jinping dans l'histoire chinoise contemporaine, ce serait l’ancien président – et rival de Mao – Liu Shaoqi. Un léniniste de tendance confucéenne…

Mais cette remise en ordre autoritaire de la Chine n’est pas le but en soi de Xi. C’est un moyen au service de ses véritables objectifs, qui sont d’ordre international. Deng Xiao Ping professait que la Chine devait « cacher ses forces et attendre son heure ». Selon Xi Jinping, cette heure est venue. Dans un article récent de Foreign Affairs, Kevin Rudd estimait que les Occidentaux s’étaient mépris sur les intentions des dirigeants chinois. Bien avant l’ascension au pouvoir de Xin Jinping, le leadership du Parti communiste avait estimé qu’un pouvoir autoritaire et centralisé était nécessaire pour permettre à la Chine de redevenir une grande puissance. Et que les fonctionnaires de l’Etat devaient être soumis à l’autorité du Parti.

L'affaire Huawei. 

Cette puissance, la Chine doit l'atteindre en premier lieu dans le domaine des technologies de pointe. D’où la constitution de champions nationaux, couvés par le parti communiste, afin de partir à la conquête des marchés mondiaux. 

Prenez Huawei. L’entreprise, créée par un modeste ingénieur en génie civil de l’Armée populaire, Ren Zhengfei, a reçu de l’Etat chinois, je cite Steve Tsang, « davantage de soutien qu’aucune compagnie aux temps modernes. » D’après un expert cité par Les Echos, « le décollage de Huawei à l’international s’est appuyé sur des lignes de crédit totalisant la somme faramineuse de _30 milliards de dollars__, entre 2005 et 2009, ouverte par la China Development Bank, une banque « politique », chargée de soutenir la stratégie national_e. » Ainsi s’explique qu’elle soit devenue le premier fabricant mondial d’équipements de réseaux télécom et le numéro deux mondial des smartphones. Huawei emploie 180 000 personnes et réalise un chiffre d’affaires de près de 100 milliards de dollars. Elle est en pointe dans le domaine de la 5G, cette technologie qui équipera l’internet des objets. 

Depuis le Rapport remis au Congrès des Etats-Unis en 2012, sous la présidence d’Obama donc, les Occidentaux s’inquiètent des liens bien trop évidents entre cette compagnie et l’Etat chinois. Et ils soupçonnent celui-ci d’utiliser les produits et services de Huawei à des fins d’espionnage

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’arrestation, au Canada, à la demande des Etats-Unis, de Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei et fille de son fondateur. Plusieurs pays alliés des Etats-Unis, dont le Japon et l’Australie, ont déjà annoncé qu’ils refuseraient leur marché de la 5D à la méga-compagnie chinoise. 

Les véritables intentions de Xi Jinping.

Mais que les Occidentaux ne se méprennent pas sur les intentions de Xi, conclut Steve Tsang. Son intention n’est pas de déclencher une nouvelle Guerre froide contre l’Occident. Encore moins, contrairement à Poutine, d’y exporter son modèle de modèle politique autoritaire. Mais d’articuler deux objectifs : maintenir l’ouverture de la Chine sur le monde, tout en évitant la contagion des idées libérales et démocratiques.

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