LE DIRECT

Reconstruire la gauche américaine en renouant avec sa philosophie initiale

5 min
À retrouver dans l'émission

Paul Berman en appelle à Richard Rorty et à Michael Walzer pour ressourcer la gauche de son pays, fourvoyée.

La terrifiante prédiction de Richard Rorty s'est réalisée. Elle a pris forme. C'est Trump.

« La gauche américaine qui a parfois été pauvre en institutions, a toujours été riche en philosophie politique ». Ainsi commence l’article que Paul Berman a récemment consacré, dans la revue en ligne Tablet, à la manière dont la gauche, aux Etats-Unis, pourrait faire usage de certains de ces philosophes pour reconstruire son message. 

Il s’appuie en particulier sur deux de ces philosophes de gauche. Richard Rorty et Michael Walzer. Le premier est décédé il y a une douzaine d’années. Mais – j’en avais déjà parlé dans une précédente chronique – un de ses livres, est récemment devenu une sorte de best-seller, tant un passage qu’il contient semble rétrospectivement prophétique. Je vous cite à nouveau un extrait, page 90, de cet essai publié en 1999, intitulé Achieving our Country : Leftist Thought in Twentieth Century America. 

Les adhérents des syndicats, comme les ouvriers non organisés et non qualifiés réaliseront tôt ou tard que leurs gouvernements n’essaient même pas d’empêcher leurs salaires de fondre et leurs emplois d’être délocalisés. A la même époque, ils réaliseront que les cols-blancs des banlieues résidentielles – eux-mêmes terrifiés à l’idée d’être dégraissés – ne vont pas se laisser taxer afin de fournir des aides sociales à d’autres qu’à eux-mêmes. Et à ce moment-là, quelque chose craquera. _L’électorat périphérique décidera que le système a échoué et commencera à se chercher un homme fort pour qui voter_. Quelqu’un qui leur assurera qu’une fois élu, les bureaucrates pleins de suffisance, les avocats tricheurs, les vendeurs d’obligations surpayés et les professeurs postmodernistes ne mèneront plus la danse. 

Lorsque cet homme-là sera élu, personne ne peut prédire ce qui se produira. En 1932, la plupart des prédictions faites sur ce qui était sur ce qui pourrait se produire si Hindenburg nommait Hitler chancelier, étaient follement optimiste. Pour en revenir aux USA , La seule chose certaine, c’est que les gains faits au cours des quarante dernières années par les Noirs, les Bruns, et les homosexuels seront détruits. (…) Tout le ressentiment éprouvé par les Américains peu éduqués pour s’être vus dicter leur façon de se comporter par des diplômés de l’Université trouvera alors un exutoire. » Fin de citation.

La gauche doit renouer avec sa vocation originelle : intégrer et rassembler.

Au lendemain de l’élection de Trump, cette mise en garde reçut soudain un sens assez terrifiant. Pour Rorty, la gauche américaine avait pris, à la fin des années 60 et lors de la décennie suivante, un tournant désastreux. En adoptant, sous l’influence des professeurs post-modernistes, la politique de l’identité et ce qui l’accompagne, la Political Correctness, elle s’était détachée de la classe ouvrière. En outre, elle s’était éparpillée en une infinité de mini-causes. Rorty proposait une relecture de Walt Whitman afin de fonder un nouveau patriotisme de gauche, capable de rassembler les pièces du puzzle, dispersées par les rhétoriques de la différence.

Et c’est précisément à ce genre de philosophie qu’appelle Paul Berman. La gauche américaine a connu, dit-il, de magnifiques vagues. Mais la plupart se sont échouées, par une sorte de malédiction, dans des formes de nihilisme qui ont ruiné leur projet initial. Le mouvement socialiste des années 1880 a été discrédité par les attentats anarchistes. Dans les années 1930 et 40, la gauche américaine s’est compromise avec le stalinisme. La New Left des années soixante, celle de martin Luther King et du SDS, a été détruite dès la fin de cette décennie par des groupuscules maoïstes ultra-violents, comme les Weathermen. 

Certes, les circonstances étaient chaque fois différentes, mais ces désastres présentaient un point commun ; quelque chose qui relevait davantage de la psychologie que de la politique. Je traduis « Une impulsion à surenchérir sur l’exaltation de la rébellion, en cultivant les frissons d’une violente transgression. » Il faut reconnaître, ajoute-t-il, que ces doctrines possèdent un charme particulier, lorsqu’elles prônent la violence et la destruction, voire même l’élimination de catégories entières de la population – comme la classe capitaliste. Par leur violence, ces doctrines acquièrent facilement "le prestige des simplicités choquantes". Elles sont aisément comprises, même par les gens les plus simples.

Le libéralisme de gauche. 

Or, justement, la philosophie authentique de la gauche n’est pas ce nihilisme. Son programme ne saurait viser l’élimination, mais, au contraire,  l’intégration. De Walt Whitman à Rorty, et aujourd’hui Michael Walzer, la philosophie authentique de la gauche américaine, c’est le libéralisme de gauche. Libérale, parce qu’elle défend les droits de l’homme et qu’elle respecte les procédures de la démocratie et le règne de la loi. De gauche, parce qu’elle est inspirée par des idéaux de solidarité et d’égalité. Et qu’elle postule que l’humanité tout entière mérité un avenir démocratique. 

Mais, c’est là qu’il faut faire appel à l’autre à Michael Walzer. Une politique étrangère de gauche, selon celui-ci doit manifester la solidarité démocratique des Etats-Unis de manière non militaire, alors que les interventions humanitaires extérieures peuvent, au contraire, s’appuyer sur la force armée

L'équipe
Production
À venir dans ... secondes ...par......