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La statue de Karl Marx, inaugurée à Trèves, sa ville natale.

Non, Marx n'est pas innocent des désastres engendrés par les régimes marxistes

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Si les mêmes catastrophes ont eu lieu chaque fois et dans dans tous les contextes, c'est que la doctrine marxiste elle-même comportait des ferments totalitaires.

La statue de Karl Marx, inaugurée à Trèves, sa ville natale.
La statue de Karl Marx, inaugurée à Trèves, sa ville natale. Crédits : HARALD TITTEL / DPA - AFP

Marx est né il y a deux siècles. Cet anniversaire a donné lieu à des commémorations un peu partout dans le monde. C’est Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, qui a inauguré la statue dressée en son honneur dans sa ville natale, Trèves. Paradoxal ?

Ce marxiste inconnu, Juncker, a déclaré : « Aujourd’hui, Marx est accusé de choses dont il n’est pas responsable et qu’il n’a nullement provoquées. » Karl Marx peut-il être tenu ou non responsable des désastres humains et écologiques infligés par les régimes qui se sont proclamés « marxistes » ? 

Réponse de Carl Bildt, l’ancien premier ministre suédois : on voudrait nous vendre un Marx, critique « scientifique » des désordres économiques et des inégalités sociales causées par le capitalisme, mais absolument innocent des famines et des camps de concentration qui ont accompagné chacune des mises en application de ses théories. C’est absurde. A chaque désastre provoqué au nom du communisme, les supporters du marxisme, après les avoir longtemps niés, ont l’explication : cette fois encore, la doctrine, innocente, aura été mal interprétée. La direction, coupable, a commis l’un des péchés répertoriés par le marxisme : déviation bureaucratique, culte de la personnalité, révisionnisme… 

C’est faire peu de cas du sort subi par les 40 % de la population mondiale qui, avant 1989, vivait encore dans des régimes se réclamant du marxisme. Le libéralisme est tenu responsable des inégalités et des crises. Le marxisme, lui, est innocent des crimes de masse commis en son nom…

Mais que resterait-il du marxisme, si des dizaines de régimes à travers la planète n’avaient pas inscrit son nom sur les frontons de leurs monuments, ne l’avaient pas célébré comme leur guide et leur prophète ?

Les prétentions "scientifiques" du marxisme 

Marx, poursuit Carl Bildt, considérait la propriété privée comme la source de tous les maux sociaux. En l’abolissant, on mettrait fin à l’exploitation du plus grand nombre et à la division de la société en classes antagonistes. Son disciple et vulgarisateur Engels avait promis : au fur et à mesure qu’on entrerait dans le communisme, l’Etat lui-même dépérirait… Ces assertions n’étaient pas présentées comme des spéculations, mais comme sous la forme de prétentions scientifiques, Marx étant présenté comme le fondateur d’une véritable « science de l’histoire », dotées des « lois du développement historique ». 

Karl Popper, le philosophe, épistémologue, auteur de « La société ouverte et ses ennemis », n’a pas eu de mal à démontrer que les sociétés ouvertes, celles qui avaient embrassé l’économie capitaliste et la politique libérale, connaissaient non seulement la prospérité, mais aussi la liberté. « Par contraste, écrit Carl Bildt, tous les régimes qui ont rejeté le capitalisme au nom du marxisme ont échoué – et pas par hasard, ni en conséquence d’une infortunée mauvaise interprétation de la doctrine de Marx de la part de ses successeurs. » C’est simplement qu’en abolissant la propriété privée, on abolit la liberté elle-même. Chacun devient l’esclave de l’Etat, qui ne « dépérit » nullement…. C’est lui qui attribue les emplois, les droits sociaux, les logements, les places en cantine – et peut les ôter à tout moment aux contestataires et autres dissidents. 

Kolakowski : il y a bien, dans l'oeuvre de Marx elle-même, l'ADN des futurs partis totalitaires communistes !

Et Carl Bildt de citer Leszek Kolakowski, philosophe polonais qui fut sans doute le meilleur connaisseur et de l’œuvre de Marx et des multiples sectes qui se sont réclamé de sa pensée. 

Dans un texte intitulé Les racines marxiennes du stalinisme, il écrit que toute tentative de réaliser toutes les valeurs fondamentales du socialisme marxien devait nécessairement engendrer une organisation politique présentant des traits staliniens.

Certes, ajoutait Kolakowski, Marx n'a pas théorisé le parti léniniste d'avant-garde, détenteur des "lois du développement historique", au nom desquelles il lui faut extirper de la conscience ouvrière une idéologie spontanément... petite-bourgeoise. C’est Lénine. Mais Marx a bâti un concept de vérité ambigu, qui justifie le schéma léniniste : pour lui, est "vraie" à la fois une idée scientifiquement démontrée et l’idéologie issue du prolétariat... "Celui-ci disposerait, en vertu de sa mission historique, d’une position épistémologique privilégiée." Marx lui-même estimait "exprimer la conscience latente de la classe ouvrière". Si Marx "sait mieux" quels sont les désirs et intérêts "authentiques" du prolétariat, alors les partis communistes sont habilités à penser de même. Et les décisions du chef du Parti deviennent "la vérité", dans la mesure où il incarne la conscience prolétarienne.

Le stalinisme fut certes le produit de circonstances particulières, autant que l'aboutissement d'une idéologie. Néanmoins personne n'a le droit de dire que l'histoire de l'URSS était imprévisible. Du vivant de Marx, les anarchistes, comme Bakounine, avaient prophétisé bien des maux qui se sont abattus sur le système soviétique. 

Les Chinois ont échappé aux famines de masse en sortant du marxisme...

Xi Jinping, Premier secrétaire à vie du Parti communiste chinois, vient de prononcer un discours en l’honneur de Marx. « _Le marxisme est un lever de soleil_, la théorie qui illumine le chemin fait par l’humanité dans l’exploration des lois de l’histoire à la recherche de sa propre libération. »

Commentaire de Carl Bildt : les Chinois doivent se souvenir que l’application du marxisme authentique, à l’époque maoïste, a provoqué famines et terreurs de masse. Et que c’est depuis que le Parti communiste lui-même a rétabli la propriété privée que le niveau de vie des Chinois s’est envolé. Ce qu’il reste du marxisme en Chine : les entreprises publiques qui ne marchent pas – et la répression politique des dissidents…

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